La lettre de Niasse No. 4

  
Chers Compatriotes,

Le candidat Abdoulaye Wade vient de gagner l’élection présidentielle du 19 mars, soutenu, en cette occasion, par toute la classe politique qui avait opté pour le changement et pour l'alternance.

Je voudrais l’en féliciter chaleureusement, car il mérite cette victoire après un combat qui le situe aujourd'hui, après la disparition de Cheikh Anta Diop, comme l'un des porte-drapeaux de la lutte pour la consolidation de la démocratie et pour l'alternance au pouvoir.

II convient de souligner qu 'en définitive, c'est le peuple sénégalais qui est sorti vainqueur de cette compétition et c'est la raison pour laquelle les Sénégalaises et les Sénégalais doivent être remerciés, pour avoir réussi à organiser cette élection dans la paix civile et dans la transparence, malgré ce que nous savons, en l'occurrence les tentatives malheureuses qui ont émaillé le processus électoral en vue de faciliter la fraude à tous les niveaux.

C'est l'occasion de féliciter le Président Abdou Diouf qui, en toute sportivité, a adressé ses félicitations à notre candidat lorsqu'il a été établi que Maître Wade venait d'obtenir en son nom, la majorité du suffrage des Sénégalais. Un comportement appréciable parce qu'il est républicain et qu'il honore la démocratie.

Comme citoyens et comme démocrates mais aussi en tant que Croyants, nous devons rendre grâce à Dieu car cette victoire traduit, avant tout, la volonté du Seigneur.

Pour ma part, je ressens une grande fierté d'avoir, depuis la création de l'Alliance des Forces de Progrès, indiqué qu’au deuxième tour, si je ne figurais pas parmi les deux premiers, je voterai pour le changement, soutenant le candidat de l'opposition le mieux placé contre celui du parti socialiste.

Je remercie tout naturellement tous mes compatriotes qui ont voté en ma faveur lors du premier tour et qui, à ma demande, ont accepté de reporter leurs voix sur Maître Wade au second tour.

Je remercie en particulier toutes les militantes et tous les militants de l 'AFP, les membres des mouvements de soutien et des partis politiques, qui ont constitué avec le nôtre la Coalition de l'Espoir 2000.

Il reste, à présent, que nous nous organisions pour reprendre en mains, dans la paix et dans la concertation, ce pays qui est le nôtre. Puisque nous n'avons pas un autre. Nous mettre au travail, sans hiatus, et recréer les grands équilibres socio-économiques en consolidant notre unité nationale constitue une priorité fondamentale.

Lutter contre la grande pauvreté, ramener la sécurité des citoyens, renouveler et réhabiliter l'éclairage des villes et des zones semi-urbaines, régler la question de l’enlèvement des ordures ménagères, qui envahissent notre cadre de vie, sont des mesures qui devraient être prises dans des délais raisonnables.

Qui peut se lever et souligner l'avancée significative de la démocratie sénégalaise à la fin de l'élection présidentielle de l'An 2000 sans rendre hommage, avec fierté, à la presse sénégalaise qui a été un véhicule dynamique et volontaire de l'idéal d'une information transparente, vigilante et engagée au service des libertés individuelles et collectives surtout en matière de communication?

Avec des moyens limités, cette presse écrite comme parlée, a réalisé des performances que tous les Sénégalais, aujourd'hui, reconnaissent, y compris, la publication, dès la fin du scrutin, des résultats électoraux. Il s'y ajoute qu’aujourd'hui aucune forme de soutien ne semble être accorde aux écrivains, aux artistes, aux architectes, aux musiciens. Pourquoi ? Cette situation doit prendre fin. L'Etat doit consacrer les idées, les moyens et les projets nécessaires pour encourager le secteur de la création et soutenir le dynamisme des industries culturelles.

Un programme d'urgence et un programme intermédiaire ont été conçus autour du Président Abdoulaye Wade qui est destiné à s'attaquer au problème du chômage des jeunes, à l'accessibilité des Sénégalais aux soins médicaux et aux produits pharmaceutiques, ainsi qu'au dossier de l'éducation, des retraités, des personnes du troisième age et des handicapés.

Cette orientation revêt un cachet tout particulier dans le cadre du programme du Président Wade et de son futur gouvernement.

Pour terminer, je voudrais dire que les dirigeants nouveaux, au lendemain de cette élection présidentielle, auront comme souci majeur de contribuer à réconcilier les Sénégalais de manière qu’ensemble ils s'attèlent à reconstruire un pays plongé dans une grande crise.

Les anciens dirigeants devront continuer d'être considérés comme les citoyens à part entière qu'ils sont, avec les mêmes obligations et les mêmes droits que nos autres compatriotes. Aucune forme d'humiliation, de vexation ou de harcèlement ne devrait les atteindre. Egaux devant la loi, nous devons tous respecter cette loi et vivre comme des frères et des sœurs, Chrétiens et Musulmans, dans une communauté apaisée, solidaire et prenant en charge son destin.

Notre souci de veiller au respect des droits de chaque citoyen dans un Sénégal que nous voulons diriger autrement ne peut signifier, en aucun cas, qu'il soit accordé une amnistie économique ou financière à ceux qui, pendant des années, ont pu se livrer à une mauvaise gestion des biens de l'Etat.

Autrement dit, nous voulons éviter tout harcèlement mais il ne peut être toléré que quiconque qui a commis des erreurs de gestion, visiblement, ostensiblement, puisse se considérer comme au-dessus des lois.

Des audits seront conduits sur la gestion de certaines administrations afin que les Sénégalais soient édifiés, définitivement, sur la situation exacte des comptes de l'Etat et sur celle d'Établissements publics, semi ou parapublics dont les résultats comptables auraient pu et auraient dû aller dans les secteurs du développement.

L'une des obligations qui s'imposent à nous, pour des raisons morales et pratiques, est liée à l'attente immense qui est celle des jeunes, des femmes et des Sénégalais en général pour que le changement que nous allons porter sur nos épaules réponde à cette attente.

Que Dieu nous aide à en supporter le poids, car nous avons déjà la bonne volonté de relever ces défis et de rendre les Sénégalais plus heureux et plus unis.

La jeunesse de notre pays, les femmes du Sénégal, les patriotes, tous ensemble, dans un élan national ont remporté une victoire éclatante le 19 mars 2000, pour la consolidation du processus démocratique, le respect des libertés individuelles et collectives et pour l'avènement d'un régime appelé à promouvoir la bonne gouvernance et la justice.

Pour cette raison, j'invite, au nom du Président Abdoulaye Wade, les élèves et les étudiants à reprendre les cours dans les Etablissements d'Enseignement, Lycées et Collèges ainsi que dans les Universités de Dakar et de Saint-Louis de même que dans les écoles et instituts de formation.

Ils auront ainsi apporté, une nouvelle fois, la preuve qu'ils sont attachés à prendre part à la sauvegarde des bases de la République, de la morale, de l’éthique nationale et à la construction de notre avenir commun.

Ils avaient déclenché cette grève, tout à fait légitimement, pour faire entendre l’écho de leurs justes aspirations pour un Sénégal transparent, ou l'honnêteté, la foi et le courage seront les phares de la révolution silencieuse et pacifique des changements qui s'opèrent, sous nos yeux, aujourd'hui et pour demain

Le dossier casamancais est à résoudre par le dialogue et par la négociation, très rapidement, dans le respect de l'intégrité territoriale et dans la prise en compte des intérêts convergents des uns et des autres.

Notre pays, s'il entretient un bon voisinage avec la Mauritanie, la Gambie, le Mali, la Guinee-Conakry, la Guinée-Bissau et le Cap-Vert, sera en mesure de contribuer positivement, à une politique utile d'intégration sous régionale, entreprise réalisée dans l'intérêt de nos populations.

Le Sénégal est un pays sous-développé mais il n'est pas un pays pauvre. Les ressources qu'il recèle, si elles sont gérées avec perspicacité, peuvent, avec l'apport de la coopération internationale, permettre de conduire un développement concerté.

Les opérateurs économiques et investisseurs nationaux comme étrangers doivent être compris et soutenus par la loi et le service public, dans un contexte ou la corruption et les passe-droits seront combattus avec vigueur.

Ceux à qui incombent, demain, la lourde tâche de gérer et de redresser notre pays en crise, devront ne jamais oublier qu'ils doivent servir la collectivité nationale en s'éloignant résolument de tout réflexe ou de tout comportement allant dans le sens contraire et ne porter nullement atteinte au patrimoine national et aux biens publics. Ils devront être des exemples de probité en s'évoluant régulièrement à l'aune de ce que le peuple attend d'eux.

 

Moustapha Niasse
Secrétaire Général de l'Afp