Interview du Premier Ministre Moustapha Niasse
à sa sortie du Conseil des Ministres du 4 mai 2000

Sud-Quotidien: Le Président de la République a annoncé des réformes institutionnelles, notamment un référendum au mois de novembre prochain, l'institution d'un régime semi-parlementaire et des élections législatives anticipées en février 2001. Quelle est la position de votre Parti?

Moustapha Niasse: Vous savez, ce n'est pas au sortir d'un Conseil des ministres que l'on va exprimer des positions de Parti. Mais, si vous m'interrogez en ma qualité de Premier ministre sur ces questions-là, je vous dirai que l'étude du dossier est en cours au niveau de Madame le ministre de la Justice, Garde des Sceaux. La Commission qu'elle préside travaille régulièrement. Quand elle aura fini son travail, elle va déposer ses recommandations et les conclusions sur les questions qu'on lui avait soumises. Pour ce qui concerne l'Afp, que vous voulez que je vous dise? Je ne suis pas en mesure de faire un dédoublement fonctionnel, puisque je sors du Conseil des ministres. L'Alliance des forces de progrès (Afp), pendant la campagne électorale, a présenté au peuple sénégalais un certain nombre de propositions concernant la nécessité de réformer la Constitution, d'aller vers un régime parlementaire. Nous n'entrons pas dans le débat régime parlementaire, régime semi-parlementaire. C'est un juriste constitutionnaliste qui vous parle. Donc je sais ce que je vous dis. L'essentiel, c'est de déconcentrer les pouvoirs comme le président Abdoulaye Wade et moi-même, nous l'avons annoncé pendant la campagne électorale. Nous allons vers cet objectif. Pour le reste, la dissolution de l'Assemblée nationale, elle sera opérée dans les conditions prévues par les lois et par les textes. Le référendum sera organisé, si c'est nécessaire, dans les mêmes conditions prévues par la loi et les textes. Et puis, le Sénat sera supprimé. Nous avions opté pour cela. Nous l'avions proposé aux Sénégalais. En principe, rien ne remet en cause cette option de suppression du Sénat pour réaliser des économies qui vont aller vers d'autres secteurs prioritaires, notamment l'emploi des jeunes, la protection de la jeune fille, l'éducation, l'assainissement, le développement des villes. Encore une fois, c'est le Secrétaire général de l'Afp qui parle. L'Afp a déjà dit tout comme les autres Partis politiques du Fal, il y a de cela plusieurs semaines, que les promesses que nous avons faites doivent être respectées. Et le problème n'est pas posé pour le moment. Il ne se pose pas de problèmes de non respect des promesses qui ont été faites. Maintenant, ces promesses doivent être gérées

en fonction de ce que prévoit la Constitution, des procédures prévues par la loi puisque nous ne pouvons pas non plus violer ni les dispositions de la Constitution, ni les procédures légales.


Sud-Quotidien
: Est ce que vous aviez déjà fixé une date pour la déclaration de politique générale?

Moustapha Niasse: D'abord, il faut que l'Assemblée nationale soit convoquée en session conformément à la Constitution. En fonction du calendrier parlementaire, la date de la déclaration de politique générale du gouvernement sera fixée. Il n y a pas de problèmes de ce côté-là. Tous les ministres sont prêts. Moi-même, je suis prêt.


Sud-Quotidien
: Qu'est ce qui explique que subitement vous ayez décidé d'observer un mutisme, laissant au président de la République le soin de prendre des initiatives et de s'en expliquer?

Moustapha Niasse: Vous savez, le président de la République a ses tâches à lui. C'est lui qui a été élu président de la République du Sénégal. Le Premier ministre travaille avec son gouvernement. Je ne peux pas travailler et parler. J'ai opté pour travailler. Quand il s'agit de parler, je sais parler. Vous le savez et je l'ai déjà prouvé. Mais, je ne parlerai que quand il faudra que je parle. Pour le moment, je travaille. Je gère les dossiers du gouvernement. Je n'ai pas besoin d'apparaître dans les médias. Par contre, le président de la République qui représente les symboles de l'Etat a l'obligation de parler, même s'il ne voulait pas le faire. Il est obligé de parler au peuple sénégalais. Mais moi, je travaille. Je ne parle pas. Et je ne parlerai que quand il faudra le faire. On parle du mutisme du Premier ministre. Mais bien sûr, j'ai cent dossiers à gérer tous les jours. Ou je parle ou je travaille. J'ai choisi de travailler.

Propos recueillis par Malick Diagne et Bacary Domingo Mané.

Source: Sud Quotidien du 5 mai 2000.