INTERVIEW DU SECRETAIRE GENERAL DE L'AFP 25 MAI 2005

"Pas de gouvernement d'union nationale avec Me Wade" 

 

 

L'œuvre est indissociable de l'artiste, disait en substance un philosophe. De la même manière, Moustapha Niasse n'est pas convaincu qu'un gouvernement d'union nationale serait la panacée qui guérirait Wade de ses tares. Selon le leader de l'Afp, le mal est dans l'homme, dans ses méthodes et dans sa manière de gouverner. Toutes choses qui fondent M. Niasse à croire qu'il est nécessaire d'aller aux élections, mais à date due, conformément aux promesses du chef de l'Etat.

Wal Fadjri : Quelle est la position de l'Afp par rapport à la création d'un gouvernement d'union nationale qu'aurait proposé l'ancien Premier ministre, Idrissa Seck, à Amath Dansokho ?

Moustapha Niasse : Idrissa Seck aurait fait cette proposition à Amath Dansokho et ce dernier nous en a parlé en réunion du Cpc. Sur cette affaire, je peux vous donner la position de l'Afp, sans vouloir polémiquer avec un ami et surtout un allié sûr. Nous considérons que, dans la situation actuelle, il ne peut pas y avoir de gouvernement d'union nationale sous la coupe de M. Wade. Cette raison unique suffirait. Il s'y ajoute que les urgences qui appellent l'intelligence, la compétence et l'engagement des Sénégalais ne sont pas liés, du tout, à la constitution possible d'un gouvernement d'union nationale. Ce que fait aujourd'hui le gouvernement de Me Wade, sera fait et refait par un quelconque type de gouvernement qui serait constitué sous la direction du secrétaire général du Pds. Le problème se situe dans l'individu, dans ses méthodes, dans son approche et surtout dans l'ordre de priorité qu'il détermine par rapport au règlement des problèmes qui interpellent les Sénégalais. Il appliquerait la même politique, et il n'en ferait qu'à sa tête même avec un gouvernement d'union nationale. L'Afp n'est, par conséquent, ni pour un gouvernement d'union nationale ni pour gouvernement de transition. Allons aux élections et les Sénégalais décideront.

Wal Fadjri : Depuis quelque temps, l'opposition multiplie les rencontres bilatérales en son sein. Quelle lecture faudrait-il donner à cette démarche ?

Moustapha Niasse : Ce qu'il faut souligner d'abord en guise d'explication de ces rencontres multiples que l'opposition démocratique organise en son sein, c'est que celle-ci travaille tous les jours. Elle travaille en temps réel et sur le terrain. Quand ce ne sont pas les tournées à la base, ce sont des contacts bilatéraux ou trilatéraux entre partis de l'opposition. C'est dans ce cadre que le Pr Abdoulaye Bathily et moi avons conduit deux délégations qui se sont rencontrées hier (lundi : Ndlr) pendant presque trois heures. Au sortir de cette rencontre, nous avons publié un communiqué qui met l'accent sur d'une part, la situation politique explosive qui sévit actuellement au Sénégal du fait du parti au pouvoir et de ses agissements et, d'autre part, sur le risque de voir violer l'article 60 de la Constitution à l'Assemblée nationale avec le renvoi projeté par le Comité directeur du Pds de députés élus par le peuple, quel que soit par ailleurs le différend qui les oppose à la direction du Pds. Nous sommes également revenus sur la gestion des échéances électorales et du fichier électoral qui va servir de base. Aujourd'hui (hier : Ndlr), nous venons d'achever une longue rencontre avec notre frère Talla Sylla. Au cours de cette discussion, nous avons évoqué la situation nationale et, surtout, élaboré des propositions qui vont être relayées vers les autres formations politiques et, quand elles seront adoptées, serviront de trame aux éléments successifs de la stratégie politique que nous voulons mettre en œuvre pour mettre fin à ce régime du président Abdoulaye Wade. Mais, selon la loi et par la voie des suffrages.

Wal Fadjri : La liste des candidats de l'opposition à la présidentielle de 2007 augmente de jour en jour. N'allons-nous pas vers des querelles de préséance entre les leaders de l'opposition ?

Moustapha Niasse : Je ne pense pas qu'il y ait un risque de querelles de préséance. Pour ce qui me concerne, c'est dès le mois de juin 2004 qu'à Ngoudiane, à l'occasion de la célébration du cinquième anniversaire de ma déclaration du 16 juin 1999, des militants de l'Afp des onze régions du Sénégal avaient décidé de me choisir comme leur candidat à la prochaine élection présidentielle de 2007. Cela dit, nous avons analysé cette pluratité de candidature comme une sorte de réponse positive pour démontrer au président Abdoulaye Wade qui avait déclaré qu'il ne voyait ni dans son parti ni ailleurs quelqu'un qui est capable de le remplacer. La multiplicité des candidatures de l'opposition prouve que le Sénégal regorge de dizaines, voire de centaines de Sénégalais de toutes conditions et de tous âges qui sont capables de prétendre aux fonctions imminentes de chef d'Etat. L'opposition apporte donc un cinglant démenti à l'affirmation du président Wade. Ceci, c'est pour l'absolu. Cela étant, lorsqu'arrivera l'élection présidentielle, je n'ai aucun doute que les Sénégalais se retrouveront. Et s'il y a quinze candidats au titre de l'opposition, il n'en restera au finish que quatre ou cinq. Pourquoi pas deux et même un seul candidat. Nous sommes tous capables de dépassement au point que le moment venu, certainement, la sagesse prévaudra de même que les intérêts du Sénégal. Pour le moment, nous ne nous émouvons pas du tout de voir les candidatures s'annoncer.

Wal Fadjri : L'idée du couplage des élections législatives et présidentielle, voire locales, se précise de plus en plus. Comment avez-vous accueilli cette éventualité ?

Moustapha Niasse : L'éventualité d'un couplage des deux élections avec soit une anticipation de la présidentielle soit un report des élections législatives à 2007 sera analysée par le bureau politique de l'Afp, jeudi prochain. Mais, déjà, l'occasion a été donnée à notre parti, au cours de la rencontre avec une délégation de la Ld/Mpt, de déterminer une position qui est celle-ci : il y a nécessité que soit respecté le calendrier républicain, d'abord pour des raisons techniques liées à la nécessaire confection des listes électorales, à la mise en place effective et au démarrage de la Cena et ensuite à l'établissement ou non des cartes numérisées annoncées dans la loi d'août 2004. Cela, c'est pour les raisons pratiques. Sous l'angle politique, le calendrier républicain doit être respecté puisque le mandat des députés est de cinq ans et celui du président de la République est de sept ans. Sauf cas de démission de ce dernier, ce que la Constitution lui permet de faire à tout moment, le calendrier républicain doit donc être respecté. Troisièment, le président Wade devrait peut-être pour une fois respecter la parole qu'il a donnée aux Sénégalais. Il avait annoncé le 31 décembre 2004 et le 3 avril 2005, au soir dans son message à la nation, qu'il prend l'engagement de respecter le calendrier républicain et d'organiser à date due les élections législatives et présidentielle. Ou bien, il respecte cet engagement et à ce moment-là, on pourra comprendre que c'est un ballon de sonde. Tout bien pesé, il demeure qu'à l'Afp, nous sommes contre cette initiative et nous l'avons signifié dans le document que nous avons publié lundi à l'issue de notre rencontre avec la Ld/Mpt.

Propos recueillis par Amadou DIOUF

 

 


Journal "Walfadjiri " du 25 mai 2005