Alliance des Forces de Progrès

Séminaire du Bureau politique élargi aux acteurs ruraux sur le terrain, sur la problématique des filières agricoles au Sénégal, pour le biennum 2002-2004 : Situation, réalités, analyse et propositions de sortie de crise 

DECLARATION FINALE

 

 

Le Bureau politique de l'AFP élargi aux acteurs ruraux, s'est réuni, sous la présidence de son Secrétaire Général, M. Moustapha Niasse, en séminaire, le jeudi 24 février 2005, à Dakar, sur la problématique des filières agricoles au Sénégal pour le biennum 2002-2004. Des personnes-ressources, membres de l'AFP, ont pris part à ce séminaire, comme experts.

Au cours de ce séminaire, plusieurs acteurs du monde rural venant des onze régions du Sénégal ont eu à présenter et analyser les problèmes rencontrés par les populations sur le terrain.

De leurs déclarations, il ressort que malgré ses promesses répétées, l'Etat s'est montré incapable d'acheter la récolte d'arachide de cette année. Des bons, communiqués, en séance, aux participants et à la presse, ont confirmé cette situation.

Par ailleurs, les productions de mais, de manioc et de sésame sont loin d'atteindre les quantités escomptées et aucun mécanisme cohérent n'a été mis en place pour assurer une bonne commercialisation des récoltes. De même, la question de l'aménagement des terres de la vallée demeure entière, notamment dans ses récurrences sur les filières riz et produits maraîchers, d'autant qu'il existe une menace de voir ces terres, un jour, échapper à ceux qui les cultivent, les paysans.

Ainsi, pour l'AFP, après les hésitations, déroutes et autres attitudes négatives du Gouvernement actuel à l'endroit du monde rural en détresse depuis quatre ans, avec des agriculteurs découragés, il n'est que temps que soient pris en main et examinés sérieusement les problèmes qui se posent au monde rural. En effet, l'économie du Sénégal ne saurait enregistrer une relance durable sans une bonne croissance du secteur agricole qui occupe plus de 60% de la population mais ne contribuant que pour 10-20% du PIB.

C'est pourquoi, il est urgent de porter toute l'attention nécessaire au relèvement des défis du monde rural, à savoir la faible productivité agricole et sa valorisation, la dégradation des sols et la non maîtrise des ressources en eau, la faiblesse des infrastructures rurales, le bas niveau d'investissement dans les ressources humaines et la désorganisation des circuits de commercialisation, sans compter, encore une fois, la menace pesant sur les terres des paysans, que ceux-ci risquent de perdre sous la pression des autorités politiques.

En deux séquences, les représentants des ruraux, durant la matinée, et les experts de l'AFP, l'après-midi, ont dialogué avec les membres du Bureau politique et les personnes ressources sur l'ensemble des volets relatifs aux filières agricoles.

Au terme de ces débats, le séminaire, a élaboré les recommandations suivantes :


- L'affectation de 10% des budgets de fonctionnement au monde rural ;
- Le respect des engagements pris dans la loi d'orientation agro-sylvo-pastorale et la publication de ses décrets d'application

Sur l'arachide:

- Mieux préparer et conduire la privatisation de la SONACOS dans l'intérêt bien compris de toutes les parties prenantes afin de ne pas brader une filière de haute importance pour le Sénégal
- Assainir la filière, responsabiliser et impliquer les producteurs et leurs organisations paysannes ;
- Reconstituer le capital semencier (entre 100 000 et 120 000 tonnes) avec un matériel végétal de qualité et régulièrement renouvelé en respectant le schéma proposé par la recherche agronomique pour la production des semences d'arachide (3 à 4 ans). En effet, la mauvaise qualité des semences distribuées ces trois dernières années a eu pour conséquence d'obérer de 5 points le rendement en huile des graines, entraînant une baisse de compétitivité;
- Renouvellement du matériel agricole.
- Restauration des sols

Pour la diversification des cultures:

- La politique de diversification des cultures, initiée depuis l'indépendance, devrait être poursuivie et renforcée afin de sécuriser la production agricole et d'améliorer le niveau de revenu et la qualité de l'alimentation des producteurs ;
- Dans le cas des nouvelles spéculations comme le sésame qui une spéculation à haute valeur ajouté (1300$ la tonne de graines), il convient notamment d'informer, de sensibiliser les populations sur les potentialités de la culture, de former, tant au plan théorique que pratique, les techniciens et les producteurs et de transférer les thèmes techniques à travers l'utilisation d'un matériel végétal (variétés) certifié, évalué et performant pour les principales zones agro-écologiques du Sénégal. La forte demande du marché international et le caractère particulièrement compétitif du sésame africain (sans résidus de pesticides), devront conduire à une meilleure organisation du circuit de commercialisation pour prendre cette part de marché. Par ailleurs, les techniques de transformation (presses motorisées, mises au point de recettes et de produits standardisés…) devront être vulgarisées pour contribuer à améliorer la qualité de l'alimentation des ruraux notamment ;
- La relance de la production du maïs devra désormais être menée sous l'éclairage des services techniques nationaux compétents (utilisation des variétés appropriées en fonction des objectifs de production, multiplication de semences suivant le schéma approprié...) pour éviter la réédition de la malheureuse expérience des semences de maïs fourrager de la saison 2002/2003.
- Pour le manioc, une approche similaire à celle recommandée pour le maïs devra être considérée, en plus d'un important travail d'information et de sensibilisation des populations, des régions autres que Thiès, Louga et Diourbel, qui fournissaient, jusqu'en 2002-2003, la totalité de la production nationale. De même un effort considérable de valorisation des débouchés pour la commercialisation et la mise au point de techniques de transformation devra être engagé.

Filières maraîchères

Les filières maraîchère et fruitière doivent trouver localement des débouchés d'écoulement, de conservation et de transformation. Il est aberrant aujourd'hui que seulement 1/3 de la production de mangues soit collectée (le reste pourrit au pied des arbres) et que moins de 4 000 tonnes soient exportées alors que le Marché Mondial est demandeur de plus du quintuple en provenance du seul Sénégal. Des usines de lyophilisation et de fabrication de jus de mangues et d'agrumes peuvent être installées au Sénégal, sans attendre, puisqu'il existe une série de propositions , à ce sujet, venant de partenaires privés extérieurs.

Sur le coton

Depuis que la Sodefitex a pris le relais de la CFAT en 1974, le Sénégal a régulièrement été leader en Afrique de l'Ouest en matière de production de coton. On fête, à grandes pompes, des récoltes de 50 000 tonnes, alors qu'avec une volonté politique plus marquée, on peut atteindre le double. L'avenir du coton au Sénégal se fera également par l'irrigation quand on sait que le coton irrigué rapporte le double du coton sous pluie (pour sa qualité) et pour un rendement de loin supérieur.

Sur la pêche

Le Sénégal ne dispose plus que de 20% de ses réserves halieutiques comparativement au niveau de 1950. Ce qui est une véritable catastrophe. Ce secteur gagnerait à bénéficier d'un programme de sauvegarde pour sa réhabilitation, notamment par une politique de viabilité à long terme. La capture abusive et impunie des alevins constitue, à ce titre, un crime économique de premier ordre. Le séminaire recommande plus de rigueur de la part de l'autorité politique dans la négociation des licences de pêche avec les pays voisins, pour protéger la sécurité et les intérêts des travailleurs de la mer et des pêcheurs.
Une bonne politique de quotas, une réglementation des mailles de filets et un aménagement d'aires marines protégées peuvent aider à la reconstitution rapide de nos réserves.

Pour l'élevage

Malgré son importance dans l'économie nationale (35% du PIB du secteur primaire), l'élevage, dont la forme extensive a été jusqu'à présent privilégiée, a toujours été traité en parent pauvre.

Le séminaire du Bureau politique de l'AFP recommande :

- Une pratique de réserves fourragères ;
- Un suivi épidémiologique des maladies courantes du cheptel ;
- La mise en place d'un crédit pour l'élevage intensif ;
- La vulgarisation des programmes et techniques d'amélioration génétique des espèces ;
- La multiplication de zones de pâturages et des points d'eau.

L'AFP attire l'attention des autorités de l'Etat sur la gravité de la situation en milieu rural. Elle met en demeure le gouvernement de prendre les mesures nécessaires, sans tarder, pour faire face à la disette prévisible et prémunir le pays contre tout risque de famine.

Pour l'AFP, l'insécurité alimentaire, la chute des revenus monétaires des paysans sénégalais et l'exode rural massif qui en découle ne sont pas une fatalité. Ils sont la conséquence des mauvaises politiques agricoles décidées par le Président de la République lui-même et de sa vision erronée du développement agricole et rural au Sénégal.

Tous ces problèmes ont des solutions. Ces solutions se trouvent dans une prise en charge sérieuse et réaliste du monde rural, de son économie, de ses capacités, de ses espoirs.



                                                                                         Fait à Dakar, le 24 février 2005

                                                                                     Le Séminaire-atelier du BP de l'AFP