CADRE PERMANENT DE L’OPPOSITION L'AFP
CPC

La Conférence des Chefs de parti


Conférence de presse

09 Octobre 2003


Thème : La riposte du CPC à la tentative d’assassinat de Talla Sylla, leader de l’Alliance Jëf Jël
 

Mesdames, Messieurs les journalistes,

1. La situation nationale du Sénégal aujourd’hui est particulièrement préoccupante du fait, entre autres, de la place laissée à la violence dans la vie quotidienne. Qu’il s’agisse d’agressions, de menaces pour intimider et pour faire obstacle au débat démocratique national, qu’il s’agisse d’actes de criminels, organisés, sûrement commandités comme dans le cas de l’agression sauvage ayant tenté d’assassiner Talla Sylla, le constat de violence est là, regrettable et dangereusement-là. Une vie démocratique ne saurait s’accommoder d’une telle atmosphère de violence. Il faut un autre climat pour la vie des citoyens, pour la vie politique nationale.

Le problème posé est celui de la démocratie, de l’acceptation de la démocratie sans mensonge, sans bluff, sans intolérance criminelle.

2. Le droit irréductible du citoyen à l’expression libre des idées dans le cadre du débat politique nationale, pour la démocratie et le développement, est un droit qui doit triompher. Ni les intimidations, ni les intolérances criminelles irrespectueuses de la vie ne sauraient s’imposer dans une société où la classe politique et la société civile prennent leurs responsabilités pour des conditions descentes du débat politique national.

S’indigner des agressions et autres formes de violences, c’est être conscient du mal, mais cela ne suffit pas. Il faut beaucoup plus. Il faut une réaction fondée sur la volonté de donner les bases d’une vie politique apaisée à la société, c’est-à-dire les bases de la démocratie, de la tolérance, du respect des opinions et idées des autres, du respect des droits des autres. L’intolérant est un criminel potentiel. C’est dire que notre problème, devant les faits de violence à intention criminelle est un problème de culture démocratique.

La démocratie se vit et se pratique. Elle n’est pas dans les déclarations médiatisées d’hommes en position de pouvoir. Ils peuvent prouver une culture démocratique par des actes concrets d’édification de la démocratie. La réalité, aujourd’hui, est loin d’une telle pratique positive du pouvoir.

3. La réalité d’un accaparement des moyens publics de communication est un fait indéniable de refus de la démocratie et du débat d’idées. Les médias du service public sont confisqués et il s’opère un rétrécissement du cadre pour le débat politique. Pour le pouvoir, Il ne s’agit pas d’ailleurs de faire jouer, à ces médias du service public, le rôle positif qui consiste à faire accéder le citoyen à la modernité en privilégiant l’information pour l’acquisition des sciences et des techniques, l’information pour la maîtrise de la modernité et l’acquisition d’une culture technique du développement.

Au contraire, l’information politique, le matraquage politique sont trop bien servis dans les médias du service public. Mais au profit exclusif du pouvoir, du moins dans l’esprit de l’accaparement de ces médias.

Il se crée ainsi une situation de blocage de la communication politique de l’opposition. Le pouvoir compte alors sur le matraquage des citoyens, téléspectateurs surtout, par des images de propagande politique permanente, pour tenter de tromper l’électorat et souhaiter avoir de l’avance sur l’opposition.

4. Mais la créativité pour la communication politique est diverse. L’art y a sa place ; la symbolique, la poésie, la chanson, etc,. sont des moyens de communication libres et efficaces. Mais elles exigent du talent..

Dans la chanson, Talla Sylla en a. Beaucoup même. Il produit des chansons qui réhabilitent la parole et lui donnent vigueur. Le texte et le rythme s’y font concurrence et réalisent l’œuvre d’art. Talla Sylla est un diseur au rythme particulièrement musical. Avec tant d’art il contribue à civiliser les mœurs politiques dans notre pays.

C’est pourquoi il est tout autant étonnant que révoltant de constater que l’on ait réagi par la violence à sa chanson politique. Talla Sylla use du chant–poème et des nervis commandités dressent, non pas des gourdins, mais des marteaux et brandissent des armes à feu. Jusqu’ici, si la marteau existe dans la symbolique politique de chez nous, c’est pour déclarer la dignité du travail de l’ouvrier. La nouveauté scandaleuse c’est le marteau concret dans sa rudesse d’objet sans âme, d’arme de destruction du corps humain qui est utilisé pour imposer le silence d’un citoyen de talent. Il est introduit dans l’action à visée criminelle contre un homme politique qui civilisait les moeurs politiques par le chant–poème.

Talla Sylla est un chanteur de talent, solitaire en tant que tel dans le chant politique, mais sa manière de s’acquitter de sa tâche d’opposant est normale et originale. Elle contribue, il faut le répéter, aux mœurs politiques civilisées.

5. Le Sénégal a besoin plutôt de telles mœurs politiques que de la violence sauvage dont ont usé les agresseurs de Talla Sylla. Les mœurs politiques civilisées naissent de la liberté respecté parce que dimension fondamentale du citoyen, de l’artiste et de la créativité et du bonheur des deux. Elles naissent du respect du droit, du respect de la vie humaine, de la volonté de vivre en démocratie. Les mœurs politiques sont filles de la culture démocratique. Le Sénégal a donc besoin non des violents et des criminels, qu’ils soient nervis ou commanditaires, mais des citoyens acquis à la démocratie.

6. C’est pourquoi, le CPC dit non à la violence, à l’usage hypocrite de la violence ; avec la même détermination, la même énergie, le CPC s’oppose aux tentatives de muselage des citoyens. Qu’ils écrivent, qu’ils chantent, qu’ils débattent, les citoyens exercent leur droit irréductible à l’expression libre de leurs idées. Nul n’a le droit de s’y opposer. Tenter de le faire en usant de la violence dans la nuit et les camouflages c’est choisir la voie de la brute qui n’a pas le droit de vivre parmi les hommes, c’est-à-dire parmi les êtres civilisés.

Il convient de préciser de même que c’est le citoyen et sa culture démocratique qui décident de la manière dont ils parlent des institutions et corps de sécurité. Nul n’a le droit de définir aux citoyens la manière de parler de l’armée, de la gendarmerie, des institutions de la République. Les tentatives de museler les citoyens ont eu de l’imagination ces temps-ci. Mais nul n’est assez intelligent pour étouffer, par des arguments d’autorité, la voix libre du citoyen qui a sa culture démocratique. Que soient bien retenues ces trois vérités ci-dessous :

1. La volonté de museler les citoyens est une violence inacceptable

2. Les intimidations, les tentatives d’exercer un terrorisme sur les citoyens pour empêcher le débat démocratique sont des violences inadmissibles

3. Les appels à peine voilés à l’exercice de représailles violentes sur des citoyens qui usent de leur droit à l’expression libre sont potentiellement criminels.

7. Le CPC, pour lutter contre l’impunité de la violence sauvage, exige que la lumière soit faite sur tous les crimes et tentatives criminelles qui ont multiplié les faits de violence dans notre vie politique nationale ; par exemple,

- l’affaire Maître Babacar Sèye

- l’affaire Balla Gaye

- l’affaire dite des policiers tués un 16 février

- les menaces à intention criminelle sur divers citoyens, etc.

La démocratie effective, la justice, l’édification d’une vie nationale apaisée exigent la lumière sur ces affaires et rejettent le bluff et les jeux de dupe.

En conséquence de tout cela, le CPC a décidé d’organiser, complémentairement à la présente conférence de presse, une manifestation pacifique, c’est-à-dire conforme à la loi et au règlement, pour dire de manière massive, ordonnée, déterminée et énergique, sa désapprobation de la gestion du pays qui laisse tant de place aux faits de violence impunis, compromet la santé de la démocratie et met en péril la nation.

Le CPC appelle à la mobilisation tous les démocrates du pays pour l’expression nationale du refus de la violence.

Merci de votre attention.


                                    Dakar, le 9 octobre 2003
              La Conférence des Chefs de Parti du CPC