Forum préélectoral sur l’Economie et le Social

Interventions du Secrétaire Général

Dakar, Séance du mardi 1 Février 2000

L’Alliance des Forces de Progrès, parti de l’espoir et de l’action, salue l’initiative de Présence chrétienne qui, en coopération avec la Fondation Konrad Adenauer, organise, avant même le début de la campagne électorale de Février 2000, une série de rencontres avec les candidats à l’élection présidentielle.

La justification de ces rencontres, s’inspire de votre souci qui est d’interroger les candidats à la présidentielle sur leurs propositions de société. Vous me demandez, à juste raison, d’apporter tout l’éclairage nécessaire qui puisse guider le choix des citoyens. Je me soumets volontiers à cet exercice exaltant mais par ailleurs difficile parce que ouvert à la démagogie. Je partage ce plaisir d’être parmi vous pour deux raisons fondamentales.

· La première raison est que je pense très sincèrement que les hommes qui aspirent à diriger le Sénégal et qui veulent prendre en charge les problèmes de développement d’un pays comme le nôtre, doivent permettre à leurs concitoyens l’accès à toutes les informations pouvant guider leur choix libre et conscient. C’est un devoir de vérité et une obligation de démocratie que je respecte.

· La deuxième raison qui justifie le fait que je veuille bien me présenter devant vous, est une quête intellectuelle. Je suis certes candidat aux élections présidentielles, et si la majorité de nos concitoyens acceptent de me donner leur voix, je compte m’engager à changer la façon de faire la politique au Sénégal en privilégiant le partenariat avec toutes les composantes de la société sénégalaise. En me présentant donc devant vous, j’exprime sans nul doute les idées et le programme de mon parti, l’A.F.P., mais aussi parce que je suis à l’écoute des avis de tous mes compatriotes qui peuvent enrichir notre projet de développement et de société. Le Sénégal étant un pays pluriel et tout ce sui concourt à préserver et enrichir cette pluralité constitue pour moi et l’A.F.P. un apport vital. A cette quête intellectuelle, je voudrais ajouter une dimension spirituelle et éthique qui se justifie à mon avis par le symbole que l’an 2000 représente dans la perspective historique de l’humanité. Ainsi charrie t- elle tout un programme pour le Sénégal, dont j’aimerai retenir essentiellement la pertinence de la pluralité religieuse, la liberté de culte et le respect des religions dans un état démocratique qui garantit la liberté de conscience à tous les citoyens. Pour les 2000 ans de civilisation chrétienne pour l’humanité entière, je souhaite pour mon pays, devant l’épreuve que constituent les élections présidentielles, la paix et le respect de l’homme. La pluralité que je mentionne tantôt signifie le droit à la différence. La chrétienté a depuis longtemps sa place au Sénégal. Défendu et soutenu par une dizaine de partis politiques sénégalais, le programme que j’ai la charge de vous expliquer les grandes lignes, entend maintenir et protéger la pluralité religieuse au Sénégal ; et si nous sommes élus par la majorité des Sénégalais, nous comptons favoriser et promouvoir le dialogue des religions pour en tirer le meilleur profit pour notre pays. Je m’en vais donc, sans détour vous présenter les grandes lignes de mes idées. Par souci de clarté, je voudrais apporter mon diagnostic des réalités de l’état sénégalais telles que je les vois.

 

I.- AU PLAN POLITIQUE

L’Alliance des Forces de Progrès, dans le programme qu’elle propose au peuple sénégalais, comme programme de gouvernement si les patriotes sénégalais remportent les élections présidentielles de l’an 2000 et réalisent l’alternance au pouvoir, a mis l’accent sur l’impératif que constitue la reconstruction de l'État démocratique.

Le fonctionnement des institutions de la République, dans notre pays, affiche de manière claire des errements quotidiens qui ont conduit à une prépondérance de l’Exécutif sur les autres pouvoirs.

Nous évoquerons ces errements et leurs conséquences dans la discussion que nous engagerons tout à l’heure. Le Chef de l’Exécutif, dans ce système, est le chef du Parti majoritaire à l’Assemblée Nationale, ceux, malgré l’interdiction à lui faite par l’article 32 de la Constitution interdisant de cumuler sa charge « avec toute autre fonction publique ou privée, même non élective ». Bien souvent, votre interlocuteur a abordé cette question avec le chef de l’Exécutif, celui qui nous gouverne encore et bien souvent celui-ci avait pris la résolution de se conformer à l’article 32.

Le non-respect de cette disposition constitutionnelle a pour résultat une confusion prolongée des deux pouvoirs (exécutif et législatif) entre les mains d’un seul homme, cette confusion se traduisant elle-même par une autre, celle entre l’État et le Parti, créant tantôt l’Etat-Parti, tantôt le Parti-Etat.

Le Pouvoir judiciaire souffre de ces atteintes par la qualité de Président du Conseil Supérieur de la Magistrature du chef de l’Exécutif, quand l’on sait que la carrière des magistrats est décidée par cet organe, par la nomination de ces mêmes magistrats par ce même Conseil et, par ailleurs, par le contrôle que le Garde des Sceaux, ministre de la Justice exerce sur le Parquet et, aussi, par un certain nombre de recours permettant, à tout moment, au Pouvoir Exécutif, à travers le Procureur Général, d’anéantir une décision de justice passée en force de chose jugée comme les pourvois d’ordre du Garde des Sceaux ou les pourvois dits dans l’intérêt de la loi.

De même, il suffit de scruter le fonctionnement de l’administration sénégalaise pour voir apparaître, à plusieurs niveaux, la neutralisation des instruments de contrôle de celle-ci, lorsque, notamment, la Présidence de la République de qui relèvent les corps de contrôle comme l’Inspection Générale d’État et d’autres commissions spécialisées gère elle-même des Directions Nationales (logements administratifs et divers projets financés par la Coopération internationale).

Que dire, à côté d’une Assemblée Nationale dont les travaux sont orientés, planifiés, indirectement dirigés par le Chef de l’Exécutif, d’un Sénat à la création duquel les Sénégalais n’ont pas été associés, pas même par référendum et qui, pour l’Alliance des Forces du Progrès, ne présente, dans les conditions qui prévalent actuellement au Sénégal, aucune utilité pour le développement du pays, ni même dans la poursuite du processus démocratique?

Toujours au plan politique, notre discussion, si le temps qui lui est imparti le permet, pourrait nous conduire à évoquer le statut, les prérogatives et le rôle de l’ONEL dans l’organisation des élections au Sénégal. L’impuissance de cet organisme à s’émanciper du pouvoir du ministère de l’intérieur et à exercer en toute liberté ses missions et prérogatives: le dernier épisode des doubles cartes est suffisamment éloquent de cet état de fait. Si j’ai abordé cette caractérisation de l’état sénégalais et tenté de faire un rappel de quelques principes d’un état démocratique, c’est pour insister sur l’importance d’un contexte et d’un environnement sain, sans lesquels il est vain de concevoir et de promouvoir une économie moderne, performante compétitive Sans transition, je voudrais donc aborder le volet économique de mon projet

 

II. AU PLAN ÉCONOMIQUE

Le Sénégal entend occuper sa véritable place au sein de la construction de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest et, en particulier, dans l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine et dans la CEDEAO. Sur ce plan qu’il me soit permis d’aborder le dossier de l’intégration sous régionale :

UEMEOA :

Ce dossier doit faire l’objet d’un suivi rigoureux. Tous les acteurs doivent être impliqués Voici quelques idées que je compte aborder :

· la mise en œuvre d’une structure regroupant l’administration et le secteur privé devrait permettre d’anticiper la réflexion sur les axes stratégiques de l’intégration et constituer un pôle de proposition capable d’influer sur les orientations qui prennent en charge nos intérêts.

· L’axe de coopération Dakar- Bamako doit être redynamisé pour constituer un contre- poids aux velléités d’hégémonie de la Côte d’Ivoire qui s’appuie sur le Conseil de l’Entente pour asseoir sa domination. Il est important de veiller à l’équilibre économique sénégalais dans le marché communautaire. Le Sénégal dot s’attaquer en priorité à la question du désenclavement de notre pays. La situation actuelle nous exclut de fait de la compétition sous-régionale. A terme c’est toute l’économie qui est hypothéquée.

· Il faut régler la question du transport ferroviaire, du trafic routier en même temps qu’on devrait rendre le Port de Dakar plus compétitif pour accompagner les efforts des entreprises sénégalaises et ouvrir des perspectives commerciales à notre pays.

· la baisse de la fiscalité est la première mesure à prendre pour encourager l’investissement productif et attirer les capitaux qui cherchent à s’investir dans l’Union. La fiscalité de porte étant unifiée, l’attractivité se jouera uniquement sur la qualité de l’environnement des affaires.; L’efficacité de l’administration et la suppression du harcèlement administratif constituent un des moyens d’atteindre cet objectif. La fiscalité doit être entièrement refondue (éviter les réformettes) et opter de manière volontariste sur une fiscalité de développement.

· La sécurisation de l’investissement est un autre volet. Les capitaux ont besoin avant tout d’un environnement sécurisé où le droit est bien dit. Les incitations fiscales viennent toujours en seconde position par rapport à la sécurité juridique.

· L’environnement dans lequel, opère l’investisseur est plus déterminant que les incitations fiscales. Enfin les incitations fiscales ne pourront jamais corriger les erreurs de type macro-économique, l’instabilité du système politique et les carences du système juridique.

Ces dispositions sont par ailleurs valables dans la construction en cours de la CEDEAO, processus dans lequel le Sénégal devrait jouer un rôle moteur compte tenu de son poids et de son expérience.

Au niveau monétaire, il faut mettre fin aux taux d’intérêt élevés dans les secteurs de l’immobilier et des biens de consommation durable, et d’une manière générale, dans le secteur des dépenses dites très sensibles.

La sur liquidité des établissements bancaires ne peut être considérée comme un signe de bonne santé financière de l’État ou du pays, si l’on sait qu’il existe une forte demande des agents économiques, des sociétés et des ménages, sans une possibilité réelle d’accès au crédit faute de garanties -le souvenir des banques sénégalaises liquidées est encore frais dans les mémoires- et faute d’un encadrement de proximité indispensable à une bonne utilisation des prêts accordés pour une exécution correcte des projets pour lesquels ils avaient été consentis.

 

III. AU PLAN SOCIAL

Il est aujourd’hui plus que jamais établi que la dégradation profonde qui affecte l’ordre social interne en général et le monde du travail en particulier, a été avant tout autre facteur, déterminée, par une absence notoire de leadership et d’esprit visionnaire, deux qualités éminemment requises pour une gestion satisfaisante des affaires de l’État et subséquemment du devenir de la nation. C’est dire que la croissance, même si elle est nécessaire, est à elle seule insuffisante pour éradiquer la pauvreté, à fortiori lorsqu’elle résulte comme au Sénégal d’une conjonction de mesures ayant délibérément conduit à la précarisation de l’ordre social interne.

Pour qu’elle soit qualitative, la croissance doit être suffisamment élevée, durable et fondée sur des investissements appropriés visant à créer le maximum d’emplois et à réduire la pauvreté. Nous avons dans l’immédiat de grands défis à relever dans la reconstruction du tissu économique et social.

 

I- LES GRANDS DÉFIS

Il s’agit à notre avis des problèmes majeurs se rapportant aux aspects essentiels du monde du travail et ayant une incidence non négligeable dans l’ordre économique, social, politique ou institutionnel du pays.

Notre vision de ce volet est articulé sur les points suivants

1) La problématique de l’emploi

2) les problèmes économiques des travailleurs

3) la protection sociale

4) le cas spécifique des travailleurs migrants

5) le secteur informel et rural

6) les libertés et droits démocratiques dans le monde du travail et le dialogue social

En deuxième partie nos aborderons nos choix

1) La problématique de l’emploi

La question de l’emploi (salarié ou non salarié) occupe une place centrale à la fois dans l’ordre économique et dans l’ordre social d’un pays.

Il n’a jamais existé au Sénégal une politique globale concertée, cohérente et durable de l’emploi.

Toutes les stratégies de création d’emplois qui ont été mises en œuvre, étaient à la fois conjoncturelles et isolées sans articulation les unes aux autres, parce que ciblant des situations précises et évoluant en fonction de celles-ci.

- lutte contre l’exode rural avec le projet des petits projets ruraux (P.P.P.R) et le Groupe opérationnel permanent d’études et de concertation (GOPEC),

- insertion des diplômés ou des qualifiés sans emploi et réinsertion des déflatés avec le Fond National pour l’Emploi (FNE),insertion de catégories de personnels avec la convention État- employeurs, emploi à haute intensité de main d’œuvre avec l’AGETIP,

- appui aux actions des ONG et des partenaires au développement, Etc..

La plupart de ces stratégies et programmes conjoncturels ont évolué et péri, sans que l’on ait pu procéder à une évaluation correcte de leur impact.

La promesse électorale chimérique et démagogique de 20.000 emplois par an révèle encore une fois de plus le manque de leadership et de vision tant décrié. En réalité, l’État ne dispose pas à ce jour de données statistiques et de manière générale, d’informations chiffrées suffisantes, actuelles et fiables sur l’emploi et ses différentes implications.

D’après les estimations du Ministère du Travail et de l’Emploi, l’évolution de la demande d’emplois est de 100.000 nouveaux demandeurs en moyenne par an depuis 1991.

L’on note tout de même une tendance à la baisse de la population active rurale, du fait de l’exode vers les centres urbains.

Par ailleurs, la population jeune est majoritaire aussi bien dans la population globale (environ 60% a moins de 20 ans et la tranche d’âge de 15 à 34 ans représente 50% à peu près) que dans la population active ou dans la demande d’emploi non satisfaite.

En ce qui concerne les femmes, leur taux brut d’activité a connu une augmentation rapide passant de 34% en 1970 à 54% en 1991.

En revanche, l’offre d’emplois est restée nettement insuffisante voire stationnaire en ce qui concerne le secteur moderne (autour 200.000 emplois occupés depuis une quinzaine d’années).

Par contre, le secteur informel urbain a connu une expansion régulière de l’ordre de 7% au cours des années 80. De 250.000 environ en 1975, l’emploi dans ce secteur avoisine actuellement 700.000.

La problématique de l’emploi favorisée entre autres par l’absence de politique globale cohérente et durable mise en œuvre en temps opportun, a été aggravée par les répercussions sociales des programmes d’ajustement structurel.

2) Les problèmes économiques des travailleurs

En ce qui concerne les salariés, ils ont particulièrement été affectés par une érosion substantielle de leur pouvoir d’achat résultant à la foisde la limitation des salaires et des hausses successives des prix des biens et services essentiels. Les taux d’augmentations générales des salaires (minima catégoriels) intervenues entre-temps sont si insignifiants qu’ils sont généralement considérés comme un faire-valoir.

De même, la baisse opérée sur l’assiette de la partie de l’impôt sur les revenus (IR) à effet du 01/01/99 n’est pas du tout perceptible sur la pression fiscale que subissent les salaires.

En revanche, les coûts des soins de santé, des denrées de première nécessité, de l’habitat, des manuels scolaires, n’ont cessé de croître malgré quelques esquisses de baisse souvent suivies d’argumentations dépassant le niveau initial.

3) la protection sociale

Il convient de l’envisager à trois niveaux: secteur moderne, secteur informel urbain, secteur rural.

3.1 Secteur moderne

La protection sociale des salariés est assuré par :

La Caisse de Sécurité Sociale (CSS) : Institution gère la branche des prévention des accidents du travail et maladies professionnelles.

L’Institution de Prévoyance Retraite du Sénégal (IPRES) : Institution de prévoyance sociale chargée de gérer l’assurance vieillesse des salariés du secteur privé et du personnel non fonctionnaire des administrations publiques .

Le Fonds National de Retraite (F.N.R.) géré par des finances qui assure la

Les Institutions de Prévoyance Maladie qui salariés dans une entreprise (IPM autonomes) ou par groupe d’entreprises (IPM inter entreprises) .

Pour combler le déficit qui a résulté de cette politique, (13 milliards) l’IPRES recouru à une augmentation du taux des cotisations de 8,8% à 14% soit +5,2% entre 1991 et 1994 (3 ans), jamais opérée ans l’histoire de cette institution.

De même, cette tendance à l’augmentation sensible du taux des cotisations correspond à une pratique inverse consistant à diminuer délibérément le niveau des pensions par :

- l’attribution de points de retraite aux salariés sur la base de cotisation acquise au taux de 8% alors qu’ils cotisent effectivement au taux de 14% de ladite rémunération.

- la non-indexation des pensions sur l’évolution du coût de la vie, au mépris des prescriptions en vigueur dans ce domaine.

Autant de pratiques inquiétantes qui ont eu pour résultats :

- la précarisation du niveau des pensions (moyenne en 1997 = 65.000 F par trimestre soit 21.666F par mois) l’obtention d’un excédent à notre avis artificiel parce qu’injustifié eu égard au blocage de la valorisation légitime des pensions et à la minimisation du nombre de points à attribuer aux cotisants.

- la sollicitation abusive de la trésorerie des entreprises et des salaires des travailleurs déjà suffisamment éprouvés par la crise alors que le volume des arriérés de cotisations croit sans cesse et que la population des salariés en activité n’est pas maîtrisée.

Le FNR pour sa part procède à une légère

1995, mais dispose d’un niveau de pension beaucoup plus acceptable que celui de l’IPRES et ces pensions sont du reste mensuellement payées aux retraités.

A la CSS, le niveau des prestations familiales est jugé par les partenaires sociaux très insuffisants. Par ailleurs, les excédents accumulés dans la branche des risques professionnels ne sont pas utilisés pour revaloriser conséquemment les rentes.

Même si hormis le FNR, les institutions de sécurité l’autonomie de gestion (Conseil d’Administration : employeur, travailleurs et État pour l’IPRES et la CSS), un certain nombre de dérives affectent le fonctionnement de ces structures investies du reste d’une mission de service public.

4) Le cas spécifique des travailleurs migrants

- Avec les crises économiques qui se sont succédées et le rétrécissement inquiétant de l’emploi qui en a résulte, les mouvements migratoires qui constituaient déjà une composante de la structure géographique de la population sénégalaise, se sont accentués.

- la suppression du visa de sortie en 1981 a également constitué un facteur d’intensification du flux.

- Le nombre total approximatif de 402.000 ressortissants sénégalais à l’étranger résultant des recensements, ne concerne que les personnes régulièrement immatriculées dans les représentations diplomatiques et consulaires. Il est de loin insignifiant par rapport à la réalité.

L’impact à la fois économique, financier, culturel et social des activités et actions de cette importante "diaspora" sénégalaise au profit de notre pays n’est plus à démontrer.

C’est pourquoi, à côté des devoirs et obligations habituelles de l’État vis-à-vis de ses ressortissants vivant en pays étrangers, une dynamique particulière d’encadrement et de suivi de cette frange de la population s’est imposée. Après avoir été confiée depuis 1983 à un secrétariat d’État rattaché à la Primature la charge des sénégalais vivant ou établis à l’étranger a été confiée avec le Gouvernement du 02/06/93 au Ministère des Affaires Étrangères qui devient Ministère des Affaires Étrangères et des Sénégalais de l’extérieur (MAESE), département que votre serviteur a dirigé jusqu’à la fin de ses fonctions au sein de l’Exécutif.

Bien que ce Département relève du domaine réservé du Chef de l’État, l’approche à la fois participative et prospective qui m’est particulièrement chère, assortie du volant d’initiative en l’absence duquel il m’est par principe impossible d’exercer une charge gouvernementale, m’ont permis de conseiller, suggérer et de réaliser progressivement une nouvelle politique visant la protection, la gestion et la promotion des sénégalais de l’extérieur.

Ceci a valu à nos ressortissants de nombreux acquis dont l’amélioration progressive :

- de la sécurité (biens et personnes) en temps de paix comme en période de crise des prestations que leur doit leur Etat d’origine;

- des conditions de vie, d’activités professionnelles, de réinsertion dans le tissu économique et social du pays en cas de retour, relations avec les parents restés au pays, de réussite des activités de développement initiées pour leur terroir, etc.

- de l’appui institutionnel avec notamment la création du Conseil Supérieur des Sénégalais de l’Extérieur (CSSE) sur des bases participatives.

Toutefois, nous devons admettre que beaucoup de choses restent à faire, compte tenu de l’évolution des enjeux dans ce domaine, du fait d’incessantes mutations politiques, économiques sociales, scientifiques et techniques.

5) Secteur informel et Secteur rural

Pour ces deux secteurs, il n’existe à ce jour aucun système spécifique de protection sociale, autre que celui mis en place par l’Etat pour l’ensemble des citoyens (santé publique essentiellement) et les actions mises en œuvre par divers acteurs dans le cadre de la lutte contre la pauvreté.

Et pourtant, les salariés du secteur moderne représentent moins de 10% de la population active et moins de 3% de la population totale alors que les paysans par exemple, qui participent pour près de 25% à la richesse nationale, n’ont pas de système de protection sociale.

6) Les droits et libertés démocratiques et le dialogue social

Force est de reconnaître, que malgré les apparences, et l’état de la codification au Sénégal, les droits et libertés démocratiques ne sont pas scrupuleusement respectés aussi bien sur le plan politique que sur le plan syndical. Sur le terrain syndical qui est ici concerné, l’on a assisté maintes fois à des violations regrettables et troublants de la liberté syndicale sous ses diverses formes: obstruction à la négociation collective, liberté de création ou d’adhésion à l’organisation syndicale de son choix, arrestations et emprisonnement arbitraires de dirigeants syndicaux es qualité, violation de local syndical, répression de manifestations syndicales pacifiques, etc..

Autant de dérives qui violent les conventions pertinentes de l’OIT que le Sénégal adûment ratifiées et les dispositions constitutionnelles légales réglementaires et conventionnelles en vigueur. La paix et la stabilité sociales s’en trouvent souvent heurtées.

Le Dialogue social Il est aujourd’hui établi qu’il ne peut y avoir de grandes transformations positives au plan politique ou économique sans les acteurs sociaux, jouant un rôle important, parfois même moteur, dans le processus. Une telle dynamique n’est possible que dans un contexte de confiance réciproque et de tolérance favorisé par :

- le respect préalable des droits et libertés syndicaux,

- l’exercice des droits et libertés dans les limites prescrites par la loi

- le respect des règles du jeu du tripartisme autant que possible (État - Employeur - Travailleurs) aussi bien dans la forme (composition des représentants dans différentes instances appropriées) qu’au fond (équilibre des forces autour de la table).

- la transparence et la sincérité dans l’argumentation,

- la volonté avérée en faveur d’un dialogue dynamique et responsable,

- le respect des engagements souscrits, etc...

Autant de conditions qui ne sont pas souvent réunies dans le contexte sénégalais où les discriminations entre les organisations en présences, les rétentions d’informations, les faux-fuyants, la ruse, le non respect des engagements souscrits, les violations des droits et libertés compromettent le développement d’une culture de consensus et de  partenariat social.

NOS options programmatiques

Nos options pour la société que nous destinons aux Sénégalais sont déterminées une expertise avérée, notre capital d’expérience dans la gestion des affaires de l’Etat, notre volonté constante de concertation aux fins d’adapter nos convictions aux attentes de nos mandants.

C’est sur la base de cette approche participative de nous envisageons les solutions que voici face aux défis précités.

Une véritable politique de promotion de l’emploi comme levier incontournable pour la maîtrise de la pauvreté

- le développement de l’emploi rural (agricole et non agricole)

- la maîtrise du chômage et du sous emploi urbains

Les Stratégies

Dans le cas des salariés

- Renforcement dans le cadre du tripartisme des conditions d’un dialogue serein et sincère entre les partenaires sociaux, de manière à réhabiliter la confiance réciproque qui doit exister entre eux et grâce à laquelle nombre de questions dont la condition économique des travailleurs pourraient connaître des solutions satisfaisantes pour tous,

- Encourager la même dynamique à l’échelle du secteur d’activité, de la branche et de l’entreprise y compris l’Administration,

- Gestion du problème de la fiscalité des traitements et salaires de concert avec les partenaires sociaux, dans le sens de lui trouver une solution convenable,

- Renforcement du contrôle pour l’application rigoureuse de la réglementation sociale notamment celle protégeant les droits des travailleurs,

- Appui à la création de centrales d’achat de travailleurs permettant de se prémunir contre les spéculations

Dans le cas des travailleurs du secteur rural

- Nos options relatives au développement de l’emploi en milieu rural visent également la promotion des emplois existants.

- Nécessité d’envisager l’atténuation des prix du matériel et des intrants agricoles dans le cadre de l’indispensable promotion de ce secteur.

- Réalisation (enfin) de la réforme foncière afin de promouvoir le financement du secteur rural grâce à des crédits garantis sous forme de sûretés réelles.

En ce qui concerne les travailleurs du secteur informel urbain

- Les solutions préconisées pour ce secteur dans le cadre de la politique de promotion de l’emploi sont également valables pour la réhabilitation de la situation économique des travailleurs.

- Enfin, pour notre part, aucune réforme économique ne sera dorénavant appliquée au Sénégal sans que nous n’ayons conduit nous mêmes les études préalables et la définition des objectifs et que les éventuelles répercussions sociales n’aient fait l’objet d’une évaluation à priori.

Telles sont les principales orientations du volet de notre programme relatif aux conditions économiques et sociales des travailleurs.

Notre parti, dans le programme qu’il est entrain d’affiner, n’a pas oublié le développement des structures en milieu éducatif, notamment en ce qui concerne l’école, l’Université sénégalaise, en termes de bilan et de perspectives, après un diagnostic sans complaisance de la gestion qui a été faite des conclusions et recommandations des États Généraux de l’Éducation et de la Formation et des Commissions techniques mises en place pour assurer l’application par étapes de ces conclusions et recommandations.

La loi d’orientation 91.22 du 16 Février 1991 essentiellement basée sur les recommandations des EGEF constitue le second cadre juridique validant la politique éducative de l’École nouvelle. Cette loi devrait être réactualisée dans les meilleurs délais, en accord avec les partenaires de l’École.

Il s’agit, passant en revue les questions majeures de l’École et de la réforme, d’évaluer les différentes situations et de proposer quelques recommandations qui informeront la politique du parti dans le secteur.

Les cycles élémentaire et secondaire général : diverses insuffisances persistent à ce niveau et constituent un handicap du système, en dépit d’innovations pédagogiques et structurelles remarquables. Il s’en suit :

une faiblesse du taux de scolarisation : le taux brut (7-12 ans) est à 57 % en 1995- 96 pour une projection 65 % en 1998, 70 % en alors que la CNREF proposent en l’an 2000 la scolarisation universelle.

L’accès au système éducatif formel accuse donc un déficit structurel que la politique des volontaires initiée par le MEN (en 1995), de concert avec la Banque Mondiale, n’a guère comblé.

L’AFP envisage, dans un délai à fixer avec les différents acteurs du système, suivant des modalités spécifiques à chaque région naturelle, de combler le déficit du taux de scolarisation en :

· assistant les secteurs non formés tels que les « daaras » et en aménageant des passerelles avec le formel ;

. conduisant un programme renforcé de construction scolaire ;

. améliorant les conditions de vie et de travail des personnels enseignants, toutes catégories confondues.

Par ailleurs, l’AFP soutient l’idée d’un enseignement modulaire, tel que le programme par objectif (PPO) articulé aux réalités éco-géographiques du pays. L’INEADE, dans le cadre des innovations pédagogiques, appuiera, avec des moyens accrus, la recherche en amont. Tandis qu’en aval, l’édition et la diffusion de brochures bilingues restituera aux langues nationales leur fonction primordiale aux côtés du Français langue seconde.

De ce fait, fidèle à l’esprit et à la lettre des EGEF, l’AFP élargira les perspectives du préscolaire et de l’élémentaire au double plan institutionnel et pédagogique, rendant effectivement la scolarisation universelle dans un délai très réduit.

Pour corriger à la baisse les déperditions scolaires en allongeant la durée obligatoire du séjour scolaire par l’instauration d’un cycle fondamental de 10 ans intégrant l’éducation de base.

L’éducation spéciale

Conformément aux nouvelles dispositions de la loi d’orientation, l’AFP assurera à l’éducation spéciale une place intégrale dans le système scolaire en renforçant le taux actuel de scolarisation des enfants handicapés (10%) ;

L’enseignement privé

l’AFP reconnaît le caractère d’utilité publique de l’enseignement privé. Elle s’engage à la maintenir dans ses formes confessionnelle et laïque en impliquant davantage l’État afin que, tout en préservant la primauté de l’école publique,

l’Enseignement technique et la Formation professionnelle

La formation professionnelle, bien articulée à l’enseignement technique, doit nous permettre de disposer d’outils performants et de solutions technologiques à nos préoccupations spécifiques et locales.

L’enseignement Supérieur

Le secteur de l’enseignement supérieur est constitué de trois sous-secteurs que sont :

1. les institutions universitaires publiques

2. les institutions de formation supérieure et professionnelle (non universitaire)

3. les institutions universitaires privées .

Au plan institutionnel l’enseignement supérieur sera réformé dans le sens

- d’une large autonomie des universités ;

- d’une intégration effective des établissements de diverses natures afin de faciliter la mobilité académique des étudiants et des enseignants, ainsi que préconisée par la Conférence Mondiale sur l’Enseignement Supérieur (CMES, UNESCO, Paris, octobre 1998) ;

- d’un accès élargi à la demande des élèves, des adultes, (suppression de la sélection post-bac)

- d’une meilleure articulation du secondaire (général, technique) et du supérieur.

Afin de réaliser un nouveau consensus de tous les acteurs et partenaires sociaux de l’éducation, l’AFP organisera la deuxième session des États Généraux de l’Éducation et de la Formation (EGEF) de l’année 2000 et réinventé la commission nationale de réforme de l’éducation et de la formation pour l’actualisation, tous le choix en matière de structures de pédagogie, de personnels, d’équipement, etc.

Santé

Propositions d’une politique de santé par l’AFP

Réorganisation du ministère de la santé

Il s’agit là d’une urgence. La régionalisation installée récemment l’exige de façon évidente. Les lourdeurs administratives sont telles qu’aucun plan de développement au Sénégal n’est faisable. En lieu et place de l’actuelle direction de la Santé, il convient de proposer une Direction Générale de la Santé Publique, forte, bien étoffée par des compétences certaines dans divers domaines (coordination des structures, surveillance épidémiologique, gestion des ressources humaines, pharmacie, alimentation, formation, contrôle des financements, des équipements, des filières de produit, inspection des services de santé, médecine préventive etc.).

Structures et équipement

Il est évident que les régions de Kolda et de Fatick doivent être dotées d’un hôpital régional en plus de la réalisation des centres de santé, des cases de santé, des maternités rurales et de laboratoires.

La ville de Pikine, compte tenu de son développement tentaculaire, devra être l’objet d’une approche particulière parce que pouvant bénéficier dès à présent d’une politique d’approche moderne visant à développer une santé pour le 21e siècle.

Des outils d’exploitation fonctionnelle tels que le Scanner, l’Échographie, l’Angiographie, la Fibroscopie doivent être disponibles de façon géographiquement rapprochée et financièrement accessible pour les populations des régions périphériques et du centre.

La Maintenance

L’utilisation judicieuse des équipements hospitaliers ne peut se faire qu’avec une politique de maintenance des appareils, voitures, locaux etc. Ce volet est certainement un des points d’échec de la politique de santé médiocre voire nulle au Sénégal.

Les Médicaments

C’est la pierre angulaire de toute politique de santé. Il s’agira de la rendre géographiquement et financièrement accessible comme le définit la politique des soins de santé primaires.

Mesures en faveur de la santé publique

Cette santé publique exige un accès à l’eau potable, au logement, à l’assainissement, à la bonne alimentation , à la promotion de la pratique du sport, à une sérieuse politique de Médecine Scolaire, à une Assurance Maladies pour une large majorité de la population, à une prise en charge par l’État et les Collectivités des services d’urgence, à une prévention efficace des maladies transmissibles : telles que le Paludisme, la Tuberculose, les maladies sexuellement transmissibles : le Sida etc. et les maladies non transmissibles telles que le Diabète, l’hypertension artérielle, l’obésité et la malnutrition.

La couverture médicale

L’A.F.P. propose à l’instar de tout pays à politique de santé intelligente, la création d’une Caisse Nationale d’Assurance Maladies pour le plus grand nombre de Sénégalais et des Structures contingentes de prise en charge des indigents.

La Recherche médicale

Il importe de l’encourager, de l’assister afin de redorer le blason de la Faculté de Médecine de l’Université Cheikh Anta DIOP et son statut de pionnier dans la recherche médicale en Afrique Noire. Il importe de donner plus d’énergie et de dynamisme à la Médecine traditionnelle parce que étant complémentaire de la Médecine occidentale.

De la question des genres

Politique de Promotion de la Femme Sénégalaise

Il faut :

- avoir la volonté politique,

- agir sur les conditions matérielles, sur leur vie quotidienne.

La protection de la femme devra être renforcée par la mise au point de nouveaux textes relatifs au congé de viduité, et à l’accès des femmes à toutes les professions.

L’Alliance des Forces de Progrès entend mettre en œuvre pour assurer la promotion de la femme, les mesures suivantes :

- renforcement de l’axe femme-population-développement

- Redonner un sens à la solidarité familiale et communautaire ;

- Sensibiliser les femmes à un concept de santé englobant des conditions et l’accès à la formation-information, dans une perspective de maîtrise de leur fécondité et de leur environnement social ;

- Abolir les pratiques portant atteinte à la santé physique et mentale des femmes : mutilations sexuelles, mariages précoces ;

- Insérer des modules d’éducation à la vie familiale dans les programmes scolaires, de niveau primaire et secondaire.

Promotion des femmes ou réduction des discriminations :

Il ne serait pas suffisant pour la femme rurale, par exemple, d’accéder à la terre si, en amont et en aval, des progrès n’étaient pas escomptés dans la lutte contre

l’analphabétisme, dans l’accès au crédit, à la formation, l’information et la participation au financement de la mise en œuvre exhaustive et effective du cadastre rural révisant l’accès à la propriété terrienne, en remettant en cause la prérogative masculine sur les ressources foncières régies par la coutume et les méthodes d’affectation des terres.

Accélérer la mise en place d’un système d’épargne : une femme seule ayant des enfants en charge : il en sera tenu compte pour le calcul de son imposition sur le revenu, les femmes des fonctionnaires en mission à l’étranger ne sont pas autorisées à y travailler, l’accès des femmes à certains emplois est limité (quotas) ou interdit.

Enfin l’environnement

Il faut instaurer un plan institutionnel et réglementaire . Il faut une gestion des déchets avec un plan directeur.

Propositions :

- Création d’une agence opérationnelle des gestions des déchets,

- Élaboration d’un plan directeur de gestion des déchets

La stratégie consiste à

· promouvoir l’utilisation des matières biodégradables,

· promouvoir le recyclage, la valorisation des déchets

· promouvoir les technologies respectueuse de l’environnent pour l’industrie

· promouvoir le traitement des eux usés domestiques par des systèmes d’assainissement collectifs

· création d’emplois de proximité à partir du recyclage et de la valorisation des déchets

· Gérer l’environnement marin autrement

A ce niveau il y a une anarchie totale et nous proposons

· la création d’une agence opérationnelle de gestion de l’environnement marin et côtier

· la mise en place de comités pluridisciplinaires et intersectoriels de gestion du milieu marin et des zones côtières,

· la définition et la mise en oeuvre de gestion intégrée du milieu marin et des zones côtières

· Enfin il faut gérer les fonds pour la protection de l’environnement autrement en

· faisant l’audit de ce fond

· en domiciliant ces fonds au niveau des agences opérationnelles pour les besoins de restauration des environnements dégradés (anciennes et déchargés et carrières, sites pollués

Avec nos voisins immédiats, nous voulons entretenir des relations de sincérité et de loyauté, dans la plénitude de notre prise de conscience partagée de la complémentarité de nos intérêts et de notre avenir.

Sur les questions de la diplomatie de la défense, des armées, de la sécurité des biens et des personnes, du développement, nous pourrions engager une discussion .

Je vous exposerai, à ce sujet, les grandes lignes de notre programme.

Je vous remercie de votre patience et de votre attention et me tiens à votre disposition de même que mes amis de l’AFP.