SYMPOSIUM INTERNATIONAL ORGANISE PAR LE RCD DE TUNISIE

A l'occasion de la célébration du XVIIème anniversaire
du changement du 7 novembre 1987
Tunis, les 5 et 6 novembre 2004

------------------------------------------------

Bref exposé fait par M. Moustapha Niasse,
Secrétaire Général de l'Alliance des Forces de Progrès, ancien Premier Ministre du Sénégal
sur le thème :


"L'investissement dans le savoir et le développement
des potentialités humaines "


Les bonds prodigieux réalisés grâce aux progrès accomplis, depuis des siècles, par les chercheurs de toutes disciplines, les savants et inventeurs de technologies nouvelles, dans des domaines variés de la vie, ouvrent, aujourd'hui, de vastes perspectives aux horizons sans limites, vers un monde où le savoir continuera, sous des formes multiples, à être la référence de toute ambition pour un monde de paix, de justice et de bien-être partagé.

De tous temps, depuis les sociétés primitives qui percevaient comme des actes de fatalité les premiers réflexes tirés de la répétition des phénomènes de la nature, à périodes fixes et selon des manifestations semblables, dans leur survenance comme dans leurs effets physiques, l'homme a commencé de s'interroger sur le caractère inexplicable de l'origine de ces phénomènes et de leur pourquoi.

L'homme, alors, chaque jour, en regardant le ciel, les nuages, et les étoiles, la nuit, n'a cessé de se poser des questions, sur sa propre existence, et sur le comment du déroulement, sous ses yeux, du rythme de sa vie. Il espérait alors, il attendait aussi, sur ce qui ne pouvait encore être défini sous le concept de science, de savoir, ou de mécanismes obéissant à des lois scientifiques, un début d'explication pour accéder à une certaine maîtrise ou, au moins, à un début de compréhension sur le cours de ces phénomènes ou des événements qui en résultaient.

Devant le mur que constituait, encore et pendant de longues périodes, la faible étendue des données cognitives dans leur relativité par rapport aux éléments naturels, ces sociétés ont établi des hiérarchies intégrant le concept du sorcier détenteur de connaissances et de secrets auxquels ne pouvaient accéder que des initiés. Ceux-ci gardaient jalousement leurs secrets et punissaient d'un châtiment sévère tous ceux qui les communiquaient sans autorisation préalable ou qui, comme Prométhée, s'en appropriaient indûment.

Siècle après siècle, l'humanité a poursuivi son évolution, dans le temps et, aussi, dans les conquêtes de nouveaux espaces de connaissances, découvrant, pan après pan, les lois de la vie sur terre, et dans les cieux, le mouvement des astres, les secrets de la médecine, et ceux de la biologie, le rythme des saisons, la vie sous-marine, jusqu'aux mécanismes qui règlent les éclipses du soleil et de la lune.

La découverte des propriétés du carbone 14 et l'application de ces propriétés sur les procédés de datation des matières organiques fossiles et minérales, de même que le décodage du mécanisme dont sont dotés des animaux bio-luminescents, qui émettent de la lumière, même sous l'eau,de même que la confirmation des phases successives du système de la circulation sanguine, ont permis, parmi d'autres découvertes, de réaliser de nouvelles avancées dans l'interprétation, l'analyse et l'exploitation de découvertes antérieures. En investissant, sans relâche, par induction, par déduction, ou par extrapolation, pour de nouvelles découvertes, l'homme, ainsi, a été à la hauteur de sa vocation d'inventeur à lui ouverte en raison de son intelligence qui l'a situé à un rang supérieur dans la catégorie des espèces animales, en tant qu'être bipède, intelligent, pensant et créateur d'idées et de moyens de développer les potentialités humaines.

Progressivement, avec l'avènement de moyens nouveaux venus raccourcir les distances, faciliter le transport des équipements de recherche et la circulation des idées et des services, l'enseignement s'est étendu à des régions et zones nouvelles, permettant la diffusion des connaissances de plus en plus précises et leur mise à la disposition des sociétés humaines, de leur existence, de la sécurisation de leur environnement, de la préservation de leurs conquêtes sur la nature.

Survolant les étapes ultérieures de l'évolution des connaissances humaines, acquises ou à venir, sur les réseaux de la recherche et des découvertes, nous entrons dans les espaces du savoir, celui-ci étant défini comme l'ensemble des connaissances qui conduisent la société des hommes à pénétrer dans tous les domaines scientifiques, selon la formation reçue, les aptitudes intellectuelles, les expériences acquises et les objectifs visés, et à trouver, mettre en œuvre et rendre utiles pour le plus grand nombre les progrès de la science et leur application pratique sur le terrain de la vie quotidienne.

Analysées sous cet éclairage, les données qui fondent le savoir dans la plénitude de ses dimensions multiples posent la problématique des entreprises de l'homme tendant à investir, sans limites autres que morales, dans toute direction susceptible de concourir à l'élargissement des possibilités qu'ouvrent la science et les technologies dans les sociétés modernes. Ces investissements peuvent être d'ordre financier, humain, technique, politique au niveau décisionnel. Dés lors, les communautés humaines et, en particulier les Etats, en s'engageant résolument, à investir dans le savoir, répondent aux échos de tendances naturelles qui appartiennent à l'esprit humain et dont l'origine remonte au mystère de la création.

C'est comme si nous obéissions à un déterminisme scientifique qui nous renvoie, tout droit, au questionnement que j'évoquais tantôt, au début de cette réflexion, en commençant par les réflexes humains dans les sociétés primitives, face à la nature et à ses manifestations. Mais la volonté humaine, aujourd'hui, joue un rôle principal dans la planification des recherches voire dans les choix qui orientent le chercheur dans des zones non encore défrichées de la science. Il s'agit alors de défis nouveaux, que l'homme prend en charge, persuadé qu'au bout de l'effort persévérant, se trouve souvent le succès. Cet effort d'investissement, qui est le prix à payer, pour pousser le plus loin possible, recherches et découvertes, pour maîtriser les lois scientifiques et en mettre les composantes au service de l'humanité, devient ainsi et demeure, dans le même temps, une finalité déterminante, comme la marque d'un destin que Dieu assigne à ses créatures.

N'est-il pas, alors, juste de reconnaître que cet effort d'investissement, dans certains domaines de la science vise plutôt à protéger et à préserver des acquis plutôt qu'à créer de nouvelles découvertes ? Les savants, depuis longtemps ont constaté que l'œil des méduses, depuis plusieurs millions d'années, était constitué des mêmes cellules de la rétine de nos yeux d'aujourd'hui, et que les mêmes types de neurones alimentent toujours, avec la même intensité, les cellules sensitives qui permettent et organisent la vision objective.

Cette réalité, qui a traversé les âges et qui est demeurée la même, est, à titre d'exemple, une preuve tangible de la perfection d'un organe comme l'œil, dans sa constitution interne et dans son fonctionnement, aussi longtemps qu'il n'est pas agressé par des éléments de source externe ou par une détérioration dans la composition du sang ou du fait de dégénérescences atteignant les cellules du cerveau, ce qui peut conduire à la cécité ou à une réduction des capacités visuelles.

De Cro-Magnon à Thoumaï, les découvertes paléo-anthropologiques ont montré qu'aucun investissement dans la recherche scientifique, dans le but d'atteindre et de maîtriser le savoir, n'est jamais perdu. En effet, entrent en jeu, dans ce cadre, des liaisons transfrontières reliant de nombreux domaines de la science, dans une parfaite harmonie qui aboutit à de nouveaux réseaux d'élargissement vers des horizons infinis dans les espaces de l'esprit et de l'expérimentation qui conduisent aux découvertes. " Eurêka ! " s'était exclamé Archimède. C'est que de l'homo habilis à l'homo sapiens, en passant par la découverte et la domestication du cheval et l'invention de la machine à vapeur, l'humanité, à chaque étape de son évolution, a su réaliser cette harmonie, même quand la marge des ignorances l'emportait encore sur celle des données scientifiquement établies.

La connexion avec les potentialités humaines et le développement de celles-ci induit, sans solution de continuité, c'est-à-dire sans un hiatus identitaire, une relation logique qui traduit de nouvelles finalités, portées sur les capacités illimitées de l'ordinateur modèle qu'est le cerveau humain, dans ses différents lobes qui perçoivent et qui mémorisent des milliards d'informations, recueillies et classées tout au long d'une vie.

Ainsi, l'investissement dans le savoir crée les conditions du développement des capacités humaines et, dans la même logique, le développement des capacités humaines dirige, planifie et coordonne la nature, le contenu et l'importance de l'investissement dans le savoir, par la définition organisée d'objectifs précis. La problématique de cet échange de logiques et de cette complémentarité opérationnelle se situe au cœur même de la dialectique " investissement dans le savoir - développement des capacités humaines ".

Les Ecritures Saintes, dans les trois religions révélées, commandent à l'homme de mettre ses connaissances au service exclusif du Bien, du Beau et du Vrai, afin que la paix prévale entre les hommes, dans un monde de bonheur et de solidarité que la science, maîtrisée et éloignée des comportements négatifs ou hostiles vis-à-vis d'autrui, peut produire, protéger et inscrire dans la durée. Un tel exercice ne connaît pas de phase finale. Il accompagne, dans le mouvement incessant de la recherche, de l'analyse, de la découverte et de l'évaluation de nos capacités, l'histoire de l'humanité, hier, aujourd'hui, demain.


 

Moustapha NIASSE

Consultant
Ancien Premier Ministre
du Sénégal

Secrétaire Général de l'A.F.P.