Déclaration de l'AFP sur le Projet de modification de la
Constitution sur une initiative d'origine parlementaire PDS

La situation politique nationale est caractérisée par le débat soulevé par la proposition de révision de l'article 60 de la constitution du 22 janvier 2001.

Les Sénégalais, dans leur large majorité, s'interrogent à juste titre sur les motivations réelles de cette nouvelle tentative entreprise par le pouvoir, contre le droit, la loi et les libertés publiques au moment où de nombreux défis interpellent notre pays.

Par referendum en date du 7 janvier 2001, le Peuple sénégalais s'était massivement prononcé en faveur d'un nouvel ordre démocratique, en sanctionnant dans sa Charte fondamentale la transhumance politique qui avilissait considérablement le jeu politique sénégalais en détournant, souvent, en faveur du parti au pouvoir, la volonté nationale, souverainement exprimée par le Peuple à l'occasion des élections législatives.

Moins de deux années après la promulgation de la Constitution du 22 janvier 2001, voilà qu'une pratique que les démocrates sénégalais croyaient définitivement rangée au musée des antiquités, refait surface sous la forme d'une proposition de révision de l'article 60 de la Constitution, pour permettre à un député transhumant de conserver son mandat parlementaire, au mépris des principes élémentaires de la morale politique et pour des considérations souvent bassement matérielles.

L'AFP, fidèle à l'engagement souscrit devant le Peuple le 7 janvier 2001, s'oppose fermement à cette stratégie d'instrumentalisation de la Constitution de la République. Elle rappelle à tous ceux qui sont tentés par des manœuvres de manipulation que la Constitution, en tant que code du pouvoir et acte fondateur de l'Etat , doit être respectée par tous les acteurs politiques, en particulier ceux qui contrôlent les leviers de l'appareil d'Etat. Elle en appelle au respect de notre charte fondamentale qui, d'exceptions en exceptions ou de révisions en révisions, risque d'être vidée de toute sa substance.

Le peuple du Sénégal ne saurait accepter ni le fait accompli, ni la violation de la Constitution.

Cependant, l'AFP met solennellement en garde ceux qui veulent mettre en déliquescence la Constitution en cherchant à se donner une apparence démocratique pour camoufler des intérêts opportunistes. Elle invite, à cet égard le Secrétaire Général du PDS, Monsieur Abdoulaye Wade, à éviter, sous le prétexte de démocratie au sein du PDS, de parrainer des initiatives malheureuses, inopportunes et antidémocratiques, comme ce projet .

Dans tout système démocratique, la Constitution de la République revêt un caractère et un contenu intangibles et se situe au dessus des partis et des individus.

Les régimes sénégalais, celui d'aujourd'hui comme celui de demain, ne sauraient se soustraire aux contraintes morales ni aux obligations juridiques induites par cette réalité.

Pour toutes ces raisons, l'Alliance des Forces de Progrès condamne sans réserve, ce projet d'amendement de la Constitution du Sénégal et le considère comme la manifestation vivante du désarroi du pouvoir actuel et du parti qui l'anime.

Le Sénégal fait face actuellement à d'autres défis qui ont pour noms : la grande pauvreté, la famine, les souffrances du monde rural, la mal gouvernance, le déséquilibre entre les institutions de la République, le chômage, la régression économique et sociale.

L'AFP à côté d'autres patriotes et démocrates et en parfaite solidarité avec toutes les forces vives de la Nation entend faire face à cette nouvelle tentative visant à porter atteinte aux acquis démocratiques du Sénégal.

Enfin, l'AFP qui a déjà alerté toutes les Organisations de défense des droits de l'Homme et de la démocratie dans le monde, demeurera dans cette voie jusqu'à ce que le PDS renonce à ce projet.

Fait à Dakar, le 10 janvier 2003
Le Bureau politique de l'AFP