DECLARATION DE L'AFP SUR LA VIE ET L'ŒUVRE

DU PRESIDENT MAMADOU DIA

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S’en est allé un monument qui a traversé son siècle avec un éclat éblouissant.

S’en est allé un pèlerin immobile qui ne portait pas seulement les valeurs et l’éthique. Il les incarnait au plus haut point. Sans cloisonnements, de manière intégrale. Dans sa vie de tous les jours, comme dans ses activités publiques, le Président Mamadou Dia n’a jamais transigé avec cette conviction capitale, c’est-à-dire, sa foi en l’homme, en ses capacités de dépassement pour prendre le dessus sur un héritage maigre et sur une nature presqu’hostile.

Après avoir sillonné le Sénégal d’Est en Ouest et du Nord au Sud, le Président Mamadou Dia avait pris la mesure des défis à relever et s’était employé, dès le premier gouvernement de la Loi cadre, à organiser méthodiquement le combat contre le sous-développement, pour que l’homme sénégalais puisse satisfaire ses aspirations fondamentales, dans un contexte où l’unité africaine, de son point de vue, devait être en mouvement.

S’en est allé un patriote intransigeant qui savait pourtant s’ouvrir à l’autre, pour recevoir des apports fécondants au service d’un projet de société cohérent. C’est ainsi que l’action a été précédée d’une capacité d’écoute affirmée qui a laissé  transparaître des idées de François Perroux et du Révérend Père Lebret. Le premier Plan quadriennal de développement économique et social n’était pas seulement un projet. C’était aussi une vigoureuse profession de foi qui révélait la volonté du Président Dia de donner aux Sénégalais l’opportunité de prendre en charge leur destin, au carrefour d’aubes qui chantaient un avenir raisonnablement radieux. 

Et comme tous les véritables révolutionnaires, c’est-à-dire, ceux-là qui agissent sur le réel pour le transformer positivement, le Président Mamadou Dia ne cultivait point les sentiments négatifs. La haine était loin de lui, dans d’autres ailleurs qui constituaient pour lui des territoires inconnus. C’est la raison pour laquelle, malgré la rupture tragique de décembre 1962, malgré sa longue réclusion dans une enceinte fortifiée, une fois élargi, le Président Mamadou Dia a repris de plus belle sa croisade au service de son pays et de ses populations, avec un humanisme ouvert qu’il avait pétri dans le dialogue entre les valeurs islamiques et lui-même, au milieu des épreuves.

 Qu’importe l’âge ! Qu’importe la maladie ! Qu’importe l’invasion asphyxiante de la médiocrité ! Le Président Mamadou Dia a poursuivi avec la même allure sa lutte sacrée, jusqu’au triomphe de l’alternance, dont il a été et le penseur et le fantassin et la sentinelle intransigeante. Les Sénégalais et ses admirateurs à travers le monde, ont apprécié sa contribution de qualité dans la résistance contre les nouveaux prédateurs, qui ont confisqué l’élan populaire du 19 mars 2000.

C’est à ce Maodo de Maodos que le Bureau politique de l’AFP a tenu à rendre hommage, en s’inclinant devant sa mémoire, et en présentant ses condoléances à sa famille éplorée, à ses camarades du Mouvement pour le Socialisme et l’Unité (MSU), et à ses amis. Parmi ceux-ci, figure en bonne place, le Secrétaire général de l’AFP, M. Moustapha Niasse, avec qui il entretenait une relation privilégiée qui dépassait largement la simple convergence de vues sur les idées qui agitent le monde et les dossiers de l’heure.

S’en est allé un monument de la conscience. Mais nous restons avec le legs impérissable que nous avons l’obligation de cultiver et d’enrichir, au service de l’humaine condition.


Fait à Dakar, le 26 janvier 2009

Le Bureau Politique de l'AFP