Déclaration de l'AFP sur le projet de réforme du scrutin présidentiel

 

 

Un projet de loi portant révision de la Constitution et relatif à l'élection du président de la République serait dans le circuit décisionnel pour changer les règles du jeu, et ceci à moins de 5 mois de l'échéance du mandat du président en exercice.

La Constitution du 22 janvier 2001 prévoit deux procédures de révision constitutionnelle :

- le président de la République peut, sur proposition du Premier ministre, après avoir consulté le président de l'Assemblée nationale et recueilli l'avis du Conseil constitutionnel, soumettre tout projet de Constitution au référendum en application de l'article 50 de la Constitution ;

- un projet ou une proposition de révision peut être adopté par l'Assemblée nationale et approuvé directement par le peuple par la voie référendaire ou indirectement par un vote de l'Assemblée nationale à la majorité qualifiée des 3/5 de ses membres.

Les Sénégalais savent, depuis plusieurs mois, que le pouvoir en place, sous l'inspiration du Président de la République lui-même et avec le soutien du PDS et de ses alliés, essaie de mettre en œuvre toutes combines et tous subterfuges pouvant empêcher que les échéances électorales de février 2207 soient respectées, où à défaut, que la victoire qu'ils n'espèrent plus leur soit quand même assurée, par la manipulation du scrutin.

La tentative actuelle de supprimer le quart bloquant, principe posé par la loi, constitue dans ce cadre, un aveu de la conscience qu'ils ont prise d'être minoritaires au Sénégal et une nouvelle manifestation de l'irrespect qu'ils portent, par rapport aux principes de la démocratie. La question est dès lors de savoir pourquoi le régime n'ose pas organiser un référendum populaire pour connaître l'avis des Sénégalais.

Le recours au référendum est, en effet, dans le contexte, la seule voie légitime de révision de la Constitution qui s'offre démocratiquement au président de la République. Conservant la plénitude de ses prérogatives constitutionnelles jusqu'au 2 avril 2007, il peut effectivement recourir au référendum pour modifier le scrutin présidentiel. Seulement, outre la remise en cause unilatérale des règles consensuelles du jeu politique à la veille de l'expiration de son mandat, se pose la question de l'opportunité et du coût de deux consultations - référendaire et électorales - en un temps aussi rapproché que celui qui nous sépare des échéances du 27 février 2007.

Concernant la volonté prêtée au pouvoir libéral de supprimer encore une fois le pourcentage bloquant pour l'élection du président de la République au premier tour, il convient de rappeler que le blocage du dialogue politique de 1998 à l'alternance démocratique de 19 mars 2000 trouvait sa source dans la révision constitutionnelle d'octobre 1998 qui avait précisément supprimé ce quart bloquant, en même temps que la limitation du nombre de mandats du président de la République. Le Secrétaire général du PDS qui s'était farouchement opposé à cette réforme, s'était par la suite empressé de restaurer le quart bloquant dans la Constitution du 22 janvier 2001.

Le principe de la suppression du quart bloquant est une question qui heurte frontalement la conscience de tous les démocrates de ce pays dès lors qu'elle rompt brutalement et unilatéralement un consensus politique et si à moins de 5 mois de l'expiration du mandat du Président en exercice. Cette volonté des libéraux et de leurs alliés de fouler aux pieds l'Etat de droit et la démocratie met à nu le mépris des engagements internationaux souscrits dans le cadre du protocole de la CEDEAO pourtant signés par WADE invitant les Etats signataires à s'abstenir de toute réforme unilatérale des règles fondamentales du jeu politique à moins d'un semestre des échéances électorales.

Et il se susurre déjà que, si cette tentative de manipulation réussit, Me Abdoulaye Wade et son régime proposent la suppression du deuxième tour.

Le Bureau politique de l'AFP condamne cette nouvelle forfaiture qui s'ajoute aux nombreux manquements qui ont émaillé le processus électoral, en particulier depuis le 6 septembre 2005, date à laquelle les citoyens ont commencé à s'inscrire.

A cet égard, le Bureau politique de l'AFP lance un appel à tous les citoyens pour s'opposer à la volonté manifeste et morbide du Gouvernement de Maître Wade de confisquer la souveraineté du peuple sénégalais, qui n'est pas négociable.

 


Le Bureau Politique de l'AFP