DECLARATION DU SECRETAIRE GENERAL DE L'AFP
M. MOUSTAPHA NIASSE
SUR LA SITUATION POLITIQUE NATIONALE

 

 

Jeudi 15 avril 2004

 

 

1. Le Conseil de la République, le pouvoir et nous

L'Alliance des Forces de Progrès, en tant que parti politique et en tant que membre du CPC, s'est opposée, dès le départ, au projet de création d'une nouvelle institution dénommée Conseil de la République, pour les Affaires Economiques et Sociales.

Au moment où le monde rural connaît une régression grave des circuits de production et des mécanismes de distribution et de commercialisation des produits agricoles, au moment où les secteurs prioritaires du développement requièrent une affectation rationnelle des ressources disponibles, la création d'un organe consultatif, composé de 100 membres, ne répond à aucun objectif, dans la série des urgences vécues par la population sénégalaise. Au surplus, le souci de caser, aux frais de l'État, des personnels politiques avec des relents électoralistes, est évident dans cette opération.

Pour toutes ces raisons, l'AFP a pris la décision, en parfaite entente avec tous les autres membres du CPC, de ne pas siéger dans cet organisme et entend poursuivre son combat pour que les sommes destinées au fonctionnement du Conseil de la République soient consacrées à des dépenses plus opportunes et plus utiles pour la communauté nationale.

Au demeurant, les crédits prévus pour faire fonctionner ce Conseil de la République devraient plutôt être mis à la disposition d'un programme d'urgence au profit du monde rural, dans les semaines à venir.

L'AFP a rejeté, catégoriquement, en les dénonçant, le procédé utilisé par les élus du PDS pour prendre contact avec des élus des partis membres du CPC pour les coopter au Conseil de la République et toutes les tentatives de manipulation qui ont émaillé les procédures utilisées, à cette occasion, et qui ont conduit à une situation de fait accompli. Dans tous les cas, notre parti, encore une fois, avait rejeté l'idée même de la création de cet organisme. Après la réunion du CPC -autre fait curieux- des élus de l'AFP ont encore reçu des appels téléphoniques, dans la journée d'hier (14 avril 2004), de la part de dirigeants du PDS qui s'entêtent à faire accepter l'inacceptable.

2. La défense des symboles de la République face aux menaces de division et aux atteintes perpétrées contre l'unité nationale

Depuis quelque temps deux phénomènes pernicieux portent un préjudice grave aux symboles de la République. Il s'agit de la modification visible sur certains documents officiels sous la forme du remplacement de l'étoile verte de la bande centrale jaune du drapeau national par un baobab doré, d'une part et de la non exécution, à l'occasion de cérémonies officielles du calendrier républicain. Dans l'un comme dans l'autre cas, l'AFP s'élève avec vigueur contre de tels comportements.

En effet, nul, au Sénégal, ne peut s'arroger le droit d'apporter une quelconque modification sur l'emblème qui est le drapeau national, tel qu'il a été élaboré et accepté par le peuple souverain. De ce fait, l'étoile verte qui figure sur la bande centrale jaune du drapeau national ne saurait être remplacée par un autre signe, y compris sur les documents officiels de l'État.

De même, l'hymne national du Sénégal est l'un des symboles intangibles de la République. Cet hymne qui est une référence fondamentale de l'unité nationale est un attribut de la souveraineté de notre pays, ne saurait, en conséquence, être ignoré à l'occasion des moments forts où des commémorations d'évènements historiques concernant le peuple du Sénégal.

L'AFP, pour toutes ces raisons, en appelle au Président de la République et aux dirigeants de l'ensemble des institutions auxquelles la Constitution confère des prérogatives dans le fonctionnement de l'État, pour que les symboles de la République que sont le drapeau national et l'hymne sénégalais soient protégés et respectés, comme propriétés sacrées du peuple.

3. Le processus électoral

Notre parti, fidèle aux idéaux qui inspirent les actions menées au sein du CPC a une position très claire, sur la question du processus électoral.

Cette position se fonde sur l'exigence de voir les prochaines élections législatives et présidentielles se dérouler dans un cadre et selon des dispositions qui respectent les principes de régularité et de transparence de tout scrutin au suffrage universel.

Pour l'AFP, ces principes induisent que la question de tous le processus électoral fasse l'objet d'une concertation loyale, sincère et conformément à la loi. Ainsi, à toutes les étapes de ce processus, un contrôle rigoureux doit être exercé par toutes les organisations reconnues par la loi et ayant pour vocation de prendre part à l'expression du suffrage universel, conformément à la Constitution de la République.

Sous ce regard, l'AFP entend ne ménager aucun effort pour poursuivre le combat contre tout risque ou toute tentative pouvant viser à saper les exigences de régularité et de sincérité des élections prochaines, législatives comme présidentielles.

Dans ce cadre, l'AFP réitère son adhésion à l'idée promue au sein du CPC pour la création d'un front contre la fraude électorale sous toutes ses formes. A cet égard, des questions comme celles relatives au fichier électoral, à l'établissement et à la distribution des cartes d'électeurs dans les délais prévus par le Code électoral, le déroulement des scrutins , la comptabilité des votes et le contrôle des opérations de l'ensemble des bureaux de vote, seront pour l'AFP placés sous contrôle rigoureux et contradictoire effectué avec la participation des formation politiques impliqués dans les processus.

L'AFP, comme les autres partis membres du CPC, reste ferme en ce qui concerne le caractère incontournable de la nécessité d'une Commission Nationale Electoral Indépendante (CENI). A cet égard, il y a lieu de rappeler que, le Président de la République lui-même, par un décret n° 2002-217, du 4 mars 2002 contresigné par son Premier Ministre d'alors, transmettait à l'Assemblée Nationale un projet de loi modifiant le Code Electoral et instituant une Commission Electorale Nationale Autonome (CENA).

Pourquoi tous ces atermoiements qui semblent reléguer à des délais indéfinis toute idée de prendre au sérieux le projet de création d'un organe indépendant chargé d'organiser, de contrôler et de superviser un processus électoral régulier, transparent et crédible. ?

4. Le cas Latif Guèye et les droits de l'Homme au Sénégal

L'AFP suit avec attention, et préoccupation l'évolution de l'état de santé de M. Latif Guèye, Président de l'ONG JAMRAA actuellement retenu dans les liens de la prévention, dans un dossier conduit par les instances judiciaires compétentes.

Notre parti estime que toute personne humaine a droit à un traitement digne, au nom de la morale sociale et de la mission qui incombe à la puissance publique concernant la protection de la vie et de la sécurité de tous les citoyens.

Ainsi, dans le total respect des attributs dévolus à la justice. l'AFP exprime sa vive préoccupation au sujet de la santé de M. Abdou Latif Guèye. Dans cet esprit, l'AFP estime que la procédure en cours devrait permettre à M. Latif Guèye d'être jugé dans les délais prévus par la loi.

5. La campagne agricole 2004 et la question des semences d'arachide et de maïs

Nul ne peut nier, aujourd'hui au Sénégal, les difficultés qui ont été créées dans le monde rural et qui ont aggravé, au-delà de l'imaginable, l'état de pauvreté des populations rurales, depuis ces trois dernières années.

C'est pourquoi, notre programme et le centre de nos réflexions situent, comme des priorités incontournables, la remise à niveau de l'agriculture sénégalaise, d'une part, et l'assistance au monde rural, affamé et plus que jamais appauvri par la destruction de la filière arachidière, par le pouvoir actuel, d'autre part.

La préparation de la campagne agricole 2004 devrait être l'occasion, pour les pouvoirs publics, de concevoir et de mettre en oeuvre, dans ces deux domaines en particulier, des mesures urgentes et concrètes pour relancer la production.

L'AFP n'a cessé depuis le début les années de la décennie 2000 d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur les urgences du monde rural en matière de soutien à la production vivrière, à la filière arachidière et de protection du niveau de vie des masses paysannes. Les secteurs de l'élevage et de la pêche, ainsi que les activités récurrentes de l'artisanat et de la formation de paysans modernes ont également fait l'objet d'appels renouvelés, dans le même esprit.

Nous sommes à quelque huit semaines des premières pluies de l'hivernage 2004. A ce jours, aucune mesure pratique n'a été prise concernant les volets essentiels de la campagne agricole comme les semences d'arachides et de maIs, les engrais, le soutien alimentaire pour la période habituelle de soudure et la gestion des prix au producteur pour les prochaines récoltes d'arachide, de mil et de maïs.

De même, alors que le riz paddy produit dans la vallée du fleuve Sénégal à la fin des saisons passées reste en l'état et demeure invendu, les pouvoirs publics ne semblent porter aucun intérêt à une telle situation extrêmement préjudiciable au monde paysan dans le Nord du Sénégal.

Dans quelques semaines, aucune autorité ne saurait exciper d'une surprise ou de phénomènes climatiques imprévus pour baisser les bras si les conditions techniques d'une bonne récolte de produits agricoles n'étaient pas réunies.

La filière arachidière, aujourd'hui, a besoin de mesures énergiques pour renaître progressivement et ouvrir des perspectives de réhabilitation d'une économie rurale présentement au plus bas de son niveau, dans son évolution, depuis l'indépendance du Sénégal.

L'AFP, depuis quelque temps réfléchit et travaille activement sur une politique d'aménagement du territoire et de décentralisation horizontale du développement, celà contrairement à tous les tâtonnements et à tous les actes improvisés du pouvoir actuel, avec toutes les conséquences désastreuses qui en ont résulté.

Dans ce cadre, l'AFP a déjà conçu un programme approprié d'organisation et de promotion des espaces ruraux, en tant que module d'un développement global et intégré, aux plans économique, social et culturel. Notre parti avait proposé, à l'occasion de la campagne électorale des législatives en avril 2001, le concept de zone d'aménagement et de développement intégré (ZADI)., qui est l'un des éléments de base de notre conception d'une politique d'aménagement du territoire qui conduit à une décentralisation horizontale du développement.

 

Fait à Dakar, le 15 avril 2004