DECLARATION DU BUREAU POLITIQUE SUR LA SITUATION DE LA FILIERE ARACHIDIERE

20 octobre 2005


Malgré une pluviométrie abondante et bien répartie sur toute l’étendue du territoire national, laissant escompter une production de niveau élevé mais de qualité médiocre compte tenu des semences distribuées, la filière arachide va, encore, connaître de très graves difficultés pour la campagne 2005 / 2006  alors que, contrairement aux récentes déclarations du P.D.S, on s’attend à des cours records  des huiles d’arachides sur le marché mondial, en raison des phénomènes climatiques en Amérique, en Europe et en Asie.

Difficultés dues à l’incurie du gouvernement et à sa volonté affichée, depuis quatre années, de conduire à son terme son plan machiavélique de mise à mort de la principale source, directe ou indirecte, de revenus des masses rurales sénégalaises.  

Les différents jalons de ce plan funeste des Autorités de l’alternance ont été cyniquement exécutés par le gouvernement depuis fin 2001, en dépit des mises en garde de l’opposition, des producteurs regroupés dans les organisations professionnelles de paysans et des travailleurs des unités industrielles de la Sonacos.  

Après la dissolution brutale et improvisée de la Sonagraines, la libéralisation du prix d’achat au producteur, l’introduction dans le circuit de commercialisation primaire d’opérateurs véreux avec l’apparition du triste phénomène des bons impayés, la perte du capital semencier et la désorganisation de la carte variétale, le volet transformation industrielle, deuxième maillon essentiel pour la survie de la filière, a vu le bouclage bâclé et prématuré de la  privatisation de la SONACOS, en avril 2005.  

Comme prévu et annoncé par tous les observateurs avertis de la filière arachidière, la privatisation de la SONACOS vit actuellement et depuis la prise de fonction des nouveaux dirigeants du groupe, le 08 avril 2005, les contre coups d’un processus raté.  

Le Plan Social très attrayant mis en place par le gouvernement a conduit près de la moitié d’un personnel démotivé et anxieux, face à un avenir incertain, à s’inscrire sur les listes des départs anticipés, pour un coût total de 11 milliards de francs CFA, ce qui a pris de court des Autorités connues pour leur penchant à l’improvisation et à la précipitation dans la gestion des dossiers de l’Etat.  

Le gouvernement, qui veut revenir sur ses engagements, a décidé de remettre en cause le niveau d’intervention. Et ni les bailleurs ni, évidemment, le repreneur qui ne doit, en fait, décaisser que 2 milliards de francs CFA pour s’approprier les quatre unités industrielles de la Sonacos, ne sont prêts à financer le plan social.  

Dès lors, les conflits sociaux se multiplient, conduisant à des blocages et à des ruptures de charges dans la production ainsi qu’à d’innombrables et interminables rencontres, sans aboutir à des solutions acceptables par les travailleurs.  

Il s’y est ajouté de mauvaises prises de décisions industrielles et commerciales avec d’une part la résiliation, par la direction générale de Sonacos, des contrats de location de toutes les citernes sécurisées d’ammoniac de sorte que, pour la présente campagne, pratiquement aucun kilogramme de tourteau n’avait été détoxifié à fin septembre 2005, ce qui a eu pour conséquence de ralentir la production et de constituer des stocks importants de tourteaux blancs.  

D’autre part, Advens le repreneur de la Sonacos, plus  négociant spéculateur que professionnel de l’arachide, a stocké plus de 50.000 tonnes d’huiles brutes dans des tanks en Europe, attendant des cours plus lucratifs  qui tardent à venir.  

La presse internationale s’est fait l’écho des difficultés de vente des produits du label Sonacos sur le marché international, où son principal acheteur, Lesieur, concurrent du repreneur Advens, fait traîner les négociations avec Sonacos, tout en s’ouvrant vers de nouveaux marchés en Amérique latine. (Jeune Afrique/L’Intelligent du 2 août 2005).   

Les repreneurs de la Sonacos vont-ils s’engager dans l’achat de grandes quantités de graines d’arachide que le groupe n’est pas sûr de triturer, et dont il n’est pas, non plus, sûr de vendre les huiles et tourteaux si tant est que le problème de l’ammoniac se résolve entre temps.

Si oui, à quel prix, alors qu’à la mi octobre 2005, aucun accord n’avait encore été trouvé au sein du CNIA pour la fixation du prix de référence au producteur, et que, à la même date, le Ministère chargé de l’Agriculture se refusait toujours à publier des chiffres estimatifs de la production nationale, ou à  donner des indications sur les conditions d’organisation et de financement de la collecte.  

Et quelle quantité le repreneur pourrait il acheter ?  

La production ne risque-t-elle pas de rester entre les mains des paysans qui seront ainsi livrés, dès l’ouverture de la campagne, aux spéculateurs qui achètent déjà l’égoussé en vert à 75 francs le kilo alors qu’à la même période, les années d’avant, le kilo s’écoulait à 500 francs.

Prix au producteur non encore déterminé, manque de concertation entre l’Etat et les organisations des paysans, outil industriel obsolète et sans perspective d’investissements de modernisation, malgré les engagements contractuels du repreneur lors du rachat de la Sonacos, mévente d’huile, mévente de tourteaux, mauvaises décisions industrielles et commerciales, conflits sociaux permanents avec la menace des travailleurs de ne pas ouvrir la campagne de commercialisation 2005/2006.

 Selon diverses sources, le repreneur pourrait d’ailleurs procéder à un dépôt de bilan dès la fin de cette année, face à cette situation.

Toutes ces difficultés vont, très certainement, mettre à genou le paysan sénégalais et de le détourner, définitivement, de la filière arachide.

 Aussi, l'AFP dénonce les conditions nébuleuses de privatisation de la Sonacos, d’autant que, depuis 7 mois que le repreneur Advens gère l'entreprise, aucun des engagements auxquels il avait souscrit n'aurait connu un début d'exécution, en particulier le règlement du prix de cession ainsi que les investissements de modernisation de l’outil industriel.   

En tout état de cause, le Bureau politique de l’Afp interpelle, encore une fois, le gouvernement de Me Abdoulaye Wade qui porte une entière et pleine responsabilité devant les conséquences sociales et économiques désastreuses de sa politique de destruction totale de la filière arachide, épine dorsale de l’économie de notre pays.  

Le pouvoir en place devrait tirer les leçons de tous ses choix catastrophiques et discuter avec tous les acteurs de la filière pour l’élaboration d’une véritable politique agricole qui tienne compte des intérêts majeurs des populations.

 

Fait à Dakar, le 20 octobre 2005

Le Bureau Politique de l'AFP