DECLARATION DU BUREAU POLITIQUE DE L'AFP SUR LE PROJET DE LOI
INSTITUANT UN TICKET PRESIDENTIEL DANS LA CONSTITUTION DE LA REPUBLIQUE

17 juin 2011

A l’occasion du Conseil des ministres du jeudi 16 juin 2011, M. Abdoulaye Wade a fait adopter et rendu public un projet de loi destiné à l’examen de l’Assemblée Nationale et instituant, comme réforme constitutionnelle, un ticket Président – Vice-président pour l’élection présidentielle du 26 février 2012.

Voilà qu’encore une fois, pour imposer au peuple sa conception personnelle de l’exercice du pouvoir au sommet de l’Etat et habité par un entêtement obsessionnel sur la question de sa succession prochaine, M. Abdoulaye Wade invente, pour la première fois depuis 1960, une hérésie institutionnelle, sans aucune forme de consultation préalable avec le peuple, c’est-à-dire avec les acteurs politiques, les élus de la nation autres que ses affidés du PDS et ses alliés habituels, les collectivités décentralisées, les Sénégalais établis à l’extérieur.

Avec ce projet de loi que les députés dits de la majorité présidentielle s’empresseront de voter mécaniquement, M. Abdoulaye Wade cherche à résoudre deux problèmes qui hantent son sommeil et le torturent de manière lancinante, devant un bilan catastrophique, dans tous les domaines, au moment où se profilent à l’horizon, dans huit mois seulement, l’élection présidentielle du 26 février 2012.

En effet, le ticket présidentiel est un subterfuge, une combinaison pour permettre d’assurer sa succession, après une victoire factice. En effet, s’il se proclame élu, il pourrait, à tout moment, en quittant le pouvoir par démission, empêchement ou pour tout autre motif, ainsi faire achever le mandat en cours – quelle que soit la durée restante – par son Vice-président.

C’est là une manière anti-démocratique, scélérate et totalement en porte-à-faux avec la souveraineté populaire pour désigner lui-même son successeur, selon une procédure faussement respectueuse des dispositions de la Constitution – révisée pour la 18ème fois en onze années par voie législative et non référendaire – pour s’assurer contre tout risque de comptes à rendre au peuple.

En outre, ce projet de réforme vise à éviter le deuxième tour, par abaissement du niveau constitutionnel du score à 25 %. Actuellement, la majorité absolue est à plus de 50 % des suffrages.

Sachant que le peuple lui a tourné le dos, M. Abdoulaye Wade fixe ses prétentions à ce niveau (entre 26 et 28 %). Il classera ses adversaires en dessous de ce score et se proclamera élu au premier tour, portant sur son dos un Vice-président qu’il aura personnellement et préalablement choisi pour, demain, poser une chape de plomb sur toute sa gestion calamiteuse de l’Etat, le gaspillage des ressources publiques de la Nation, les actes de corruption de tous genres posés pendant sa présence au sommet du pays.

Ce sont-là les deux objectifs visés dans cette nouvelle et inacceptable réforme. Celle-ci cause au Sénégal et aux Sénégalais de multiples et graves préjudices aussi bien contre le peuple, que sur l’image qu’elle projette de notre pays en Afrique et dans le monde.

Pour toutes ces raisons, l’AFP estime que le peuple sénégalais doit se mobiliser comme un seul homme, pour faire face à l’arbitraire et barrer la route à cette dérive pouvoiriste et sans aucune justification républicaine ou morale, au moment où le pays patauge dans la pauvreté, les délestages électriques, l’insécurité et le recul démocratique.

L’AFP tient à lancer un appel à tous les démocrates du Sénégal, aux partenaires au développement ainsi qu’aux Institutions africaines et internationales pour dénoncer ce hold-up qui se prépare contre la Constitution de la République.

 

Fait à Dakar, le 17 juin 2011 

Le Bureau politique de l'AFP