DECLARATION  DE L'AFP

SUR LES ACCORDS DE PARTENARIAT ECONOMIQUE (A.P.E.)

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Le phénomène de la mondialisation des échanges économiques et des flux commerciaux transnationaux a produit comme effets, dans les relations entre les pays industrialisés et ceux en voie de développement, des déséquilibres et des inégalités menaçant gravement la paix et la coopération entre les peuples et les Etats.

La création de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), à la suite de l'Accord de Marrakech, signé au Maroc, le 15 avril 1995, avait, parmi ses objectifs prioritaires, celui de contribuer à réguler les flux financiers, en les rendant plus transparents, d'une part, et plus propices, d'autre part, à une réglementation acceptée par les Etats membres et organisant l'évolution des politiques économiques, dans le sens d'un système plus juste et plus efficace conduisant à l'accroissement du bien-être des communautés humaines, au nom du principe de solidarité dans la conduite du développement.

Depuis sept (07) ans, et dans le même esprit, des contacts sont en cours entre les pays ACP (Afrique - Caraïbes - Pacifique) et les instances compétentes de l'Union Européenne, dans le cadre de l'élaboration et de la signature d'accords nouveaux de partenariat, sous l'appellation d'Accords de Partenariat Economique (APE).

Ces contacts se sont déroulés sous le signe d'une volonté commune de faire évoluer la coopération Nord - Sud, jusqu'au moment où des divergences essentielles sont apparues entre les parties prenantes, l'Union Européenne privilégiant la suppression des barrières douanières et tarifaires, les pays ACP, et en particulier l'Afrique, préférant mettre l'accent sur le développement qui doit être et demeurer l'objectif prioritaire et un impératif catégorique pour un continent qui connaît de grands retards en matière de croissance économique et de bien-être social, malgré les ressources immenses dont il regorge, dans son sous-sol et dans ses contrées.

Cette situation a fait l'objet d'une analyse profonde au sein de l'Alliance des Forces de Progrès et le Bureau politique a tenu à faire connaître la position du parti sur cette importante question.

De quoi s'agit-il ?

Les APE sont prévus dans les articles 36 et 37 de l'Accord ACP - CEE, signé à Cotonou, le 23 juin 2000. Cet Accord fait suite aux Conventions d'Association de Yaoundé et de Lomé. A la fin de la 4ème Convention de Lomé, révisée en 1995, il a fallu adapter les dispositions du volet commercial aux Accords de l'Organisation Mondiale du Commerce (O.M.C.). Une dérogation ayant été obtenue auprès du Conseil de l'OMC jusqu'en fin décembre 2007, les pays ACP d'Afrique ont choisi de négocier, depuis 2003, au sein de leurs organisations régionales respectives. C'est le cas, en ce qui concerne l'Afrique de l'Ouest, de la C.D.E.A.O.

La défense des intérêts nationaux et du continent constitue, de ce fait, un devoir sacré pour les générations présentes et futures. De la même manière, le même idéal du devoir nous oblige à défendre ceux du continent africain, parce que l'Afrique doit répondre debout au rendez-vous du donner et du recevoir. La coopération internationale est un tout. Les intérêts des nations et les paramètres liés à leur destin dépassent le cadre d'un seul dossier. Il s'agit d'un cadre multidimensionnel et multiforme, en quelque sorte un whole package. C'est sous ce regard que le vrai combat est sous-tendu par les priorités du développement, développement qui doit être pris en charge, entre autres, par le partenariat avec l'Europe, dans le respect mutuel et la préservation des intérêts bien compris de tous les partenaires. En conséquence de quoi, la disparition ou l'abaissement des barrières tarifaires doit, nécessairement, être accompagné par un programme cohérent de développement et de promotion économique, puisqu'il est aujourd'hui établi que le retard du développement de notre continent est en partie causé par la traite multiséculaire des Noirs, la colonisation et l'exploitation des ressources naturelles, au profit du développement des pays du Nord.

Cela dit, le Continent africain doit s'engager dans un mouvement solidaire et intégré et poursuivre un dialogue qui prenne en charge l'intégralité des dossiers. Ainsi, il est une obligation qui s'impose à toutes les organisations régionales de coopération en Afrique de se concerter et d'adopter, ensemble, une position forte et équilibrée.

Pour toutes ces raisons, le Bureau politique de l'AFP estime que les négociations en cours doivent tenir compte des considérations budgétaires, tout en les dépassant, et déboucher vers des compromis qui tiennent compte de l'évolution du monde. Dans ce cadre, le concept et l'exigence de développement sont une urgence pour le Continent. Ainsi, il convient de prendre en charge d'autres aspects de ce dossier important, pour l'Afrique, comme l'immigration, la désindustrialisation, les pertes d'emplois, les fausses délocalisations, la défense du cadre de vie et l'exploitation des ressources naturelles, minières et halieutiques. Il en est de même des investissements privés directs et indirects, de la coopération financière et monétaire, dans le but de mieux orienter l'épargne excédentaire de l'Europe vers l'Afrique, ainsi que de la coopération scientifique, pour faciliter les transferts de technologie, notamment dans les domaines de l'industrie et de la santé.

Naturellement, les efforts de solidarité des uns et des autres doivent s'inscrire dans une approche qui implique un partage juste et équitable, dans un esprit de soutien réciproque des économies africaine et européenne. Il est tout aussi naturel que l'Afrique s'organise, elle-même, pour considérer la coopération internationale pour le développement comme un appoint à sa propre organisation interne, sur la base de ses propres capacités renforcées par les valeurs et l'expérience qu'elle tire de sa propre expérience et de sa culture.

L'Alliance des Forces de Progrès, fidèle à l'idéal de responsabilité et d'autonomie de la décision qu'elle poursuit depuis sa création, a entendu marquer, par la présente déclaration solennelle, son sentiment et sa position sur un dossier qui détermine, pour une large part, le présent et l'avenir de tout un Continent.


Fait à Dakar, le 27 décembre 2007 

Le Bureau politique de l'AFP