DECLARATION DU BUREAU POLITIQUE DE L'AFP

Mardi 25 mars 2008

 

Le Bureau politique de l'AFP s'est réuni le mardi 25 mars 2008, sous la présidence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire général, autour de l'ordre du jour suivant :

1. situation nationale ;
2. vie du Parti.

Le Bureau politique de l'AFP a procédé à une évaluation approfondie de la gouvernance des pseudo-libéraux qui, depuis huit ans, s'emploient à saper l'essentiel des acquis que notre peuple a engrangés pas à pas, en bénéficiant de l'engagement de patriotes honnêtes, au service de l'intérêt général, avec une haute conscience des impératifs du devoir et du sacerdoce. Aujourd'hui, même un bref regard sur la situation nationale suffit pour mesurer l'ampleur et la profondeur des conséquences des errements du régime de Me Wade qui a installé notre pays dans une logique infernale de délabrement, depuis son arrivée à la tête du Sénégal.

C'est ainsi que le monde rural et l'industrie, qui ont longtemps été les moteurs de l'économie nationale, connaissent un effondrement spectaculaire. Après avoir mis à mort la filière arachidière, le gouvernement de Me Wade a emprunté les chemins des programmes spéciaux enclenchés dans la précipitation et l'opacité qui ont conduit à un échec patent. Privés de semences de qualité, d'intrants et de matériels agricoles accessibles, les paysans sénégalais sont plongés aujourd'hui dans une pauvreté extrême qui entraîne une famine aux contours encore imprécis, mais bien réels. Quant à l'industrie, les principales unités ont été mises à mort. Qu'il s'agisse des ICS, de la SONACOS ou de la SAR, la même main prédatrice est intervenue, avec les mêmes conséquences catastrophiques pour les secteurs concernés, sans oublier les aspects sociaux et leur cortège tragique. Le tourisme subit également les contrecoups d'une image dégradée qui amenuise l'attractivité d'un pays, naguère conquérant dans ce domaine.

Par ailleurs, faute d'un environnement propice à l'investissement, le dossier de l'emploi connait une régression accélérée, eu égard aux 120.000 jeunes qui, chaque année, sont livrés à eux-mêmes. Le phénomène de l'émigration clandestine vers l'Espagne, avec son lourd lot de pertes en vies humaines, constitue un baromètre qui exprime désespoir et désillusion. C'est pourquoi les milliers de jeunes candidats à l'aventure suicidaire crient à tue-tête que l'immense espoir suscité par l'événement historique du 19 mars 2000 a été bel et bien trahi. Au demeurant, nul ne peut aujourd'hui contester la gestion inique des quotas de jeunes qui sont envoyés en Espagne, pour des travaux saisonniers, dans le cadre du partenariat signé avec les autorités de Madrid. On comprend donc la frustration profonde qui envahit toutes les composantes de la société sénégalaise, frustration qui se manifeste à travers les luttes sociales permanentes dont les acteurs, au-delà des syndicats, concernent des citoyens inorganisés qui protestent contre l'arbitraire. Cà et là, à travers tout le territoire national, le devoir de résistance s'est exprimé par l'intermédiaire des comités spontanés en milieu urbain, suburbain et dans la campagne. Par ailleurs, les travailleurs de secteurs sensibles comme la santé et l'éducation ont chauffé sans désemparer le front social, du fait des promesses non tenues des pseudo-libéraux qui croient que gouvernance rime avec arrogance. Les risques encourus par l'école sénégalaise ne semblent guère être le souci des tenants du pouvoir qui n'appréhendent pas les enjeux stratégiques d'une bonne politique de formation, dans le contexte d'une mondialisation aux données implacables pour les pays incapables de s'adapter.

Le Sénégal connaît aujourd'hui une crise sans précédent, avec des tensions multiples à tous les niveaux. Toutes ces tensions sont aggravées par des pénuries et une flambée sans précédent des prix des denrées de première nécessité, des hydrocarbures et de l'électricité qui ne s'expliquent pas seulement par la hausse du prix du baril du reste quelque peu atténué par la baisse du cours du dollar. A la vérité, la spirale inflationniste est aggravée par les choix du régime en place, à travers les taxes indirectes, pour financer la gabegie et un train de vie de l'Etat sans commune mesure avec les ressources de notre pays.

C'est sous cet éclairage qu'il convient d'évaluer l'échec subi par le régime en place à l'occasion du 11è Sommet de l'OCI. Cet échec a eu pour fondement la définition populiste d'objectifs, avec l'amalgame, la confusion des genres, le recours au registre religieux aux fins de manipulations, sans oublier le projet central monarchique.

Cette absurdité qui relève de la psychanalyse a charrié de bout en bout un manque total de transparence. En plus, les infrastructures routières n'ont rien à voir avec les chantiers destinés aux structures qui ont accueilli les participants au Sommet de l'OCI et les travaux proprement dits du Sommet, eux-mêmes régis par un ordre du jour dont les points essentiels concernent la solidarité au sein de la Umma islamique, en particulier en faveur de la Palestine , le commerce et le suivi des Résolutions. Quant au niveau de participation, il est le corollaire naturel de l'état des vrais rapports de Me Wade avec ses pairs et qui n'échappent pas à la régression ambiante. Il est donc difficile de justifier la prolongation de la mission de l'ANOCI après le Sommet de Dakar, prolongation qui ne répond à aucune logique, parce que, s'il s'agit de travaux routiers, il existe bien un ministère qui en a la responsabilité.

La déstructuration de l'Etat, sous Me Wade, n'épargne pas notre démocratie parasitée par des Institutions illégitimes et plombées par une absence totale de séparation des pouvoirs. Les faiblesses de la justice que l'on aggrave avec une réforme destinée essentiellement à aliéner davantage son indépendance ont été soulignées par les magistrats eux-mêmes, les avocats, les greffiers et les justiciables. En plus, la logique d'accaparement et d'exclusion qui anime le régime de Me Wade porte en elle-même les germes honnis du réflexe totalitaire dont les manifestations sont visibles à travers la volonté, à peine voilée, de mettre fin aux libertés garanties par notre texte fondamental. Et le refus délibéré de respecter les règles élémentaires qui régissent le processus de dévolution du pouvoir participe de cet autoritarisme désuet. C'est cette même logique qui a conduit aux multiples actes de mal gouvernance, aux innombrables scandales demeurés impunis, aux crimes économiques qui ont abouti à cet état de délabrement généralisé, avec des finances publiques exsangues, la reconstitution de la dette intérieure, les menaces qui pèsent sur les PME et PMI et sur de nombreux emplois. Dans ce contexte, avoir l'audace d'acheter un avion à 50 milliards, après l'épisode opaque de la réfection de la Pointe de Sangomar et les 17 milliards officiellement reconnus comme le coût de cette opération, relève de l'insouciance et du mépris à l'endroit des Sénégalais. Un tel bilan rend nécessaire la tenue des Assises nationales, cadre optimal d'un dialogue thérapeutique, avec la participation de toutes les forces vives de la Nation.

Abordant le dernier point de l'ordre du jour, le Bureau politique de l'AFP a évalué les missions des Commissaires politiques, qui ont couvert la quasi-totalité des Collectivités locales du Sénégal, en installant, avec succès, les comités électoraux de l'AFP. Le Bureau politique a également adopté le calendrier d'activités du Parti pour les mois à venir, calendrier en droite ligne de la vision qui anime le parti, dans l'esprit de la mémorable Déclaration du 16 juin 1999.


Fait à Dakar, le 25 mars 2008 

Le Bureau politique de l'AFP