COMMUNIQUE DE LA REUNION DU BUREAU POLITIQUE DE L'AFP

Jeudi 24 novembre 2011

Le Bureau politique de l’AFP s’est réuni le jeudi 24 novembre 2011, sous la présidence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général, autour de l’ordre du jour suivant :

A – situation nationale ;
B – vie du Parti.

Le Bureau politique de l’Afp a analysé la situation nationale marquée par l’aggravation de la crise multiforme et la montée des périls. Malgré le discours officiel d’autosatisfaction, le front social est plus que jamais tendu, le processus électoral nage dans le flou et les libertés sont menacées par un régime finissant qui s’accroche désespérément au pouvoir.

Déjà éprouvé par plus de dix années de pilotage à vue, jalonnées de choix opaques, le monde rural continue de s’appauvrir. Après le bradage de la Sonacos, la dissolution de la Sonagraines, la mise en place tardive des semences et des engrais, voilà que le gouvernement décide unilatéralement de mettre fin aux subventions du prix de l’arachide au producteur. L’argument spécieux de la hausse des cours mondiaux ne résiste guère à l’analyse, d’autant plus que le gouvernement a pratiquement indexé le prix de l’arachide depuis une dizaine d’années, malgré l’inflation galopante. En plus, la commercialisation a été plombée par l’insuffisance des financements, le non paiement des opérateurs et des paysans obligés de brader leurs récoltes dans des circuits parallèles de distribution.

Les seuls bénéficiaires des turpitudes du régime en place sont les membres de la clientèle politique du Pds, qui ont reçu gratuitement des matériels agricoles et des terres expropriées. L’immense majorité des paysans sénégalais est abandonné à son sort et est désormais à la merci de spéculateurs qui prétendent développer une agriculture tournée vers la production de biocarburants, au détriment des productions vivrières. De surcroit, ce type d’expropriations foncières qui a mis le feu partout où il a été expérimenté dans le Tiers-Monde, provoque la révolte des ayant-droits spoliés et des morts d’hommes, comme à Fanaye, récemment.

Quant aux travailleurs de la fonction publique, les secteurs sociaux de la Santé et de l’Ecole sont toujours en ébullition, du fait d’un gouvernement incapable d’honorer des engagements signés, après les Accords avec les syndicats. Le préavis de grève du Cusems est la conséquence directe de la situation intenable de nombre d’enseignants appartenant aux corps dits émergents, qui ne reçoivent pas leurs salaires après service fait. En plus, le ministre de tutelle gère ce département sensible avec un réflexe partisan intolérable dans une démocratie. Par ailleurs, l’Université Cheikh Anta Diop, déjà asphyxiée par les effectifs pléthoriques qui dépassent 60.000 étudiants, continue de recevoir des milliers de nouveaux bacheliers, sans que le développement des infrastructures soit proportionnel aux besoins exprimés et sans le recrutement conséquent d’enseignants qui s’impose. Ces déséquilibres conjugués accroissent le volume de travail des enseignants, perturbent durablement le calendrier universitaire et provoquent une déperdition visible, à travers un taux d’échec qui menace dangereusement la viabilité de l’Institution.

Evidemment, face à l’appétit vorace d’un Etat qui refuse de diminuer son train de vie, tout en pressurisant les entreprises et les citoyens, les travailleurs ne sauraient accepter de supporter les conséquences de choix désastreux pour notre pays. Il en est de même des braves membres de la diaspora sénégalaise qui subissent les conséquences de la taxe inqualifiable sur les appels entrants alors qu’ils étaient déjà frappés de plein fouet par les retombées négatives de la crise financière internationale. En plus, la Sonatel est menacée dans sa viabilité par la baisse drastique du trafic chiffrée déjà à -11% en un mois. La réciprocité appliquée au Sénégal par les pays de l’Uemoa a entraîné l’augmentation des tarifs à hauteur de 47 %, c’est-à-dire qu’il revient plus cher d’appeler en Gambie qu’en Chine. Et cette taxe entraînera forcément une baisse du P.I.B. de notre pays que certains estiment déjà à 0,8 %.

Par ailleurs, la situation délétère qui prévaut dans la région sud de notre pays avec son cortège de morts, est la résultante directe des improvisations et de la mal gouvernance avérée, dans la gestion de ce dossier hautement stratégique pour notre pays. Cette frustration quasi générale se développe dans un contexte pré-électoral caractérisé par la conduite unilatérale d’un processus, où le consensus devrait être de rigueur. Le rejet inacceptable du bulletin de vote unique, après l’accord unanime de toutes les parties prenantes à la revue du code électoral, instaure un climat malsain déjà introduit par un manque de transparence dans des étapes décisives. En effet, la transparence n’a été au rendez-vous ni dans la période de révision des listes, ni dans la gestion de la carte électorale parasitée par des découpages partisans, qui annoncent la confiscation programmée de la carte d’électeur de centaines de milliers de citoyens.

A ces fraudes, en amont du scrutin, viennent s’ajouter les nombreuses manipulations du pouvoir relatives à la candidature irrecevable de M. Wade. Il y a lieu, d’ailleurs, de souligner la curiosité et l’incohérence préméditée qui caractérise ce malheureux débat sur le dossier d’une candidature de M. Abdoulaye Wade à un 3ème mandat. L’intéressé, en étant l’auteur exclusif des modifications apportées à la Constitution, dans la période située entre 2000 et 2008, nourrissait le secret espoir d’ouvrir la voie à des interprétations des dispositions nouvelles de la Constitution, en sa faveur. Les arguties juridiques et autres prétextes ne pourront jamais transformer deux mandats en un.

L’organisation onéreuse d’un conclave aux frais du contribuable sénégalais, autour d’une « évidence » selon le mot des thuriféraires de service qui sont tombés dans l’ingérence, relève de l’absurde. Le Bureau politique de l’Afp rend hommage à tous les constitutionnalistes sénégalais et étrangers, qui ont honnêtement donné leurs avis, sans chercher à plaire à un prince qui rêve obstinément de piétiner la Constitution et la souveraineté populaire, pour assouvir ses desseins dynastiques.

C’est dans ce contexte qu’il convient de situer l’acharnement inacceptable dont fait l’objet Malick Noel Seck, condamné à deux ans de prison ferme, avec à la clé un transfèrement arbitraire à Tambacounda. La rigueur pompeusement convoquée dans ce dossier est aux antipodes de l’empressement qui a présidé à la libération des assassins de Me Babacar Sèye. Le Bureau politique de l’AFP dénonce cette prise d’otage qui tente désespérément de briser l’élan populaire contre la candidature frauduleuse de M. Wade.

Face à toutes ces dérives et manquements, le Bureau politique de l’Afp invite les militants et les responsables du Parti à conjuguer leurs efforts avec ceux de Bennoo Siggil Senegaal et de toutes les forces vives de notre pays, pour prendre le dessus sur le réflexe totalitaire, avec le viatique des conclusions des Assises nationales.


Fait à Dakar, le 24 novembre 2011 

Le Bureau politique de l'AFP