Communiqué du Bureau Politique de l'AFP

Jeudi,  23 février 2006

Le Bureau politique de l'Alliance des Forces de Progrès s'est réuni le jeudi 23 février, sous la présidence de M. Madieyna Diouf, Secrétaire national chargé de la Coordination des Activités du Parti, en l'absence de M. Moustapha Niasse Secrétaire Général, en mission, autour de l'ordre du jour suivant :

1. Situation nationale ;
2. Vie du Parti.

Le Bureau politique de l'AFP s'est appesanti sur la crise universitaire et scolaire, qui est en train de prendre des contours préoccupants. Les faits sont d'une limpidité éclatante. Les effectifs à l'Université Cheikh Anta Diop dépassent largement les capacités d'accueil, les ressources humaines, les moyens matériels et financiers mis à la disposition de l'Institution. Cette vérité criarde avait été soulignée par le dernier communiqué du Bureau politique de l'AFP. Entre temps, voilà que, comme dans un film d'horreur, des plats de viande avariée sont servis aux étudiants qui ont légitimement protesté. La réaction brutale et disproportionnée du gouvernement de Maître Wade a mis le feu aux poudres, alors que nombre d'établissements de l'UCAD étaient déjà paralysés depuis plusieurs semaines, suite au refus du pouvoir actuel d'examiner avec sérieux les doléances des étudiants.

C'est dans ce contexte que Me Wade a servi sa scénette de mauvais goût, accusant grossièrement les étudiants et l'opposition d'agir pour le compte de pays étrangers. Face à cette nouvelle trouvaille du régime de Me Wade pour fuir le réel et ses responsabilités, le Bureau politique de l'AFP estime qu'il est temps de tirer la sonnette d'alarme. Les tenants du pouvoir actuel doivent se libérer de leur Sénégal virtuel et de leurs propre réflexes liés à leur profil. Le Bureau politique de l'AFP considère qu'il ne saurait être question d'accorder à Me Wade l'irresponsabilité permanente qu'il plaide en sa faveur. Il invite le gouvernement, pour réinstaurer le dialogue et la sérénité dans les campus, à sanctionner tous les responsables de l'insalubrité dans le système de restauration des étudiants, tous les responsables de la répression aveugle exercée sur les manifestants, et l'évacuation sans délai des forces de l'ordre.

Aujourd'hui, le véritable courage, pour nos gouvernants, c'est regarder la vérité en face et œuvrer à la solution des innombrables problèmes qui noient le Peuple sénégalais dans des difficultés sans nom. La misère des étudiants sénégalais n'est que le corollaire de l'appauvrissement qui gagne de larges couches de la population. Le monde rural continue de crier sa détresse, tandis que tous les secteurs du monde du travail réclament des mesures sociales vigoureuses qui améliorent leurs conditions de vie précaires. Quant au secteur de l'industrie, non seulement il n'y a pas de nouveaux investissements significatifs, mais le désinvestissement et la faillite menacent certaines unités comme les ICS, sur un fond douteux où la corruption, la gabegie et l'incompétence étalent leurs tentacules asphyxiantes. Le tourisme et la pêche, qui avaient naguère suscité beaucoup d'espoir, se sont essoufflés, faute de choix politiques cohérents et rigoureux.

La leçon de courage de Me Wade est donc hors de propos, à moins que celui-ci ne pense puiser des exemples dans les affaires Balla Gaye, Talla Sylla, les incendies criminels de la bourse du travail où des êtres humains ont été brûlés vifs, le parrainage de la loi Ezzan, la censure médiévale de produits culturels comme les livres et les films, où encore la manipulation des statistiques relatives à l'économie et aux finances publiques. Le mensonge d'Etat est inacceptable lorsque les seules fins poursuivies sont déterminées par les intérêts d'un clan, qui se débat désespérément pour sa survie, face au peuple qui lui a tourné le dos.

Par ailleurs, le Bureau politique de l'AFP tient à souligner qu'il est bien tard de découvrir, après six ans de mandat, où la transparence n'est certainement pas le maître-mot, que la valse indécente des milliards est le produit de la sueur des Sénégalais. Dans le campus universitaire, s'il y a eu tentative de distribution d'enveloppes pour casser le mouvement des étudiants, tout le monde sait que c'est là une manifestation de la corruption et de la violence morale et physique érigées en système de gouvernement, tel que le dénonce les étudiants eux-mêmes, y compris ceux qui sont favorables au parti au pouvoir.

Et c'est bien pour toutes ces raisons, que la prétendue "révolution" que le pouvoir évoque pour caractériser la refonte totale du fichier électoral n'est en fait qu'une série d'obstacles destinés à empêcher les citoyens qui le désirent de s'inscrire. A cet égard, le vocable de révolution n'est recevable que dans son acception où il signifie tourner autour d'un axe, et très certainement pour jouer des tours mortels à notre démocratie.

Abordant le deuxième point de l'ordre du jour, le Bureau politique de l'AFP a tenu à adresser ses chaleureuses félicitations aux responsables et militants de la région de Matam qui, le 19 février 2006, ont massivement contribué à l'éclatant succès du meeting de l'opposition.


Fait à Dakar, le jeudi 23 février 2006

Le Bureau politique de l' AFP