COMMUNIQUE DE LA REUNION DU BUREAU POLITIQUE DE L'AFP

Lundi 22 mars 2010

 

Le Bureau politique de l'Alliance des Forces de Progrès s'est réuni le lundi 22 mars 2010, sous la présidence de M. Madieyna Diouf, Secrétaire national chargé de la Coordination des Activités du parti, en l'absence de M. Moustapha Niasse Secrétaire Général, en mission à l'étranger, autour de l'ordre du jour suivant :

1. Situation nationale ;
2. Vie du Parti.

Le Bureau politique de l'AFP a analysé la situation nationale caractérisée par le vacarme des célébrations dans un contexte morose où les Sénégalais continuent de s'interroger, dans l'angoisse, la frustration et le sentiment d'avoir été grugés par un clan qui a ruiné notre pays. Si le 19 mars 2000 a été un évènement digne à tous points de vue, il a été célébré, dix ans après, par des hommes en rupture de ban par rapport aux valeurs qui ont forgé l'histoire de notre pays. De surcroît, en présentant avec aplomb un bilan fantaisiste, les tenants du pouvoir continuent de dérouler leur projet monarchique liberticide, en affichant leur arrogance et leur mépris à l'endroit du peuple sénégalais qui leur a tout donné.

Au milieu de la misère profonde subie par les populations, voilà que Me Wade lui-même ne se contente pas de couvrir les actes inqualifiables perpétrés par son fils à la tête de l'ANOCI, un mauvais exemple parmi tant d'autres. Arborant une fierté à laquelle lui-même ne croit pas, il tente de nous convaincre que le prince qu'il veut nous imposer est sorti de la cuisse de Jupiter, mais il se heurte à un obstacle infranchissable, parce que le peuple sénégalais ne croit pas en Jupiter. Il est plus que Jupiter, précisément en tant que porteur d'une foi et de valeurs qui transcendent toutes les Olympes. A sa manière, il a fêté le 19 mars 2000 en pensant au 22 mars 2009, premier jalon d'un projet de libération qu'aucun mégalomane, fût-il entouré d'une meute de laudateurs, n'aura jamais les moyens d'enrayer. Après Kédougou, Matam, Kolda, Ouakam, Grand-Dakar, Guédiawaye, pour ne citer que ces jalons spontanés, Vélingara prend le flambeau des régions périphériques qui crient leur malaise spécifique. Mais, pour les tenants du pouvoir, qu'importe ! Comme hier les maréchaux Bokassa, Mobutu, le Shah d'Iran, Bébé Doc, Marcos, Somoza, ils continuent de vivre derrière leurs petits doigts, sourds au mécontentement populaire grandissant.

Pourtant, les données sont têtues. Non seulement l'économie sénégalaise est gangrénée par une corruption endémique dont les principaux acteurs bénéficient d'une impunité savamment organisée, mais la mauvaise répartition des maigres performances entraîne des conséquences sociales douloureuses. En effet, après l'effondrement programmé du monde rural, après le démantèlement criminel des principales unités industrielles, après l'essoufflement des infrastructures liées à la pêche, après l'asphyxie de l'industrie du tourisme, il apparaît clairement que la croissance qui peine à atteindre le taux de 2 %, est porté par le secteur tertiaire, les services. En plus, beaucoup d'emplois ont déjà été perdus ou sont menacés. Comme le secteur tertiaire n'emploie pas beaucoup de monde, l'essentiel de la population se retrouve confiné dans la misère visible dans le monde rural, dans les espaces urbains et périurbains, notamment chez les femmes, les personnes âgées et les jeunes. En plus, ces populations démunies subissent de plein fouet une inflation entretenue très souvent par la volonté du régime de Me Wade de maintenir un train de vie de l'Etat incompatible avec la situation dramatique des finances publiques parasitées par un gaspillage inqualifiable. Pendant ce temps, les problèmes environnementaux récurrents comme les inondations et le ramassage des ordures ne sont pas traités en profondeur, dans la transparence. Toute politique cohérente de logements sociaux est plombée par la boulimie foncière inédite des tenants du pouvoir qui dévaste tout sur son passage.

C'est cette absence de perspective qui a amené des milliers de jeunes à braver tragiquement la furie des vagues de l'Océan Atlantique pour tenter désespérément de s'en sortir. Ceux qui sont dans le système éducatif ne sont guère mieux lotis, malgré les 40 % du budget brandis par les tenants du pouvoir. Les chiffres alignés ne relèvent pas seulement du registre de la contrevérité. Ils transpirent également l'incompétence parce qu'aujourd'hui, non seulement les conditions de travail dans tous les ordres d'enseignement se sont gravement détériorés mais les performances qui se mesurent en termes de résultats et de capacité sont largement en deçà des efforts déclarés consentis. Le meilleur baromètre, en la matière, ce sont les acteurs de l'école qui crient tous leur ras-le-bol. En ce qui concerne la santé, les principales structures sont devenues un condensé de la misère humaine qui s'installe dans des hôpitaux mouroirs, dépourvus de tout. Le plan sésame, censé encadrer les personnes âgées, a été un échec cuisant parce que conçu dans un élan populiste, sans esprit d'organisation et de méthode. En plus, les populations subissent la recrudescence inquiétante de maladies telles que la poliomyélite, la dengue et la grippe A H1N1.

Tous ces problèmes sociaux sont aggravés par l'insécurité galopante qui n'épargne aucun coin du territoire national. En Casamance, il est évident que la situation requiert une réaction prompte et lucide, pour prendre le taureau par les cornes, en traitant froidement des données objectives, avec une approche responsable et classique, loin de l'amateurisme et du populisme de mauvais aloi qui ont prévalu jusqu'à maintenant.

Cet état des lieux ne saurait être bouclé sans l'évocation du développement du réflexe autoritaire qui entraîne la violation des Droits humains, en ouvrant la voie aux pratiques de la torture dans les lieux de détention et à la confiscation des libertés reconnues par la loi fondamentale. La régression démocratique en cours est également visible dans la gestion unilatérale de la matière électorale, avec ses conséquences inacceptables comme l'existence d'un fichier électoral piégé et d'une CENA qui subit le chantage de l'Exécutif.

L'état lamentable dans lequel se trouve la diplomatie sénégalaise n'est que le prolongement naturel d'un style et d'un comportement à l'interne qui ne peuvent pas prospérer sur la scène internationale.

Pour toutes ces raisons, le Bureau politique de l'AFP engage le régime de Me Wade et ses laudateurs impénitents à se ressaisir, en étant attentifs au pouls du peuple et à renoncer à leur projet insensé d'asservissement des Sénégalais, fiers héritiers d'une histoire qu'ils ne sauraient renier.

Abordant le dernier point de l'ordre du jour, le Bureau politique de l'AFP a adressé ses vives félicitations au Centre de Formation et de Documentation du parti, à son Directeur, M. Mamadou Sarr, au Comité électoral de l'AFP, notamment aux formateurs qui ont animé avec brio le Séminaire sur la matière électorale tenu à la Permanence le samedi 20 mars 2010, avec la participation active des camarades responsables des élections. Le Bureau politique recommande vivement une démultiplication du contenu dudit Séminaire, afin de préparer toutes les bases du parti à encadrer un processus électoral parasité par les affidés d'un pouvoir qui s'accrochent désespérément à la fraude, pour se perpétuer, contre la volonté des Sénégalais.


Fait à Dakar, le 22 mars 2010 

Le Bureau politique de l'AFP