COMMUNIQUE DE LA REUNION DU BUREAU POLITIQUE DE L'AFP

Lundi 17 mai 2010

 

Le Bureau politique de l'AFP s'est réuni le lundi 17 mai 2010, sous la présidence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général, autour de l'ordre du jour suivant :

1. situation nationale ;
2. vie du Parti.

Le Bureau politique de l'AFP a procédé à l'analyse des dernières nouvelles qui impliquent le régime de Me Abdoulaye Wade, dans une controverse regrettable portant sur un dossier extérieur au Sénégal, à la lumière d'une grille de lecture qui suit le fil d'Ariane de la volonté inqualifiable d'imposer au pays un mode de succession monarchique. Depuis deux années, tout, dans la même veine n'est qu'obsession, déterminant les priorités des tenants du pouvoir, reléguant au second plan les problèmes économiques et les aspirations légitimes des populations à un mieux être.

C'est ainsi qu'il convient d'interpréter la dernière aventure de la diplomatie de Me Wade, à propos de l'affaire Clotilde Reiss. Dans ce dossier comme dans bien d'autres, l'Etat est captif des impératifs liés à la monarchisation rêvée par les Wade. Quand au fond, il peut apparaître louable que le régime en place, pour des raisons humanitaires, œuvre à la libération d'une citoyenne d'un pays ami. Mais, quand on viole les principes liés aux exigences républicaines dans les domaines de la méthode, du style et des rites de l'Etat, qui sont foulés au pied, on ne peut que condamner cette fébrilité qui fait désordre. L'incompétence et l'arrogance font difficilement bon ménage avec la diplomatie, surtout quand, sans aucune retenue, le Chef de l'Etat tient, coûte que coûte, à s'approprier le mérite du dénouement d'un dossier de grande complexité politique et contenant de multiples aspects, et qui requièrt tact, discrétion et esprit de coopération entre toutes les parties concernées.

Ainsi, quand on en est réduit à polémiquer, en revendiquant une action diplomatique positive, avant même la réaction de ceux qui en seraient les bénéficiaires, l'échec a une portée d'autant plus grande qu'il s'agit d'un domaine où des comportements intelligents sont souvent de rigueur. Mais ce nouvel échec est quelque part utile, dans la mesure où il a permis de voir jusqu'à quel point Me Wade et son régime sont prêts à bousculer tout sur leur passage, pour arriver à leurs fins.

Loin de cet agenda inavouable, les populations continuent de subir les méfaits des politiques ruineuses qui entraînent inéluctablement l'inflation galopante, qui frappe les produits pétroliers et les denrées de première nécessité. A ce jour, malgré l'évocation abusive des facteurs exogènes, le pouvoir en place a été incapable de justifier le niveau de ces hausses qui battent tous les records dans la sous-région, alors que notre pays est privilégié par sa situation géographique, dans certains secteurs de développement, avec sa façade atlantique et son expérience démocratique.

Par ailleurs, l'ébullition du front social, qui n'épargne aucune catégorie de travailleurs, est symptomatique d'un malaise profond qui perdure. Les débrayages récurrents des inspecteurs et des contrôleurs du travail font écho à ceux d'autres corps de l'Etat qui, jusqu'ici n'étaient pas particulièrement connus pour leur combativité syndicale. Evidemment, ce climat de tension permanente n'est pas propice à l'instauration d'un environnement favorable à l'investissement, dans la mesure où les décisions des inspecteurs et des contrôleurs du travail, sont prises conformément à un cadre réglementaire, avec toutes les conséquences que cela suppose au plan économique. Le gouvernement doit rétablir la confiance en respectant ses engagements.

Les mêmes griefs sont formulés par les enseignants du CUSEMS et les travailleurs de la Santé, pour ne citer que ceux-là. Cette situation est d'autant plus gênante que les secteurs de l'Education et de la Santé ont besoin d'un minimum de stabilité pour connaître des progrès palpables. A cet égard, le Bureau politique de l'AFP déplore le défilé incessant de ministres de la Santé depuis 2000, consécutif à sept (7) remaniements. Le nouveau discours tendant à privatiser les hôpitaux publics est totalement inacceptable, dans un contexte de paupérisation qui aggrave ce choix irresponsable se traduisant par l'irruption d'une terminologie propre à l'économie de marché, qui transforme les patients en clients.

Le Département de la Culture a souffert de la même instabilité, avec sept ministres en dix ans. Si la Biennale Dak'Art a admirablement survécu, notre pays le doit à la créativité de ses artistes, au patriotisme et au talent de certains fonctionnaires du Ministère de la Culture. Toutefois, des efforts supplémentaires devraient être fournis, pour que cette manifestation culturelle internationale connaisse un engouement plus populaire, surtout au niveau des démembrements appelés OFF.

Le Bureau politique de l'AFP a examiné avec soin la question du processus électoral, face aux tentatives répétées du parti-Etat PDS de brouiller les prochains scrutins. C'est pourquoi, le Bureau politique se félicite de l'implication des experts de l'Union Européenne et de l'USAID, qui ont déjà commencé à prendre des contacts, pour aboutir à l'élaboration des termes de référence de l'audit du fichier et du processus électoral.

Bien entendu, il va de soi que le succès de leur mission est sujet à l'impératif d'autonomie et à la prise en charge des requêtes formulées, qui ne devraient faire l'objet d'aucun blocage, sous quelque prétexte que ce soit. Sous ce rapport, les tentatives du ministère de l'Intérieur, d'interférer dans l'agenda des auditeurs sont inacceptables. Du reste, en annonçant l'accessibilité des cartes d'identité dites numérisées 4 mois après le début des révisions sur les listes électorales, le ministre de l'Intérieur, a mis à nu les turpitudes de son département. En plus, il porte mal son masque, qui est trop visible, à travers ses réflexes, son discours et ses actes. En matière électorale, le gouvernement de Me Wade n'inspire guère confiance, eu égard aux fraudes massives qui ont entaché tous les scrutins qu'il a organisés après 2000.

Il appartient aux Sénégalais d'exercer leur souveraineté dans toute sa plénitude et sans concession, en affichant leur détermination à défendre leur droit de pouvoir exprimer leurs choix de citoyens, en matière électorale dans la transparence et conformément à la loi.

Cette mission de l'Union Européenne et de l'USAID-américaine revêt une importance singulière, dans son contenu objectif comme par le contexte dans lequel elle se situe. Elle traduit cette réalité que la Communauté internationale partage le souci des Sénégalais de conduire leur pays dans la voie d'une vraie démocratie, moderne et crédible.



Fait à Dakar, le 17 mai 2010 

Le Bureau politique de l'AFP