COMMUNIQUE DE LA REUNION DU BUREAU POLITIQUE DE L'AFP

Mardi 14 octobre 2008

 

 

Le Bureau politique de l’AFP s’est réuni le mardi 14 octobre 2008, sous la présidence de  M. Moustapha Niasse, Secrétaire général, autour de l’ordre du jour suivant :

1.  situation nationale ;

2.  vie du Parti.  

Le Bureau politique de l’AFP s’est penché sur la situation nationale où le fossé entre les affres du réel vécu par les populations et le discours officiel se creuse au fil des semaines. Adeptes impénitents de la ruse, de la manipulation et des contrevérités, les tenants du pouvoir continuent de penser que les problèmes sont résolus à partir du moment où ils dressent un mur épais de fumée. C’est la raison pour laquelle, aussi surprenant que cela puisse être, Me Wade vient de se livrer à un exercice de voltige, sur la gouvernance mondiale, dans la salle des banquets du palais de la République.

S’il est vrai que la crise financière internationale a des impacts négatifs sur les économies des pays pauvres, il n’en demeure pas moins, dans le cas du Sénégal, qu’elle n’est pas la cause de l’échec multiforme du gouvernement de Me Wade qui est le principal responsable de la faillite nationale. En effet, c’est lui qui, par manque de rigueur avec le gaspillage, le pilotage à vue, le train de vie dispendieux de l’Etat, a bouleversé les équilibres macro économiques, ce qui a provoqué les tensions que connaît le Trésor public et la reconstitution de la dette publique. Après le laborieux emprunt obligataire de ces derniers mois, voilà que le régime de Me Wade s’apprête à en lancer un autre alors que la confiance, facteur déterminant en la matière, n’est pas revenue. Ce projet fait suite à un échec du pouvoir actuel, dans sa volonté d’obtenir, auprès de partenaires bilatéraux,  des prêts à des conditions favorables. Me Wade et son régime doivent d’abord se résoudre à mettre un terme au gaspillage, avant de chercher, sous d’autres cieux, des solutions à la crise, qu’ils ont eux-mêmes provoquée.

Pourtant, deux événements lourds de signification devraient constituer une opportunité à saisir sans tarder par ses thuriféraires et lui-même, pour décrypter le signal des nombreux laissés pour compte qui entendent, dorénavant, arracher leurs droits. La violence et l’arrogance du système Wade ont fini de convaincre la majorité des Sénégalais que seule la résistance paye. Qu’il s’agisse des émeutes consécutives aux délestages ou de celles qui ont suivi l’élimination de l’équipe nationale de football, les jeunes ont entendu crier spontanément leur ras-le-bol, en stigmatisant l’incompétence, le manque de vision et de transparence, ainsi que l’injustice. Ces émeutes d’un type nouveau sont annonciatrices de développements ultérieurs, qui peuvent aboutir au chaos, si jamais le régime de Me Abdoulaye Wade ne se résout pas à traiter enfin le malaise profond qui a gagné les populations, la société et le pays dans son intégralité.

En est-il capable ? L’on est tenté de répondre par la négative si l’on s’en tient au tripatouillage de la Constitution auquel s’adonnent de plus belle Me Wade et ses affidés, croyant ainsi balayer tous les obstacles au projet monarchique insensé et suicidaire. Dans le contexte d’exacerbation des tensions politiques et sociales sur un fond de faillite de l’économie nationale, le manque de lucidité des tenants du pouvoir les expose à payer très cher un aveuglement entêté et destructeur. Pourtant, un minium de culture historique et d’analyse des phénomènes sociaux vécus dans les pays du Tiers-Monde, devrait les amener à savoir qu’aucune violence d’un groupe privé, fût-il sous le manteau de l’Etat, n’est à même de résister à un raz-de-marée populaire.

Le Ministre en charge des écoles ne semble pas l’avoir compris, lui qui donne dans la menace, face aux revendications légitimes des enseignants qui refusent de serrer la ceinture, au moment où les tenants du pouvoir gaspillent chaque jour, impunément, les ressources publiques, pour financer leurs activités et des projets qui sont aux antipodes de l’intérêt général et des priorités nationales. Ne pas comprendre le caractère stratégique de l’Education nationale, surtout dans un pays dépourvu de ressources naturelles comme le Sénégal, relève de l’ignorance totale des enjeux du développement, développement qui doit être conçu et animé par des ressources humaines de qualité, programmées, planifiées et formées avec soin.

L’absence coupable d’un dialogue apaisée avec les syndicats d’enseignement se reflète également dans la conduite du processus électoral qui doit mener aux élections locales. Non seulement le contentieux consécutif aux mascarades électorales de 2007 est entier, mais voilà que le pouvoir actuel l’aggrave, en s’organisant pour empêcher les citoyens d’exercer librement leur droit de vote, avec les instruments y afférents, dans le cadre d’élections libres, transparentes et sincères. En effet, comment les citoyens peuvent s’inscrire à la faveur d’une révision opaque des listes électorales, alors que la carte d’identité dite numérisée leur est inaccessible ? Ceux qui organisent les élections en sont parfaitement conscients. Il est à craindre que cette parodie de révision des listes électorales ne soit une nouvelle occasion, pour les fraudeurs zélés et leurs mentors, de dépenser l’argent public dans des conditions obscures, comme on l’a constaté, lors de la pseudo-refonte totale du fichier électoral, qui était avant tout destinée à neutraliser l’électorat de l’opposition.

La pédagogie qui se dégage de tout cela et qui semble imprégner l’ensemble du tissu social, c’est que ce régime de mauvaise foi et au réflexe totalitaire, qui proclame à tous vents qu’il entend s’installer pour cinquante ans, est incapable de concevoir sa défaite à l’issue d’un processus transparent de dévolution du pouvoir. Il ne restera plus alors aux citoyens que le choix de la mobilisation populaire pour imposer le respect de la volonté des Sénégalais.

Abordant le deuxième point de l’ordre du jour, le Bureau politique de l’AFP a entériné les conclusions des travaux de la Commission ad-hoc sur la vente des cartes. Par ailleurs, le Bureau politique a salué l’opportunité du Séminaire qui sera organisé par le Centre de Formation et de Documentation. Ce séminaire destiné aux responsables des Comités électoraux de la région de Dakar se situe dans le cadre du programme de formation à l’échelle nationale.


Fait à Dakar, le 14 octobre 2008 

Le Bureau politique de l'AFP