Communiqué du Bureau Politique de L'AFP

Jeudi 8 janvier 2004


Le Bureau politique de l’Alliance des Forces de Progrès s’est réuni le jeudi 8 janvier 2004 sous la présidence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général, autour de l’ordre du jour suivant :

1. Situation nationale

2. Vie du Parti

Evoquant le contenu du message délivré par le Président de la République au soir du 31 décembre 2003, le Bureau politique de l’AFP estime que ce message, plein de lieux communs, n’a pas tenu compte du climat de tension entretenu au sein de la société sénégalaise, du fait d’une politique sans vision et sans perspective, reposant sur des promesses sans cesse ramenées en surface et jamais mises en exécution. Les affaires de crimes et de tentatives de crime constituent des dossiers que les autorités de l’Etat doivent gérer et résoudre dans les délais les plus brefs.

Par ailleurs, le grand banditisme qui envahit le Sénégal doit être combattu avec vigueur et professionnalisme. Le Bureau politique de l’AFP a analysé le développement des tensions et violences qui, de plus en plus fréquemment, menacent la sécurité des populations, à Dakar et sa banlieue ainsi qu’à l’intérieur du pays.

Les menaces de mort proférées contre les autorités ecclésiastiques du Sénégal déshonorent notre pays, reconnu depuis toujours comme une terre de tolérance religieuse où vivent, dans une parfaite convivialité, des communautés de diverses confessions, dans le libre exercice du culte et de leur foi en un Dieu unique.

A cet égard, il est évident que la lettre que le Président de la République a adressée, le 8 décembre 2003, au Chef de l’Eglise catholique du Sénégal et, à travers lui, aux Evêques, ne peut être comprise que comme une provocation ou à tout le moins comme une nouvelle maladresse et une violation inacceptable du droit des citoyens, fussent-ils des Chefs religieux musulmans ou chrétiens, de se prononcer sur la manière dont le Sénégal est gouverné. Alors, là réside la véritable origine de toute cette affaire confuse qui a soulevé la réprobation générale et la condamnation unanime des démocrates. Le chef de l’Etat n’est nullement fondé à adresser des remontrances à des religieux dès lors que ceux-ci, respectueux de la loi en la matière, ont pris une positon courageuse et objective sur les dangers qui menacent les équilibres indispensables à un fonctionnement apaisé des institutions de la République ainsi qu’à la protection des droits inaliénables du peuple. Sous cet éclairage, le débat sur cette nouvelle affaire de violence et de menaces de mort est à situer dans le registre des dérives répétées qui ont conduit à la marche du 6 novembre contre la violence politique.

Et que dire du silence de ceux qui se réfugient, depuis plusieurs semaines, derrière les procédures d’instruction de dossiers judiciaires pour tenter de faire passer au second plan des affaires de tentatives d’assassinat, sans doute dans le but de les faire oublier ?

Au regard de tout ce qui précède, le Bureau politique de l’AFP exprime sa solidarité entière et active avec les Evêques du Sénégal qui ont voulu attirer l’attention de leurs compatriotes et celle des autorités de l’Etat sur les urgences qui nous interpellent face aux dangers d’une mal-gouvernance débridée, aveugle et entêtée qui se profilent à l’horizon. Il engage, en conséquence, le Président de la République et son gouvernement à prendre en mains, avec vigueur et sincérité, le dossier de toutes ces formes nouvelles de violence qui ternissent l’image et le renom du Sénégal et menacent gravement la démocratie dans notre pays.

Dans ce contexte de violence endémique et d’impunité rampante, le Président de la République a l’obligation, en vertu de la mission qui lui est confiée par la nation, de condamner, avec vigueur et sans équivoque – ce qu’il n’a jamais fait jusqu’ici -, ces pratiques d’un autre âge et de prendre l’engagement devant le peuple d’arrêter, définitivement, ces dérives anti-démocratiques.

Il relève de la responsabilité des autorités de l’Etat, face à cette situation, de prendre toutes les mesures nécessaires en vue de mettre fin à cette violence et aux conséquences qu’elle entraîne sur la sécurité des citoyens et sur toute l’étendue du territoire national.

Examinant la question de l’échauffement croissant du front social, le Bureau politique de l’AFP considère que la grève et les autres formes d’actions entreprises par la corporation des chauffeurs en particulier, et par les travailleurs en général, trouvent leur justification dans la profusion de dépenses inutiles, engagées dans des secteurs tout à fait secondaires et souvent en dehors des procédure légales. Pendant ce temps, les engagements pris par l’Etat vis- à -vis de ces travailleurs et les urgences qui en résultent sont renvoyés à des délais sans cesse renouvelés. Le Bureau politique salue la victoire remportée par la corporation des chauffeurs, malgré les tentatives d’intimidation et de manipulation des autorités publiques, contraintes d’engager des négociations après avoir, vainement, tenté de s’opposer à la grève des transporteurs. Dans le même esprit, se poursuivront les combats de même nature qui visent à faire respecter les droits des acteurs du monde du travail et de leurs organisations syndicales.

La culture de la négociation doit être développée par le Gouvernement pour épargner aux populations et au pays des désagréments qu’il est possible d’éviter. C’est le cas pour le prix du pain qui concerne directement les ménages, qui sont déjà à bout de souffle, après les augmentations récentes du prix de l’électricité, du gaz, de l’eau, et des denrées de premières nécessité

Abordant le deuxième point de son ordre du jour, consacré à la vie du parti, le Bureau politique de l’AFP décide d’organiser un symposium, le 5 février, sur la situation politique et économique du pays.


Fait à Dakar, le 8 janvier 2004
Le Bureau Politique de l’AFP