Communiqué du Bureau politique de l'AFP 

Jeudi 5 janvier 2006


Le Bureau politique de l'Alliance des Forces de Progrès s'est réuni le jeudi 05 janvier 2006, sous la présidence de M. Moustapha Niasse Secrétaire Général, autour de l'ordre du jour suivant :

Situation nationale ;
Vie du Parti.

Le Bureau politique de l'AFP a examiné la situation nationale à la lumière des derniers développements intervenus à la fin de l'année qui vient de s'écouler. Les interrogations multiples des Sénégalais continuent de plus belle et les autorités de notre pays se révèlent toujours incapables d'y répondre avec pertinence. Face à la détresse du monde rural, face à l'angoisse des jeunes, face à la révolte des travailleurs de toutes catégories, qui n'épargne même pas la magistrature, face aux tensions politiques liées à la régression démocratique et au blocage délibéré du processus électoral, face à l'alerte sonnée par les chefs religieux toutes confessions confondues, le Chef de l'Etat, à l'occasion du nouvel An a adressé à la Nation un message caractérisé certes, par un ton qui sied à ses responsabilités, mais qui pêche par ses trop nombreuses généralités et ses omissions coupables.

La satisfaction affichée à propos du cadre macro-économique, en particulier du taux de croissance, de l'augmentation des ressources et de l'effacement de la dette, n'arrive pas à occulter les difficultés lancinantes avec lesquelles les Sénégalais sont confrontées au quotidien. Aujourd'hui, au Sénégal, se nourrir, se soigner, assurer l'éducation des enfants et se déplacer, relèvent de la gageure. L'inflation, le manque d'emplois lié à l'absence d'investissements significatifs, l'insuffisance de revenus réguliers dans le monde rural, tout cela est à l'origine d'une situation grosse de dangers pour notre pays qui baigne dans un environnement sous-régional encore instable.

Il est illusoire dans un pays comme le Sénégal, où plus de six millions de personnes vivent de l'agriculture, d'espérer une quelconque amélioration du sort des populations, avec une campagne de commercialisation agricole qui n'est pas encore effective, au mois de janvier 2006 ! Les diverses tentatives de diversification des cultures qui ont été engagées sans aucune concertation avec les producteurs ont toutes été des échecs cuisants. Après le phénomène des bons impayés, après la destruction de la carte variétale, après le saupoudrage dans la distribution du matériel agricole, voilà que l'absence de financements oblige les paysans à brader l'arachide jusqu'à 65 f le kilo. Si l'on tient compte de leur pouvoir d'achat actuel, il est évident que le régime de Me Wade les a ramenés plus d'un demi-siècle en arrière. La privatisation avortée de la Sonacos après celle de la Sonagraines, est la goutte d'eau qui a entraîné, pour la première fois dans l'histoire du Sénégal, la révolte des paysans qui ont manifesté publiquement et de manière concertée, leur indignation.

Le Bureau politique de l'Afp invite le gouvernement de Me Wade à reconnaître humblement ses insuffisances et à attaquer à bras le corps ce dossier, dont les enjeux sont capitaux pour la préservation des équilibres sociaux, dans notre pays. La paupérisation galopante des populations et le manque de perspectives auquel se heurte la jeunesse, constituent assurément un terreau favorable à l'insécurité qui n'est plus confinée aux régions périphériques. L'assassinat du sous-Préfet feu Gorgui Mbengue met à nu la gestion inexperte et incohérente du dossier de la Casamance. Le Bureau politique de l'Afp s'incline devant la mémoire de ce grand serviteur de l'Etat et présente ses vives condoléances à sa famille éplorée. Il estime que l'Etat doit mettre un frein au développement de la culture de la violence, en traitant les conflits d'intérêts avec esprit d'organisation, de suivi et de méthode, en toute équité, conformément aux lois et règlements de la République.

En ce qui concerne l'appel au dialogue que le Chef de l'Etat a lancé en direction de l'opposition, le Bureau politique de l'Afp donne son accord de principe mais avec des préalables relatifs au cadre, au contenu et à l'objet. Naturellement, dans le cas d'espèce, le gouvernement est l'interlocuteur de l'opposition. En outre, eu égard aux urgences de l'heure, il est impératif d'aborder sérieusement les questions liées au processus électoral, à l'impunité, à la Casamance et à l'insécurité et bien entendu, aux priorités économiques, sociales et culturelles, bref, à la bonne gouvernance. En tout état de cause, pour l'Afp, ce dialogue ne saurait conduire à l'entrée dans le gouvernement de Me Abdoulaye Wade. Il s'agit essentiellement d'aider à la construction d'une démocratie moderne et apaisée.

   

Fait à Dakar, le 5 janvier 2006

Le Bureau Politique de l'AFP