Communiqué du Bureau politique de l'AFP 

Jeudi 2 février 2006

Le Bureau politique de l'Alliance des Forces de Progrès s'est réuni le jeudi 02 février 2006, sous la présidence de M. Madieyna Diouf, Secrétaire national chargé de la Coordination, en l'absence de M. Moustapha Niasse Secrétaire Général, en mission, autour de l'ordre du jour suivant :

Situation nationale ;
Vie du Parti.

Le Bureau politique de l'AFP s'est longuement penché sur la situation nationale où l'inattendu est en train de prendre dramatiquement le pas sur les normes, les lois et règlements régissant tout État moderne supposé être au service des citoyens et de l'intérêt général. Le Bureau politique a estimé que l'incompétence et l'incapacité du pouvoir actuel à se départir de son esprit clanique sont à la base de tous les maux qui gangrènent la vie nationale, jusque dans ses moindres recoins.

C'est la raison pour laquelle le gouvernement de Maître Wade n'est pas à même de traiter les urgences économiques et sociales, dans un contexte où l'État, déstructuré et affaibli, n'assure même plus son propre fonctionnement régulier, par le biais d'Institutions aux compétences définies et respectées, avec une séparation scrupuleuse des pouvoirs.

Le monde rural continue de faire les frais de ce désordre, avec une campagne de commercialisation agricole, où tous les acteurs trouvent leur compte, sauf les principaux intéressés que sont les paysans producteurs. Les choix désastreux de Maître Wade comme la dissolution brutale de la Sonagraines, la destruction du capital semencier et le bradage inqualifiable de la Sonacos, font le lit de l'échec cuisant de toute politique agricole, qu'aucun ministre de l'agriculture ne pourra éviter.

En outre, le front social, continue de s'embraser, avec la résistance des corps émergents de l'Éducation nationale, de l'intersyndicale des enseignants, des étudiants qui réclament de meilleures conditions d'études. Les travailleurs des Industries Chimiques du Sénégal s'inquiètent à juste titre sur le sort réservé à leur outil de travail gravement menacé par les errements des tenants du pouvoir. Les sinistrés des inondations de l'hivernage passé ont, quant à eux, été victimes de calculs politiciens d'un régime aux abois qui les a instrumentalisés pour compléter sa mainmise dangereusement partisane sur le processus électoral.

Les inscriptions sur les listes électorales marquent le pas, quoiqu'en dise le Ministre de l'Intérieur, dont les services sont responsables des innombrables manquements dénoncés par l'opposition sur toute l'étendue du territoire national. Le chiffre de 1.700.000 inscrits, qui est loin de celui de 3.000.000 qui était annoncé, démontre à souhait que la refonte totale du fichier, est une phase d'un hold-up électoral programmé. A ce stade précis, le pouvoir actuel s'emploie à décourager les électeurs et à les déboussoler. C'est la raison pour laquelle le nombre, l'implantation et le fonctionnement adéquat des commissions d'inscriptions sont modulés en fonction des intérêts du parti au pouvoir. Les cas de Foundiougne et de Ziguinchor constituent des exemples éloquents.

En ce qui concerne la CENA, le gouvernement s'obstine à lui refuser les moyens nécessaires à son fonctionnement, en violation flagrante de la loi. De surcroît, les récentes déclarations du Président de cette structure ne sont pas rassurantes, dans la mesure où on a l'impression qu'il s'en remet au bon vouloir du Ministre de l'Intérieur, en oubliant les compétences élargies que lui confère la loi, dans le cadre de ses missions de contrôle et de supervision de l'ensemble du processus électoral.

Le Bureau politique de l'AFP estime que ces manquements, ajoutés aux récentes décisions du Conseil d'État et du Conseil Constitutionnel sont en train de donner du champ au pouvoir, pour détourner le vote des électeurs, entachant gravement l'organisation de la dévolution du pouvoir dans notre pays qui, pourtant, s'était illustré en la matière le 19 mars 2000.

L'État de droit est gravement menacé au Sénégal. Les décisions du Conseil Supérieur de la Magistrature qui s'est réuni le 31 janvier dernier continuent de susciter des interrogations sur la volonté réelle du gouvernement de Maître Wade de respecter l'indépendance de la justice, pourtant consacrée par les dispositions de la Constitution, que le Président de la République, à travers son serment, a juré d'observer et de faire observer.

Le Bureau politique de l'AFP invite le pouvoir actuel à se ressaisir pendant qu'il est encore temps, dans un élan patriotique, afin d'éviter à notre pays les aventures qui ont déjà plongé dans l'instabilité, nombre de pays d'Afrique, de notre sous-région en particulier.

   

Fait à Dakar, le 2 février 2006

Le Bureau Politique de l'AFP