Communiqué du Bureau Politique de L'AFP

Jeudi 20 novembre 2003

Le Bureau politique de l'AFP s'est réuni le jeudi 20 novembre 2003 sous la présidence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général du Parti, autour de l’ordre du jour suivant :

1. situation nationale

2. vie du parti

Abordant le premier point de son ordre du jour, le Bureau politique de l’AFP a analysé le phénomène de la montée des périls qui menacent notre pays, du fait de la multiplication des dérives commises dans le paysage politique par les tenants du pouvoir actuel qui se suivent en cascades. Ainsi, au lieu de traiter en profondeur les problèmes liés à la violence politique, à l’impunité et à l’accaparement des médias d’Etat, le Gouvernement continue de se livrer, avec insouciance à la surenchère, à la diversion et à une logique de confrontation que confirme la rencontre que le Ministre de l’Intérieur a organisée avec les partis politiques, le 18 novembre 2003.

Au lieu de s’atteler à sécuriser le processus électoral, le Gouvernement semble, dès à présent, préparer le détournement de la volonté populaire, en usant d’artifices. En prenant des décisions unilatérales portant sur l’ordre du jour, avant même le début des rencontres programmées et en indiquant que les autres interlocuteurs ne peuvent donner aucun avis sur cet ordre du jour, ni le modifier ou l ‘élargir, le pouvoir a manifestement cherché à faire jouer à l’opposition un rôle de faire valoir. En effet, comment peut-on accepter le choix d’un noyau dur à partir de listes d’émargement ? Comment peut-on examiner la question de la refonte du fichier sans étudier les problèmes qui se posent en amont et notamment des questions essentielles comme la fiabilité de l’Etat civil et les inscriptions sur les listes électorales?

Le problème qui se pose concerne fondamentalement tout le processus électoral dont la gestion attentive et contrôlée, dans un cadre pluriel de discussions et d’échanges ouverts, demeure un impératif qu’aucun démocrate sérieux ne peut récuser. Le Gouvernement doit donner la preuve de sa sincérité en faisant suivre ses paroles et ses promesses récurrentes d’actes à même de redonner confiance aux acteurs du jeu politique et aux citoyens. La vérité est que l’organisation d’élections libres, régulières, sincères et transparentes participe, pour tout Gouvernement lucide et responsable, de la sauvegarde de la paix civile et de la stabilité de notre pays qui se meut dans un environnement caractérisé par d’interminables convulsions liées au mode de dévolution du pouvoir.

Le Bureau politique de l’AFP tient à souligner solennellement qu’un recul démocratique par rapport aux acquis du 19 mars 2000 est inacceptable et que le Parti s’évertuera, avec toutes les autres forces démocratiques de notre pays, à empêcher tout risque de détournement de la volonté populaire. Dans tous les cas, pour l’AFP, plonger le Sénégal dans une campagne électorale prématurée, avec l’annonce inopportune d’une candidature plus de trois années avant les prochaines élections présidentielles, crée des tensions politiques inutiles au moment où, plus que jamais, le Chef de l’Etat et son Gouvernement doivent s’attacher à résoudre des problèmes sérieux, par un travail organisé, planifié et conduit avec méthode.

Dans le même esprit, l’affaire Talla Sylla est en rapport étroit avec le respect de notre texte fondamental, des lois et de nos règlements. En République, l’exigence de l’identification des coupables et des commanditaires d’une tentative d’assassinat et de leur punition conformément à la loi est une exigence qui relève de l’évidence. Toute velléité de contourner cette exigence républicaine constitue une dérive qu’aucune politique de communication ne saurait banaliser, ni rendre acceptable. Les récents développements de cette affaire ne sont pas de nature à apaiser l’opinion. C’est pourquoi le Bureau politique de l’AFP invite le Gouvernement à assumer effectivement ses missions de protection des personnes et des biens et à respecter scrupuleusement le principe de la séparation des pouvoirs.

Par ailleurs, le Bureau politique de l’AFP a examiné avec toute l’attention nécessaire l’appel lancé par la Société civile à tous les acteurs politiques en vue d’un dialogue républicain pour faire baisser les tensions politiques qui prévalent, depuis quelque temps, au Sénégal. L’AFP a indiqué son attachement au dialogue civil et politique comme mode de règlement des différences d’approche et de compréhension des dossiers relatifs à la vie de notre pays. Cependant, les patriotes sénégalais doivent, dans la préparation de ce dialogue national –si le principe en est accepté par tous- être très vigilants et mettre les tenants du pouvoir devant leurs responsabilités. Il appartient, en effet, au pouvoir d’Etat de favoriser les conditions d’un dialogue sincère, vrai et utile au pays, et sans arrières-pensées coupables. Le Président de la République et son Gouvernement endossent en conséquence la responsabilité du climat de tensions politiques et la stagnation de l’économie sénégalaise. C’est la raison pour laquelle le dialogue préconisé par la Société civile, si elle est porteuse d’espoir, devra être abordé avec une série de précautions qui en garantirait le résultat, dans l’intérêt du peuple.

Avant de clôturer ses travaux, le Bureau politique a adopté le programme de tournées du Secrétaire Général du parti, M. Moustapha Niasse, dans les régions de l’intérieur du pays, en relation avec les responsables concernés.

 

Fait à Dakar, le 20 novembre 2003
Le Bureau Politique de l’AFP