Communiqué du Bureau politique de l'AFP
Jeudi 10 juin 2004

 

Le Bureau politique de l’Alliance des Forces de Progrès s’est réuni le jeudi 10 juin 2004, sous la présidence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général, autour de l’ordre du jour suivant :

1.Situation nationale

2. Vie du Parti

Se penchant sur l’évolution de la situation des populations sénégalaises, le bureau politique de l’AFP a analysé les conséquences et les manifestations successives de l’absence, dans notre pays, pour le moment, de toute politique de développement en adéquation avec les urgences nationales. Ainsi, jour après jour, de nouvelles dérives et mesures inopportunes apparaissent qui viennent ruiner les chances de sortir le Sénégal des incertitudes de la pauvreté et d’une nouvelle ère de destruction des acquis réalisés par le peuple depuis plusieurs décades.

Dans la série de ces mesures particulièrement préjudiciables au Sénégal et aux Sénégalais, il faut citer le grand désordre introduit dans le secteur de la gestion du domaine foncier public de l’Etat comme dans celui des réserves foncières, y compris même les réserves stratégiques touchant des équipements d’intérêt national ayant trait à la sécurité ou à des zones généralement affectées à la défense du territoire. Si se confirment les bruits qui courent actuellement sur une décision qui serait déjà prise de destiner la zone du terrain de tir du phare des Almadies à un nouveau centre de conférence – un de plus après le CICES et le centre Hôtel Méridien Président -, il y aura lieu de s’interroger légitimement sur les motivations réelles d’une telle décision ainsi que sur son opportunité.

Le Bureau politique de l’AFP, pour toutes ces raisons, estime qu’il est encore temps de mettre fin à des pratiques qui compromettent gravement la protection de la réserve foncière de l’Etat sénégalais, réserve qui doit être tenue à la disposition de projets à vocation et à destination d’intérêt général présent ou à venir.

La préparation du prochain sommet de l’OCI à Dakar, a fait l’objet, au sein du Bureau politique de l’AFP, d’un examen attentif, à la lumière des informations publiées par la presse et, en particulier, la nomination du Président de l’Agence spéciale créée à cet effet. Le Bureau politique de l’AFP tient à rappeler que le Sénégal a l’habitude de recevoir, dans sa capitale, des sommets organisés avec succès, grâce à l’administration de notre pays, capable, dans ses structures propres, de conduire de telles missions. La nomination d’un Président de la nouvelle agence, en la personne de M. Karim Wade, constitue un fait sans précédent, qui est lourd de menaces, en termes d’aggravation d’une situation de mal gouvernance aujourd’hui avérée. En effet, rien ne garantit la transparence qu’exige la conduite d’un tel dossier, au vu d’un précédent récent ,-tiré parmi tant d’autres- précédent qui est celui de la gestion non encore élucidée du coût définitif et réel des travaux réalisés à Thiès.

Le monde rural paie au prix fort le coût de cette malgouvernance. En effet, malgré leurs dénégations, des autorités ministérielles qui s’expriment au nom du chef de l’Etat, reconnaissent aujourd’hui la mauvaise qualité des semences. L’évidence s’est confirmée : la campagne agricole est approximative, les semences sont incertaines, la production annoncée d’un million de tonnes de manioc, à l’occasion de l’hivernage qui débute, dans un pays où ce produit ne fait pas encore l’objet d’une transformation industrielle maîtrisée, est une nouvelle utopie qui illustre les tâtonnements habituels d’une politique agricole sans vision et sans objectifs précis.

Le Bureau politique de l’AFP a, par ailleurs, examiné, avec toute l’attention nécessaire, le dossier de la privatisation de la SONACOS et celui des mines d’or de Sabodola. Une opération de privatisation obéit, dans une démocratie républicaine, à des principes de transparence et de respect scrupuleux des intérêts de la communauté nationale. Dans le premier cas d’espèce, il y a lieu de rappeler que la privatisation de la SONACOS est inopportune. Non seulement elle produit des résultats positifs, mais elle implique dans son fonctionnement 70 pour cent des Sénégalais. Il convient plutôt d’organiser sa restructuration. En outre, la question de l’exploitation des mines de Sabodola et celle, plus générale, du traitement des ressources du sol et du sous-sol du Sénégal, relèvent de la souveraineté nationale. Par conséquent, leur aliénation et toutes transactions pouvant les concerner doivent être préalablement discutées avec le peuple ou ses représentants. En effet, toute privatisation d’une société nationale doit être soumise à la procédure de l’appel d’offres international, les offres faites devant elles-mêmes être dépouillées publiquement, conformément aux prescriptions légales en la matière.

S’agissant toujours des mesures qui sapent les chances du Sénégal de s’ouvrir vers une bonne gouvernance sécurisée, efficace et durable, il convient de vérifier, avec rigueur, si, comme il semble, des décrets sont de plus en plus fréquemment pris pour modifier des dispositions du budget national. Le budget de l’Etat est une loi de la République votée par l’Assemblée nationale et qui, sauf sous certaines conditions, ne peut être modifiée que par une loi rectificative de finances.

Parmi les dérives que les Sénégalais déplorent, il y a lieu de citer, évidemment, l’affaire récente, découverte par la presse locale, des dessous de table servis, chaque mois, à des leaders de partis membres de la coalition dite CAP 21 ainsi que la distribution gracieuse de sacs de riz. Le fait est regrettable. L’acte n’est pas républicain. Il tourne le dos aux principes de transparence, de visibilité et de loyauté par rapport au fonctionnement d’une démocratie moderne.

L’AFP demande, avec insistance et dans le but d’éviter la confusion entretenue dans l’esprit des Sénégalais, par la propagande à la Gobbels, que les partis de l’opposition qui auraient bénéficié de ces dons soient nommément cités.

A l’issue de ses travaux, le bureau politique de l’AFP en a appellé à la nécessité d’un engagement des pouvoirs publics et de toutes les forces vives de la nation pour redoubler de vigilance afin que les options du Président de la République et de son Gouvernement soient corrigées dans le sens d’une prise en charge effective des véritables priorités du développement du Sénégal, dans le strict respect des règles de direction d’un pays qui aspire à la réalisation de ses ambitions légitimes et qui en a la pleine capacité, s’il est dirigé loin de pratiques alliant l’opacité aux injustices, le manque de vision et l’absence de tout rapport à l’éthique républicaine et à la défense des intérêts supérieurs du peuple souverain, dans la plénitude de la mission que la nation a confiée à ses dirigeants.

C’est avec ce viatique que le Secrétaire Général de l’AFP, M. Moustapha Niasse, conduira la délégation du Bureau politique qui effectuera une tournée dans la région de Thiès, du 15 au 18 juin 2004. A cette occasion, le flambeau de la Déclaration du 16 juin sera ravivé à Ngoundiane.


Fait à Dakar, le 10 juin 2004
Le Bureau politique de l’AFP