DÉCLARATION DU BUREAU POLITIQUE DE L'AFP 
SUR LA CAMPAGNE 2005/2006 DE COMMERCIALISATION DE L'ARACHIDE 
ET SUR LA SITUATION DE LA SONACOS 

 La filière arachide, qui réalise, en année de bonne production, une distribution de revenus de plus de 70 milliards de FCFA en faveur de millions de Sénégalais, se trouve dans la plus grave crise de son histoire, en ce début du mois de décembre 2005. A ce jour, aucun matériel de collecte n’a été révisé, les points de collecte ne sont pas connus, les opérateurs privés ne sont pas encore agréés. Pire, le financement de la campagne qui était, en général, mis en place dans les points de collecte durant la première décade du mois de novembre de chaque année, n’est toujours pas disponible dans les zones rurales. Cette situation, inédite dans l’histoire du Sénégal, plonge les producteurs et leurs familles dans une profonde inquiétude, sinon dans le désarroi total.  

La Commission nationale interprofessionnelle de l’arachide (CNIA) n’est pas arrivée, en ce début de décembre 2005, à trouver un consensus devant le refus des producteurs d’accepter la proposition de baisser, de 45 F par kilogramme, le prix officiel de la dernière campagne qui  était de 150 francs Cfa. Le gouvernement de Me Abdoulaye Wade a décidé de rechercher auprès de l’Union européenne une subvention de 13.5 milliards de francs Cfa pour maintenir le prix d’achat au producteur à 150 francs le kilogramme. A supposer que le pouvoir obtienne cette subvention, le repreneur de la Sonacos pourra- t- il obtenir, auprès des banques, le financement de base ? Rien n’est moins sûr, puisque ce repreneur n’arrive même pas à dénouer le crédit de 30 millions de dollars trouvé sur la place de Londres pour la campagne 2004/2005.

Neuf mois après le bradage de la Sonacos à 5 milliards de francs CFA
à un repreneur privé, l’ancien  fleuron de l’agro-industrie sénégalaise est, en effet, au bord du dépôt de bilan. M. Roger Chavannes, Directeur général nommé en avril dernier à la tête de la Sonacos par, repreneur de l’entreprise, vient de rendre le tablier, la semaine dernière, devant les nombreuses et insurmontables difficultés de gestion rencontrées au triple plan social, industriel et financier et face à des dirigeants d’un groupe dont les principaux actionnaires sont plus spéculateurs financiers qu’industriels.

La SONACOS, maillon industriel essentiel de la filière, se trouve ainsi sans pilote, dans cette phase délicate et décisive de négociations avec les banques et de discussions avec les partenaires sociaux de la société qui menacent de boycotter la nouvelle campagne de trituration, au cas où un accord ne serait pas trouvé pour l’application du plan social d’un coût de 11 milliards signé par le gouvernement en mars dernier et parfaitement exécutoire de l’arachide. Le repreneur n’est intéressé, en réalité, que par la mise en valeur du patrimoine foncier inclus dans la vente de la Sonacos et constitué par les terrains de stockage de Bel Air d’une valeur marchande de 20 milliards de francs CFA ainsi que par l’exploitation des équipements portuaires de l’établissement industriel de Dakar.

 Circonstance aggravante, le partenaire principal de la Sonacos à l’export refuse, depuis des mois, d’acheter les huiles produites par la société, l’obligeant ainsi à remplir toutes ses cuves de stockage au Sénégal et à en louer en Europe à des coûts prohibitifs. De même, plus de 100.000 tonnes de tourteaux, produits lors de la campagne dernière, qui n’ont pas été détoxifiés de l’aflatoxine par manque d’ammoniac, sont toujours en stocks dans les usines de Dakar, Lyndiane et Ziguinchor et dans des magasins de stockage loués à cet effet. On comprend, dès lors, pourquoi le repreneur  ne se propose d’acheter pour la campagne 2005/2006 que 200.000 tonnes d’arachide en coques. En y ajoutant les prévisions d’achat de Novasen qui tournent autour de 70.000 tonnes, c’est environ 300.000 tonnes seulement qui seront commercialisées sur le total annoncé par le Ministre de l’Agriculture, de 820.000 tonnes d’arachide d’huilerie de production disponible.

Manifestement, la privatisation de la SONACOS est un échec. Aussi, le Bureau politique de l’AFP demande-t-il  au Gouvernement de Maître Abdoulaye Wade, de revoir sa privatisation

La dure loi de l’offre et de la demande, base du libéralisme effréné du régime de Abdoulaye Wade, va laisser entre les mains des paysans sénégalais plus de la moitié de la production d’arachide d’huilerie ! La spéculation commence déjà à battre son plein et les paysans, devant les besoins de survie, bradent leurs graines, dans les loumas, à 75 francs Cfa le kilogramme, à des spéculateurs qui vont revendre les graines achetées à si vil prix aux huiliers, au prix subventionné de 150 francs Cfa !

Le gouvernement libéral parachève ainsi son plan de liquidation de la principale filière de l’économie rurale de notre pays, plan dont le premier jalon a été mis en place en septembre 2001avec la libéralisation brutale et désordonnée de la commercialisation primaire et le dernier posé en avril 2005 avec le bradage de la Sonacos à des spéculateurs peu soucieux du devenir de la filière arachide. Le Bureau politique de l’Alliance des Forces de Progrès interpelle, encore une fois, l’opinion publique sénégalaise sur cette situation dramatique qui est porteuse de graves conséquences économiques et sociales dont le gouvernement libéral de Me Abdoulaye Wade porterait l’entière responsabilité.

Le Bureau politique de l’AFP rappelle sa proposition, faite le 8 juin 2005, de création d’une commission nationale du débat public sur la réhabilitation et la conduite de l’agriculture au Sénégal.

L’AFP estime toujours, en effet, qu’un tel débat est un moyen privilégié pour écouter, dans l’ensemble des communautés rurales, les producteurs et tous ceux qui, de près ou de loin, sont concernés par les filières agricoles et les finalités objectives qui leur sont assignées.

A cet égard, le Bureau politique de l’AFP restera en contact avec les acteurs ruraux, les organisations paysannes et toutes les institutions concernées par le développement, au Sénégal, d’une agriculture moderne, rentable pour les paysans et susceptible d’apporter à la lutte contre la pauvreté et l’exode rurale une contribution efficace et durable.

   

Fait à Dakar, le 8 décembre 2005

Le Bureau Politique de l'AFP