Déclaration de l'AFP Sur le bilan des quatre années d'alternance

Le 19 mars 2000, à l'issue d'élections présidentielles, démocratiques, les Sénégalais ont choisi l'alternance politique et l'espoir.

Quatre années sont passées. Quatre années marquées par des engagements non respectés, des rendez-vous manqués, des promesses non tenues, des créances du monde rural impayées, des acquis de la démocratie sans cesse bafoués sinon remis en cause, des médias d'État confisqués au seul profit du parti au pouvoir et de ses alliés.

Quatre années caractérisées par une instabilité gouvernementale sans précédent s’étant traduite par des remaniements ministériels multiples et injustifiés.

Quatre longues années pendant lesquelles les sentiments les mieux partagés par les principaux acteurs sociaux de l'alternance sont la déception et l'amertume.

Déception des républicains, des artisans de la démocratie et des défenseurs des libertés individuelles, devant la gestion gabégique et patrimoniale de l'État, de son domaine foncier et immobilier, de son portefeuille d'action comme de ses ressources.

L'inventaire de la situation économique du pays qui avait conduit au lendemain de l'alternance à l'audit des entreprises et des sociétés des secteurs publics et parapublics n'a pas tenu la promesse de ses fleurs. Les audits ont plutôt servi à régler des comptes personnels et à élargir les bases électorales du PDS.

La tentative d’assassinat de M.Talla Sylla, l'assassinat de l'étudiant Balla Gaye, les incendies criminels de la Bourse du Travail, du Groupe Walf Fadjiri et du siège du PSD/JANT BI, ont fini de démontrer qu'avec l'alternance nous assistons à la progression de l'insécurité et au triomphe de l'impunité.

En Casamance, malgré l'accalmie que nous constatons depuis quelques jours, le peuple aspire encore à la paix, celle qui nous avait été promise en cent jours.

Depuis la tragédie du "Joola", les victimes attendent toujours le règlement des indemnités qui leur sont dues par l'État et les Casamançais le désenclavement maritime de leur région par la mise en service d'un nouveau bateau entre Dakar et Ziguinchor.

Le 19 mars dernier, à l'occasion de la célébration du 4ème anniversaire de l'alternance, un livre blanc a été publié. Des centaines de millions ont été mis à la disposition des responsables politiques du PDS et de certains membres de la CAP 21 sur toute l'étendue du territoire national pour le rassemblement folklorique et indécent de la Place du Millénaire, à l’image des grands - messes des régimes autocratiques d'un passé récent.

La délocalisation avortée des cérémonies du 4 avril à Thiès, budgétisée à 20 milliards cfa, va finalement coûter au contribuable sénégalais un peu plus de 40 milliards de dépenses publiques opérées dans la plus grande opacité.

La confiscation des médias d'État par le pouvoir et ses alliés a provoqué un déficit de près d'un milliard à la RTS, déficit qui se trouve ainsi multiplié par six en quatre ans.

La déception du monde rural est à la mesure de son dénuement actuel. La déstructuration de la filière arachidière a fini, au cours de ces trois dernières années, de plonger le paysan sénégalais dans la détresse économique totale.

L'échec de l'opération maïs de la campagne 2003 a aggravé l'endettement des paysans sans contrepartie de récolte.

Les vingt jours restants dans le mois étant assurés par le crédit bancaire ou le crédit fournisseur.

Grande est enfin la déception de la jeunesse à qui on avait promis un emploi pour tous.

Au titre de la Convention État - Employeurs, des micros projets et des nouveaux emplois de la Fonction publique, en quatre ans, le total des emplois créés par l'alternance est de 25.000. Cela représente en conséquence 5 % seulement des demandes d'emplois qui s'élèvent à 480.000 en quatre ans. Aucun des grands projets du septennat n'est encore réalisé pour réduire, comme promis, le chômage des jeunes. De plus des crises profondes affectent le monde scolaire et universitaire, sans perspective de solutions.

C'est pour toutes ces raisons que l'AFP estime que le temps est venu de travailler sérieusement.

Les problèmes du Sénégal ont des solutions.

Ces solutions existent dans une gestion saine, transparente et réaliste des intérêts de notre pays et de ses capacités de développement.

L'Alliance des Forces de Progrès a une vision claire de la situation de notre pays.

Notre parti a déjà exposé, en diverses occasions, notre perception d'une sortie de crise concertée, cohérente et totalement réalisable.

Les Sénégalais ont déjà fait le bilan d'une alternance qui les a installés dans une attente sans fin.

Mais les Sénégalais n'abandonneront jamais cet espoir et cette volonté qu'ils situent et continueront de situer dans l'accomplissement de leur destin, comme celui d'une nation volontaire.


Fait à Dakar, le 25 mars 2004
Le Bureau politique de l’AFP