Communique du Bureau Politique de l'AFP

Jeudi 7 novembre  2002

 

Le Bureau Politique de l'AFP s'est réuni, le 7 novembre 2002, sous la présidence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général, autour de l'ordre du jour suivant :

  • La situation politique nationale
  • La situation économique et sociale au Sénégal
  • La vie du parti

Abordant le premier point de l'ordre du jour, le Bureau politique a déploré les conséquences, à tous les niveaux, du blocage du pays entretenu par le Président de la République lui-même, depuis le 12 mai dernier.

En effet, depuis plus de six mois, les principes les plus élémentaires d'une bonne gestion de l'État, sur des aspects comme la cohésion et la solidarité gouvernementales, ont été transgressés. Les incertitudes demeurent, plus aiguës que jamais, et les Sénégalais ont raison de s'interroger, aujourd'hui encore, sur le bilan presque nul de l'alternance, en faveur de laquelle ils avaient massivement voté le 19 mars 2000.

Pendant ce temps, aucune mesure n'est envisagée sérieusement, concernant la commercialisation attendue, par le monde paysan, de la récolte arachidière dont les prévisions les plus optimistes ne dépassent pas 300.000 tonnes contrôlées. Le riz de la Vallée du Fleuve Sénégal risque de subir le même sort que les récoltes précédentes, de même que la tomate et autres légumes, abondamment cultivés dans cette région par les horticulteurs.

La tragédie du bateau Le Joola est traitée, d'autre part, dans l'improvisation et avec des réflexes informels, alors que les pertes humaines, dans ce drame, rapportées à la population sénégalaise, ont dépassé en horreur et en douleur la tragédie du Titanic. Ni les sommes annoncées, ni les budgets avancés sans aucune base légale ne pourront faire oublier que l'indemnisation du préjudice subi par les familles des victimes doit être réglée par le droit.

Les manœuvres de toutes sortes qui se déroulent, depuis quelques semaines, sur la scène politique sénégalaise, ne sauront, en aucun cas, émousser la vigilance des Sénégalais ni faire oublier à nos compatriotes les affres résultant, de plus en plus de la politique de pilotage à vue menée par le Chef de l'État et son Gouvernement.

L'appel à la concorde nationale, lancée depuis Ziguinchor par le Président de la République, sous l'emprise des événements liés à la tragédie du Joola, ne pouvait et ne devait être compris que comme le début d'une prise de conscience de la gravité de la situation, du fait d'une absence de tout lien direct entre le comportement des gouvernants et l'éthique républicaine d'une part, et avec une maîtrise des mécanismes de bonne gouvernance, abandonnés sur l'autel de projets sans consistance et fort éloignés des priorités actuelles du Sénégal.

La concorde nationale ne peut se confondre avec un quelconque partage de pouvoir. Il s'agit de sauver, ensemble, le pays dans une logique républicaine ou pouvoir et opposition jouent chacun son rôle dans la démocratie.

Au moment où, dans tous les pays démocratiques soucieux d'implanter une coopération concertée entre toutes les couches de la nation, les pouvoirs optent pour des actions planifiées et mises en œuvre pour soulager les populations, voilà qu'au Sénégal la politique politicienne, plus que jamais, est au centre des préoccupations du gouvernement de Maître Wade , malgré les discours et les professions de foi qui sont servis tous les jours.

Pour toutes ces raisons, le Bureau politique de l'AFP engage le Gouvernement de Me Abdoulaye Wade à effectuer sa propre introspection et son autocritique pour s'attaquer enfin, avec réalisme, aux chantiers pour lesquels les Sénégalais ont voté le 19 mars 2000. A cet égard, le Bureau politique de l'AFP exprime sa vive préoccupation face à la remise en cause des acquis démocratiques, au détriment des partenaires sociaux, de l'école et de l'université sénégalaise du mouvement Navétane, après les tentatives de déstabilisation contre la CNTS et le CNCR, pour leur substituer de nouveaux cadres contrôlés par le système en place. Cette volonté de réduire, à tout prix, les espaces de liberté au profit du nouveau parti-État, le PDS, consacre le recul démocratique programmé depuis les élections frauduleuses d'avril 2001 qui avaient vu le couple Gorgui-Ngorsi interpeller le Conseil constitutionnel lui-même.

Pour combattre ce dessein d'un autre âge, le Bureau politique de l'AFP invite le parti à consolider et développer sa coopération avec toutes les forces démocratiques, les formations politiques de notre pays, de même qu'avec l'ensemble des acteurs du mouvement social, afin d'amener le Gouvernement de Me Wade à s'atteler, enfin, à un début de réalisation des promesses qu'il avait faites au peuple pendant la campagne électorale de février-mars 2000 et dont aucune n'a encore connu un début d'exécution

Evoquant les conséquences négatives sur le développement de l'économie nationale, des accidents meurtriers qui surviennent, chaque semaine, sur le réseau routier sénégalais, le Bureau politique de l'AFP considère que le programme d'entretien des routes et de reconstruction de celles qui sont totalement détériorées doit démarrer, incessamment, sur les axes desservant l'ensemble des régions et les pays voisins.

Abordant le dernier point de son ordre du jour, qui a été essentiellement consacré aux préparatifs du 1ER Congrès ordinaire de l'AFP, le Bureau politique engage toutes les Commissions ad hoc à travailler d'arrache-pied pour respecter les délais fixés, afin que ce rendez-vous de l'espoir et de l'action soit une étape importante dans la construction de l'alternative à l'alternance dévoyée.

 

Dakar, le 7 novembre 2002

Le Bureau Politique de l'AFP