Communique du Bureau Politique de l'AFP

Vendredi 5 juillet 2002

 

Le Bureau Politique de l'AFP s'est réuni le vendredi 5 juillet 2002 sous la présidence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général du parti, en vue d'examiner l'ordre du jour suivant :

  • Situation nationale
  • Vie du parti

Le masque est tombé et vraiment tombé ! Après l'Assemblée, c'est autour d'une autre institution, en l'occurrence, les Collectivités locales de subir les manœuvres et les assauts antidémocratiques du pouvoir boulimique de Maître Abdoulaye Wade. Quand le droit est systématiquement assujetti aux calculs politiciens du moment et que, de ce fait, les lois qui en sont l'émanation, perdent leur fondement philosophique et normatif, alors, c'est la mise en branle, au pas de charge de la régression démocratique.

L'AFP considère que le respect des institutions est une exigence minimale de la démocratie. Elles ne sauraient être taillées sur mesure pour satisfaire la volonté de puissance du Secrétaire Général du PDS.

Le projet de loi, déposé à l'Assemblée nationale, et qui permet au Président de la République de mettre un terme au pouvoir des Elus locaux, est une épée de Damoclès, que Maître Wade suspend sur la tête des détenteurs légitimes du pouvoir décentralisé, pour faire régner l'instabilité et la terreur, le marchandage politique et l'intimidation. En effet, le Président de la République avait mis fin, grâce à sa majorité mécanique, au mandat des Elus Locaux, qu'il avait remplacés par les délégations spéciales, dont certaines se sont signalées par une gestion qui mérite d'être examinée à la lumière des textes en vigueur. Enfin, l'acte trois posé par Maître Wade, qui doit lui donner la possibilité de destituer légalement des Elus du peuple, indique clairement que le Président Wade ne fait pas respecter les lois de la République, mais force ces lois à s'adapter à la circonstance politique du jour.

Il est de notoriété publique que les Collectivités locales ne disposent jamais à temps de leur budget. Comment dans ce cas, sanctionner les collectivités, quand l'argent n'arrive jamais à temps ? Comme il a eu à le faire froidement, pour le cas du Conseil régional de Kaolack, en 2001, le pouvoir peut provoquer l'asphyxie financière, pour geler les activités de toute collectivité locale, non acquise à sa dévotion. Au regard de cette donnée, le Bureau politique constate que ce projet de loi s'adresse en particulier aux Elus du CPC, mais aussi vise toute autorité insoumise au camp présidentiel.

Le Bureau Politique de l'AFP dénonce les dérives dictatoriales que d'autres, avant le Président Wade, ont vainement tenté d'imposer aux peuples africains. L'obsession du premier Président de l'alternance politique au Sénégal vis à vis de l'histoire et de l'Etat du Sénégal, par laquelle il tente obstinément de détruire tout le cadre institutionnel de la démocratie sénégalaise, construit avant lui, sans lui et des fois contre sa volonté constitue un danger public : dans cette pratique de démontage des rouages de l'Etat de droit et de démocratie, rien n'est laissé au hasard : l'aliénation de biens publics (Ex Sotrac), le chantage politicien par les audits, le révisionnisme et même la défiance vis à vis de l'Hymne National.

D'autre part, le Bureau Politique constate que la pratique de démantèlement ne se limite pas qu'aux rouages de l'Etat. Elle a aussi trouvé son prolongement dans la politique agricole de Maître Wade, qui, par les deux précédentes campagnes et celle qui s'annonce sous les même auspices, tourne le dos à l'orientation stratégique sur la politique agricole de l'horizon 2000-2010.

Le démantèlement en cours, constaté au niveau de la filière arachidière, a déjà anéanti les efforts et les sacrifices consentis par les braves paysans, pour supporter les différentes politiques d'ajustement du secteur agricole. Le malaise paysan a pour corollaire une grave crise alimentaire sans précédant dans l'histoire des 30 dernières années du sénégal. Les études récentes confirment que les familles pauvres, en particulier les paysans, allouent 70% de leur revenu, rien qu'à l'alimentation. L'éducation, la santé, la culture et les loisirs sont de vains mots pour 70% des Sénégalais.

Les données disponibles révèlent une sous-alimentation chronique et déficiente à tout point de vue, sur une grande échelle : le niveau de la consommation de viande est d'environ 9 kg par habitant et par an, celle de lait 21 litres par habitant et par an et en œufs de 18 unités par habitant et par an.

Abordant son deuxième point de l'ordre du jour, le Bureau Politique a réaffirmé l'ancrage de l'AFP dans une opposition plurielle, forte et attentive aux préoccupations des Sénégalais. C'est la raison pour laquelle l'AFP privilégie, en toutes circonstances, la concertation et le consensus au sein de l'opposition.

La création d'un Groupe parlementaire du CPC est du ressort de la conférence des leaders. Avec ses 11 députés qui sont suffisants pour créer un Groupe parlementaire, l'AFP a entendu s'ouvrir à d'autres forces patriotiques. Consciente du principe que tout ce qui monte converge, l'AFP soutient fermement toute politique de grand rassemblement de toutes ces forces motrices pour la convergence plurielle de la gauche socialiste et démocratique, autour d'une politique de rupture et propositions d'alternatives durables.

Le Bureau politique de l'AFP entend rester fidèle à son combat pour un projet de société bâti autour des idéaux de justice, de liberté et de vérité. Le parti ne se laissera pas divertir par des détails liés à l'événement et aux manœuvres du parti-Etat. Son option pour de vrais changements qu'attendent les Sénégalais est intangible.

Dakar, le 5 juillet 2002

Le Bureau Politique de l'AFP