Communique du Bureau Politique de l'AFP

Jeudi 20 juin 2002

 

Le Bureau politique de l'A.F.P s'est réuni le jeudi 20 juin 2002, sous la présidence de son Coordonnateur national, M. Madieyna Diouf, en l'absence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général du parti, en mission à l'étranger. Lors de sa séance, le Bureau politique a examiné l'ordre du jour suivant :

  • Examen de la situation nationale
  • Vie du parti

Avant l'entame de ses travaux, le Bureau politique a formulé des prières pour le repos de l'âme de M. Ndiogou Wack Bâ, ancien Député du Sénégal, qui a marqué l'histoire politique du Sénégal en particulier celle de la construction d'un État et d'une nation.

Le Bureau Politique, en même temps que l'opinion nationale, a appris avec stupeur le feuilleton qui a accompagné tout le processus de la déclaration de démission du deuxième personnage de l'Etat, le Président de l'Assemblée nationale. Annoncée lors de la rencontre du CICES, pour motif de non-performance électorale, portée à la connaissance de l'opinion, depuis les marches de la Présidence de la République, cette démission exprime dans toute son ampleur le mépris des Institutions de la République par les principaux dirigeants du PDS. Au regard du non respect du principe de la séparation des pouvoirs, le Bureau politique de l'A.F.P constate, avec une grande préoccupation, que la République est prise en otage par le Parti du président Wade. En faisant primer les intérêts du PDS, au détriment du fonctionnement normal des institutions, le Président Wade réduit le vote des Citoyens Sénégalais à une simple et banale formalité d'usage.

Sous ce rapport, le Bureau politique a pris connaissance, avec indignation, de la volonté prêtée au chef de l'État, d'opérer des changements à sa guise, à la tête de certaines collectivités locales, malgré le vote régulier des conseillers et selon les procédures et les normes du calendrier républicain. Dans le même ordre d'idées, le Bureau politique de l'A.F.P fait observer à Maître Abdoulaye Wade que les responsables de son parti, qu'il veut obliger à la démission, assument leur fonction au nom de la souveraineté populaire.

Ces pratiques, propres à la mentalité de Chef de tribu, sont l'expression d'une totale inculture républicaine. Une fois de plus, la preuve est ainsi faite, que les conflits d'intérêts, les égoïsmes, les guerres fratricides, larvées ou ouvertes qui opposent, au sommet de l'Etat, des dirigeants du PDS, prévalent sur la bonne marche des institutions de la République.

Le Bureau politique lance un appel à tous les acteurs de la vie politique, soucieux du respect de l'éthique républicaine, du libre jeu démocratique et de l'Etat de droit, pour que soit mis un terme à la patrimonialisation de l'Etat par Maître Abdoulaye Wade et à son césarisme politique, lesquels menacent les libertés et ternissent l'image de la démocratie au Sénégal.

A chaque fois qu'il expose à l'arbitrage de l'opinion des critiques pertinentes sur les dérives indéniables, le Bureau politique de l'A.F.P s'est vu opposer, de la part du pouvoir, des comportements de fuite en avant. Le gouvernement de Maître Abdoulaye Wade relègue ces mêmes critiques, émanant des partis politiques, des syndicats de travailleurs, du patronat et des organisations de la société civile, et qui touchent aux fautes de son régime, au rang d'attaques crypto personnelles. En effet, pour le pouvoir et son chef en particulier, toutes les occasions sont bonnes, pour soustraire les Sénégalais de l'examen serein, impartial et responsable de la situation dangereuse, qui règne dans leur pays.

Ainsi, sur le plan agricole, les estimations les moins accablantes pour le pouvoir révèlent une baisse de 21% de la production de mil, de 2,3% de sorgho et de 24% du fonio. Ainsi, il devient évident que le déficit céréalier, estimé l'année dernière à 159 055 tonnes en céréales entières, va s'accentuer. Cette situation est rendue plus aiguë par le manque de ressources monétaires pour les paysans. Le Bureau politique de l'A.F.P souligne que le grenier milicole du Sénégal, les régions de Kaolack et de Kolda ne bénéficient guère, dans ce domaine, d'aucune attention particulière du régime de Maître Wade. A cause de la vieillesse et de la très mauvaise qualité des semences de mil, elles-mêmes parasitées et surtout du fait de l'absence, au Sénégal, de politique de promotion de semences de céréales, le même malaise qui a existé l'année dernière, se reproduit immanquablement, compte tenu de la situation actuelle des indicateurs socio-économiques du Sénégal, de l'ampleur et de la persistance de la crise de la politique agricole dans le milieu rural.

Pourtant, cette crise n'est pas une fatalité, car elle découle d'une politique d'abandon. Le gouvernement n'a pas saisi les opportunités d'une bonne pluviométrie. Pire, cette aggravation du déficit céréalier est une inversion dangereuse de la tendance vers la résorption du déficit de la production de céréales entamée en 1998-1999, et qui a vu les pays du Sahel, comme le Burkina accroître leur production de céréales de 18,6%, le Mali de 11,40%. Durant la même année, le Niger a connu une hausse de sa production de 179.000 tonnes, suite à un déficit de 394.0000 tonnes, l'année précédente. La récolte céréalière au Sénégal a connu, durant la même période de 1998-1999 ,une augmentation de 23,7%, et qui a porté la production à 966.756 tonnes.

Le Bureau politique de l'A.F.P estime que la résorption du déficit céréalier est possible par d'autres recours, tels l'amélioration des rendements, l'usage accru du riz de la vallée du fleuve et du Sud ou au moyen de cultures contre saison. Mais le pouvoir en place refuse un débat sans parti pris sur la question de l'agriculture, qui souffre en particulier des maux suivants : la baisse du revenu du paysan, l'utilisation insuffisante des intrants agricoles, la saturation et la dégradation des terroirs, l'accès difficile au système de crédit, la non-disponibilité des semences en qualité et en quantité, l'exode rural avec comme corollaire le vieillissement des chefs d'exploitation, l'obsolescence du matériel agricole et les insuffisances du fret pour les produits horticoles.

Le Bureau politique constate que la politique d'abandon du monde rural, par Maître Wade, est, de toute évidence, une conséquence de ses options ultra libérales, visant à transformer le Sénégal en un grand bazar informel, désincarné et désarticulé par rapport au système de production et de consommation nationale. La déstabilisation programmée des organisations syndicales et corporatives, y compris au niveau du patronat, obéît à cette logique d'anéantissement de toute forme de résistance.

Le Bureau politique estime que l'instrument de la conquête du pouvoir politique repose sur le large rassemblement de toutes les forces progressistes, socialistes et de gauche autour d'une vision programmatique, fondée sur les principes du mérite, du partage et de la solidarité. L'A.F.P affirme son attachement à la mobilisation de toutes ces forces autour d'un vaste front d'une gauche unitaire, dynamique et cohérente, pour faire face victorieusement aux dérives de la politique économique et sociale du gouvernement de Maître Wade et faire renaître l'espoir et la flamme de la renaissance nationale.

Abordant le dernier point de son ordre du jour, le Bureau politique a approuvé le réaménagement du calendrier des manifestations politiques et culturelles de l'Appel du 16 juin et exhorte les structures régionales à se mobiliser pour que, dans leur localité respective, cette célébration puisse provoquer le début de l'ère du grand rassemblement des forces de la renaissance et de la Réforme.

Enfin, le Bureau Politique se réjouit des brillantes performances de l'Equipe nationale et félicite les Lions de la Téranga pour leur qualification aux quarts de finale du Mundial. Le Bureau Politique formule des prières pour d'autres victoires de notre Equipe nationale.

Dakar, le 20 juin 2002

Le Bureau Politique de l'AFP