Conférence de presse du Secrétaire Général du parti,
M. Moustapha Niasse, sur la situation du Sénégal

Dakar, le 20 mai 2008

Déclaration liminaire

 

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais, tout d'abord, vous exprimer mes remerciements pour avoir répondu à l'invitation que la Direction du parti vous a adressée, à l'occasion de cette Conférence de presse.

Notre rencontre de ce jour se tient, comme vous le savez, dans un contexte singulier.

L'actualité politique nationale est dominée, depuis plus de deux années, par des controverses successives, des polémiques très stériles et des querelles de bas niveau, le tout suscité, entretenu et exacerbé par le pouvoir en place. Celui-ci, au lieu de s'attacher à poser des actes et à réaliser, les uns après les autres, les modules du travail que le peuple attend de lui, préfère, malheureusement, se mouvoir dans la diversion, créer, chaque semaine, un évènement qui focalise les pensées, les interrogations et l'attention des Sénégalais.

Les priorités qui interpellent la nation, les préoccupations du peuple, la mise en œuvre des mécanismes de gouvernement permettant de conduire un pays vers la prospérité, le bien-être, le bonheur, sont classées au dernier rang, lorsque des projets à effets d'annonce sont déroulés, dans l'esprit du peuple, sans aucun lendemain, parce qu'il ne s'agit que de promesses en l'air qui ne sont nullement en adéquation avec les réalités et les moyens dont dispose notre pays.

Les finances du Sénégal, aujourd'hui, sont au bord du gouffre. Les Sénégalais le savent et en vivent les conséquences. Nos partenaires extérieurs et les bailleurs de fonds en confirment la réalité. La cherté du coût de la vie, le poids de la fiscalité sur les citoyens, au moment où les tenants du pouvoir n'acceptent aucune limite dans les dépenses publiques, déstabilisent le Sénégal. Les hausses successives et surprenantes du prix du carburant, décidées en catimini, ne peuvent trouver de justification dans la seule tendance à l'envolée des prix du brut. Pourquoi des pays africains de la zone, qui n'ont pas de port arrivent-ils à maîtriser le rythme la spirale inflationniste, à la pompe ? Evidemment, les usagers sénégalais vont en payer les conséquences, avec la hausse des tarifs du transport.

Il y a exactement un an à l'occasion du 8ème Anniversaire de la Déclaration du 16 Juin 1999, qui a été à l'origine de la création de notre parti, je tirais, solennellement, sur la sonnette d'alarme, en indiquant que les grands travaux d'infrastructures routières concentrées à Dakar, dans la zone jouxtant l'Océan Atlantique et sur la VDN, ouvraient la voie à l'accroissement de la pauvreté des populations du Sénégal, à l'alourdissement de l'endettement des pouvoirs publics vis-à-vis du secteur privé, notamment, dans les BTP et que l'impact de ces infrastructures ne réglerait pas la question de la mobilité urbaine, bien au contraire, à part un léger privilège de circulation pour les riverains. Sans plus. Il suffit de se rendre à la sortie du troisième toboggan de la VDN, en face du Relais, sur la route de Ouakam, pour voir, tout au long de la journée, les engorgements qui se produisent dans cet entonnoir, au grand détriment des usagers, tout simplement parce que les études techniques nécessaires n'ont pas été entreprises par des spécialistes.

Par ailleurs, l'avenir du Sénégal avait été suspendu à la tenue, annoncée à grand bruit, du Sommet de l'OCI qui, nous l'avons souvent rappelé, n'était et ne pouvait être qu'une rencontre de Chefs d'Etat et de Gouvernement. Les faits ont ramené la vérité en surface. Ce Sommet a vécu et les Sénégalais en attendent encore les résultats et les retombées qui leur avaient été promis. Nous attendons encore.

Je ne perdrai pas du temps à évoquer dans cette introduction liminaire la nouvelle trouvaille qui porte le nom de GOANA, parlant d'abondance quand tout fait défaut et de grande offensive quand le régime en place a perdu toute capacité d'innovation dans la prise en charge des difficultés actuelles de l'agriculture sénégalaise, du secteur alimentaire, de l'éducation, de la santé, de la paix en Casamance et de la nécessité d'inscrire la jeunesse de notre pays dans le chemin d'une responsabilisation et d'un traitement humain susceptible d'armer, pour demain, les élites et les populations de valeur et de vertu qui sont aujourd'hui violemment batues en brèche et cela chaque jour que Dieu fait.

Le démantèlement de la filière arachidière, que la chimère des projets de Me Abdoulaye Wade, a l'ambition de faire oublier, a conduit l'économie de notre pays dans une situation dont les effets pervers sont encore présents, drastiquement, dans les zones rurales et aussi, par voie de conséquence logique, dans les villes.

Les 2 kgs de riz qui ont été alloués, par personne, dans les zones rurales, depuis quelques semaines, et qui proviennent, semble-t-il, des 10 Milliards annoncés en faveur des paysans, feraient sourire si le pays ne se trouvait pas dans une situation de famine. Il convient de rappeler qu'un tunnel de moins de moins de 300 mètres à Soumbédioune a coûté 10 Milliards cfa, c'est-à-dire le même montant alloué à tous les paysans du Sénégal. De même, les travaux de réalisation d'un Monument dit de la Renaissance Africaine coûteront 10 Milliards.

Depuis quelques jours, une intervention d'un Représentant à Dakar des Institutions de Bretton Woods, a déclenché un séisme psychologique dans les cerveaux des gouvernants du Sénégal. Les démentis succèdent aux mises au point qui, pourtant, disent la même chose, avec une phraséologie différente, sur la santé chancelante de l'économie sénégalaise. Il s'agit de malgouvernance dont la responsabilité incombe exclusivement à Me Abdoulaye Wade, par la façon dont il gère le Sénégal, par son absence de vision et d'ambition pour notre pays, par sa méconnaissance des mécanismes et procédures qui servent de base à la maîtrise des dossiers prioritaires d'un Etat, dans la transparence, la sérénité, le détachement, l'objectivité, le sérieux, le savoir-faire et la compétence. Et, en plus, une dose de générosité envers le peuple, dans toutes les couches qui le composent.

Lorsqu'un Chef d'Etat en arrive à s'attaquer, successivement, en l'espace d'une année, au mode de fonctionnement de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest et au statut juridique que portent les fonds de cette Institution de coopération financière régionale, lorsqu'il s'attaque à la FAO, Institution spécialisée des Nations Unies, dont le fonctionnement échappe totalement au droit interne des Etats et qui ne peut, en aucune manière, être traduite en justice à la faveur d'une quelconque plainte, quand le Sénégal contribue au budget de cette Organisation, à un niveau de 0,004 %, comme l'a souligné le Directeur Général de la FAO, quand ce Chef d'Etat tente d'affaiblir l'ASECNA par des subterfuges que ne reconnaissent pas le Droit international ni l'Accord de Tananarive créant cette Agence, il y a danger de discrédit de tout un pays. Certes, le Sénégal peut réclamer et obtenir, à condition qu'il respecte les pratiques diplomatiques en la matière, la rétrocession de certains droits de gestion des infrastructures aéroportuaires. Cela dit, il faut rappeler que le contrôle des espaces aériens des Zones d'Information en Vol (Flying Information Region), relève, dans le monde entier, des synergies organisées en Association, par le biais de Traités internationaux. Il en est ainsi de tous les espaces aériens des pays membres de l'Organisation Internationale de l'Aviation Civile (OACI) et de l'IATA, Association Internationale des Transports Aériens.

La privatisation controversée du Port de Dakar n'a pas encore été conduite à son terme. Et voilà que ceux qui se trouvent à la tête de l'Etat, sous la férule de Me Abdoulaye Wade, s'entêtent dans un processus opaque de privatisations des actions appartenant à la puissance publique dans le capital de la SONATEL.

Des journaux quotidiens et des hebdomadaires sénégalais ont évoqué, la semaine dernière et avec pertinence, ce dossier. Ils se sont inquiétés, à juste titre, sur la manière dont ce dossier est conduit, sur les faces cachées de cette affaire et sur le grand risque qui existe de voir brader, encore une fois, un élément important du patrimoine du Sénégal, ce patrimoine appartenant au peuple.

En effet, chaque année, à la faveur de ces actions, l'Etat sénégalais engrange 25 milliards cfa de dividendes, qui sont versés au Trésor. Vouloir céder à des privés un tel patrimoine est un acte grave. Et ce ne sont pas seulement les employés de la SONATEL qui sont concernés par une telle opération, mais c'est tout le peuple. Aucune banque étrangère ou nationale, quelles que soient ses capacités financières, son envergure ou son renom, n'a le droit de se faire le complice d'une telle forfaiture.

Aucun Sénégalais, quel que soit son rang et quelle que soit sa position dans la nomenclature politique ou économique de notre pays ne saurait s'arroger le droit de commettre un tel acte à son profit, au profit d'un allié, au profit d'un partenaire, en aliénant, de manière aussi irresponsable, un élément important parmi d'autres du patrimoine nationale. Et nous devons tous demeurer vigilants.

Des mesures s'imposent, et très rapidement, face à la situation générale qui se dégrade et qui menace gravement tous les acquis et même les conditions présentes et futures sans lesquelles le Sénégal ne pourra pas sortir du sous-développement.

Nous devons laisser de côté les querelles intempestives qui n'intéressent pas les Sénégalais. Ils ont d'autres priorités. Il est vrai que lorsque les provocations se multiplient, que les affabulations prolifèrent, que les mensonges se répètent et se répandent, tout citoyen a l'obligation de rétablir la vérité, dans le respect des convenances morales, pour éclairer le peuple et lui redonner la preuve que nombreux sont les Sénégalais qui refusent de vendre leur âme au diable, parce qu'ils croient en Dieu, parce qu'ils croient dans les valeurs que sont le travail, la persévérance, le sens de l'intérêt général.

C'est pour toutes ces raisons que l'opposition sénégalaise, réunie au sein du Front Siggil Senegaal, s'est mobilisée aux côtés du peuple, la main dans la main, pour redonner à ce pays ses chances de se rétablir, de retrouver sa dignité et de relever les défis liés à un destin que nous partageons tous.

Pour finir, nous estimons que :

1. toutes les dispositions nécessaires doivent être prises pour apporter aux populations les plus défavorisées un soutien direct et effectif de l'Etat et des Collectivités Locales pour les sortir de la situation de désarroi et de grande pauvreté qu'elles vivent actuellement ;

2. que des réajustements budgétaires réalistes et opportuns soient élaborés et mis en œuvre, dans des délais très courts, en dégageant et en mettant en mouvement les vraies priorités, avec, conséquemment et immédiatement, la réduction du train de vie de l'Etat et l'arrêt définitif des politiques de gabegie et de gaspillage des ressources nationales ;

3. que soit créé un Fonds budgétaire d'ajustement structurel de 300 milliards au moins, sur une période de trois années, Fonds qui sera alimenté par le prélèvement d'une partie des recettes douanières tirés des produits chimiques entrant au Sénégal, le prélèvement sur les recettes douanières provenant des produits alimentaires importés, et en affectant 50 % de la dotation des crédits de carburant et de téléphone des ministères, de l'Assemblée Nationale, du Sénat et, évidemment, en commençant par la Présidence de la République et les services qui lui sont rattachés ;

4. dans la même démarche, que soit suspendu le retour annoncé du Conseil Economique et Social ;

5. que les Agences qui prolifèrent, çà et là, dans l'espace public et dans la gestion du développement du Sénégal, soient purement et simplement supprimées et que les missions qui leur sont assignées retournent dans les ministères dont relèvent les activités qu'elles sont censées mener. Leurs budgets actuels seront réduits et refondus dans le budget général de l'Etat, étant entendu que les économies réalisées financeront le Fonds ;

6. que les salaires des députés et des sénateurs soient revus et qu'un système de paiement d'indemnités de session puisse être étudié rapidement, en attendant la suppression du Sénat.

Le Fonds Budgétaire d'Ajustement Structurel servirait, en priorité, à financer l'apaisement du front social, à soutenir les prix de certaines denrées de première nécessité dont le gaz butane, le pain, le riz, le lait, le savon, les céréales. Les prix de l'électricité, du sucre et de certains autres produits doivent être surveillés de très près, pour alléger leur poids sur les ménages. Au surplus, la dette intérieure doit être épongée dans un délai très court, et le monde rural doit recevoir un soutien effectif de 100 Milliards minimum, chaque année et sur une période de trois ans.

Le nombre des membres du Gouvernement doit être réduit à 22, avec de vrais ministères et toute fonction de prétendus ministres conseillers doit être supprimée.

Les voyages innombrables de Me Abdoulaye Wade doivent être réduits.

Mesdames, Messieurs,

Voilà les questions, importantes parmi d'autres, qui me paraissent pouvoir servir de repères à nos échanges d'aujourd'hui. Nous nous retrouvons, ici, en tant que Sénégalais, citoyens d'un même pays.

Nous devons, pour sauver notre pays, nous retrousser tous les manches, afin que le travail des Sénégalais, leur engagement patriotique, leur volonté légitime d'aller vers le progrès, ne soient pas de vains mots.

Les Assises nationales, qui s'ouvriront dans quelques jours, constitueront, sans aucun doute, le cadre idéal pour prendre en charge les urgences de ce pays, communiquer avec le peuple, proposer des solutions appropriées sur tous les plans, dans l'esprit et conformément à la lettre des lois sénégalaises.

Me Abdoulaye Wade a été appelé à y prendre part.

Le peuple jugera.

Nous pouvons réussir.

Je vous remercie.