Lettre d’Oyo

par Moustapha Niasse, ancien Premier Ministre du Sénégal,

Secrétaire Général de l’AFP

 

Mes chers Compatriotes, 

Aujourd’hui, la situation porte les enjeux et les ambitions de tout un peuple. 

Le Sénégal se trouve à la croisée des chemins.  

Il en est ainsi lorsque les phénomènes de la vie et les évènements  qui créent un contexte générateur d’espoir sur l’avenir, interpellent la conscience d’une nation et lorsque le sursaut moral et l’appel du destin constituent les seules voies de salut. 

Dans sa glorieuse histoire, et cela depuis des siècles, le Sénégal a administré la preuve, dans la constance, de son aptitude à relever les défis. 

Appelé à prendre part, dans quelques jours, à Istanbul, en Turquie, à une Session des Ambassadeurs de l’ONU pour l’Alliance des Civilisations, j’ai effectué une bifurcation de solidarité et de fraternité auprès de la famille Sassou Nguessou, au Congo, dans le but de partager le deuil, après la disparition d’une personne qui nous est chère, Madame Edith Lucie Bongo Ondimba. 

Pour ces raisons là, j’ai dû quitter momentanément le Sénégal. 

De la localité d’Oyo, je lance le présent appel aux démocrates de mon pays, et en particulier à tous les camarades et partenaires qui dirigent la Coalition Bennoo Siggil Senegaal pour que, tous ensemble, nous acceptions d’assumer, avec grandeur, avec panache, le sens et la portée du résultat populaire du scrutin des locales du 22 mars 2009 et l’espoir que les Sénégalais ont fait renaître, si clairement, en appelant de tous leurs vœux l’unité de l’opposition démocratique. 

Ayant gagné ensemble, l’obligation qui s’impose à nous est de gérer ensemble. 

Il s’agit d’une responsabilité induite par la nature et la signification du scrutin du 22 mars 2009.

 Par la concertation, le sens de la mesure et la capacité d’investir dans l’avenir, il nous incombe le devoir de nous dépasser, chacun en ce qui le concerne, et de tourner le dos, résolument, à des propensions, à des ambitions personnalisées, lesquelles ne peuvent trouver leur inspiration que dans une démarche à courte vue. 

J’ai la conviction profonde que les leaders des partis politiques composant notre Coalition sont capables d’effectuer ce dépassement. 

C’est pourquoi, la préservation, la protection et la consolidation de notre unité constituent un impératif catégorique. 

C’est aussi la raison pour laquelle, étant en mesure de relever ce nouveau défi, nous devons nous tenir la main, forts, les uns et les autres, du soutien actif des populations rurales et urbaines, qui viennent de prendre la décision  de nous confier des programmes précis et des objectifs pertinents susceptibles de promouvoir le développement local et, plus tard, le redressement global du Sénégal. 

Donnons, dans les circonstances présentes, une nouvelle preuve de la conscience que nous avons prise et que nous entendons assumer, pour mériter la confiance que le peuple sénégalais vient de placer en nous. 

Ne donnons pas à nos adversaires l’occasion de railler sur des divergences qui ne sont, en fait, que de superficie. Les sicaires ne sont pas de notre bord. Les hommes pressés non plus. La patience et la persévérance dans nos entreprises, la capacité de nous élever au dessus des contingences artificielles, doivent être les sources inépuisables de notre engagement renouvelé au service de l’essentiel, c’est-à-dire contribuer, ensemble, au retour des valeurs cardinales qui sont celles de notre peuple et qui sont grandement menacées. 

Dans cet appel à la conscience des Sénégalais, je ne saurais oublier nos compatriotes, hommes et femmes, établis à l’étranger et qui ne cessent de penser, intensément, à notre pays. 

Joignons nos prières, les mains tendues vers Dieu, à celles du peuple profond, dans nos villages, dans nos villes, dans les Mosquées, dans les Médersas du Sénégal, dans les Séminaires et Monastères de notre cher pays. 

Pour que le Sénégal debout emprunte résolument le chemin du développement concerté et du progrès, au profit de toutes et de tous.

 

                                                                           Moustapha Niasse