Déclaration de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général de l'AFP
sur la situation politique et économique nationale

Dakar, le 5 mai 2009

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Au lendemain des élections locales du 22 mars 2009, l'espoir a commencé de renaître dans l'esprit et dans le cœur des Sénégalais.

Cette date marque, pour notre pays, le début d'une étape de renaissance des valeurs qui ont toujours fait la force du Sénégal, à savoir la foi en Dieu, l'attachement au culte de l'effort, la clairvoyance et le courage, le don de poser des actes significatifs dans la vie de chacun, quand les impératifs de l'heure appellent chaque citoyen à se remettre en cause, à se redresser et à faire face.

Les observateurs nationaux et internationaux ont retenu, avec attention, toutes les manipulations, les marchandages, l'achat des consciences et le rôle pernicieux de moyens illégaux utilisés pour tenter de modifier le sens et la portée du suffrage des électeurs qui voulaient, avec sincérité, un changement profond dans le mode de gouvernance de notre pays, en commençant par les grandes villes passées entre les mains de la Coalition Bennoo Siggil Senegaal, plusieurs municipalités de l'intérieur et de nombreuses collectivités locales.

Le pouvoir en place, sous la direction personnelle de Me Abdoulaye Wade et par le biais des mécanismes inventés par son régime, n'a rien négligé pour tenter de vider le résultat de ce scrutin de tout contenu et de tout sens. Malgré tout, la Coalition Bennoo Siggil Senegaal a su résister, en mettant en place de nouvelles directions exécutives à la tête des collectivités qui lui ont été attribuées, par le peuple souverain, à l'issue du scrutin du 22 mars 2009.

Nous nous trouvons donc à l'orée d'une série de nouvelles légitimités induisant la poursuite des ambitions qui nous animent et qui doivent nous permettre de ramener dans notre pays la volonté de travailler et de réussir, au service du plus grand nombre, sur la base des valeurs républicaines gravement menacées et du devoir national de relever les défis, et tous les défis.

Le régime de Me Abdoulaye Wade, malheureusement, continue d'utiliser, sans limite, des méthodes surannées de diversion et de manipulation, faisant perdre au peuple son temps, en éprouvant sa patience.

Le 1er mai 2009, alors que le monde entier célébrait une date historique incarnant la lutte des travailleurs pour défendre leurs droits, protéger les acquis sociaux, contribuer aux équilibres sans lesquels aucun développement n'est envisageable, un remaniement ministériel, annoncé avec une large publicité, a retenu l'attention des auditeurs. Ce remaniement intempestif a détourné celle-ci de l'évènement que constitue cette fête des travailleurs, dans le seul but de faire passer au second plan des revendications sociales et les doléances de ceux qui, jour et nuit, se consacrent à la production de biens et services, sans recevoir, en échange, une juste rémunération de leurs efforts.

Tout est entrepris, présentement, pour limiter le débat public à un espace politicien sur l'identité des promus, leur itinéraire, leurs capacités supposées, leurs ambitions étriquées ou leurs intentions cachées. Rien de tout cela n'intéresse les Sénégalais. Il s'agit, ni plus ni moins, pour Me Abdoulaye Wade et son régime, d'utiliser, encore une fois, des pratiques totalement étrangères au bien public et à l'éthique républicaine. La nomination d'un premier Ministre, la formation d'un nouveau gouvernement pléthorique de plus de trente membres, les nouvelles promesses qui seront sans lendemain, rien de tout cela ne permettra aux Sénégalais de voir baisser - alors que cela est tout à fait possible - les prix des denrées de première nécessité, le coût de l'énergie pour les ménages et pour les sociétés, la cherté des produits pétroliers si nécessaires au fonctionnement des secteurs du Transport, de l'Industrie, des PME, de la Santé et de l'Education, c'est-à-dire, en définitive, de tout le pays.

Que de temps perdu dans ce débat stérile qui occupe, depuis bientôt quatre à cinq années, l'espace artificiellement créé où certains tentent de construire un schéma peu orthodoxe de succession de Me Abdoulaye Wade ! Cette question ne cesse d'empoisonner l'atmosphère, de parasiter les priorités économiques et sociales de notre pays, car le monde paysan, les travailleurs du secteur privé, les fonctionnaires de l'Etat, les agents du secteur parapublic, les chômeurs et les jeunes sur le marché de l'emploi se trouvent confrontés à de multiples difficultés que le pouvoir de Me Abdoulaye Wade n'essaie de gérer ou de régler que par d'inutiles provocations, des slogans sans lendemain et des attitudes irresponsables de vaines gesticulations et de populisme débordant.

Dans ce cadre s'inscrit le dossier qui risque de provoquer le dépôt de bilan d'Air Sénégal International, et qui crée une situation tout à fait inadmissible, inacceptable et anormale.

Le contentieux concernant Air Sénégal International ne devrait pas se situer entre un Etat, l'Etat du Sénégal et une Compagnie aérienne, Royal Air Maroc. En face de Royal Air Maroc, il devrait y avoir une entité autre que l'Etat sénégalais, lequel ne doit avoir pour interlocuteur, en la circonstance, que l'Etat marocain.

Ainsi, ce sont les deux Etats qui doivent entreprendre les diligences nécessaires et se situer au niveau le plus élevé que porte l'esprit de la coopération, de l'amitié et des intérêts mutuels de deux gouvernements, de deux pays souverains, amis depuis très longtemps, pour rechercher, ensemble, les solutions les plus convenables dans le but d'assurer la remise à niveau et le salut d'Air Sénégal International. Puisqu'il s'agit d'un endettement de 30 milliards de francs CFA, ce dossier doit être gelé, faire l'objet d'un examen et d'un contrôle menés en commun. Dans l'urgence et en attendant que ce contrôle soit mené à son terme, chacun des deux Etats, au nom des liens particuliers qui les unissent, pourrait débloquer un financement de 15 milliards de francs CFA, soit 30 milliards au total, et éponger immédiatement les dettes de la Compagnie pour faire redémarrer celle-ci sur de nouvelles bases. Une Compagnie aérienne ne peut, sans que soient violées les règles de bonne gestion et les principes juridiques en vigueur, négocier directement, avec un Etat, sur un contentieux de cette nature et de cette importance.

Il en est de même s'agissant de la situation créée à la SONATEL, avec l'idée conçue par l'Etat sénégalais, de vendre ou de nantir, pour un montant de 200 milliards de francs CFA, 9,87 % des actions de cette société au profit de France Télécom, pour la vente de ces actions, ou au profit d'un tiers pour l'hypothèse du nantissement des mêmes actions. Il existe dans l'espace de la coopération financière internationale des mécanismes appropriés, pour tout Etat, en vue de trouver des ressources additionnelles ne figurant pas au budget annuel de l'Etat, dans des cas d'extrême urgence, ces mécanismes étant ouverts, à tout moment, s'il existe, au niveau de cet Etat, suffisamment de crédibilité dans ses relations avec les bailleurs de fonds ou avec les Institutions spécialisées. L'exemple pourrait être multiplié par dix, si l'on pense à la recapitalisation des ICS, la cession dans des conditions nébuleuses de parties importantes de la réserve foncière de l'Etat sénégalais au profit de soi-disant partenaires des pays du Golfe, dans la zone des Almadies, sur l'ancien champ de tir, à Ouakam et autour de la soute à munitions située au bas du phare des Mamelles, ou dans les terroirs agricoles de la Région de Kédougou.

Notre position sur toutes ces questions est claire.

Le pouvoir doit revenir au peuple. Notre combat doit se poursuivre au service de la démocratie, de la bonne gouvernance, de la transparence dans la gestion du bien public, contre la corruption, le laisser-aller, les faux fuyants et les faux semblants, le laxisme, la légèreté et le gaspillage.

Notre pays est en danger, il n'est pas dirigé avec les fondements de l'éthique républicaine qui constituent les remparts solides et durables d'un Etat moderne et démocratique. Si nous ne prenons garde, si nous ne faisons pas attention, tout peut arriver au Sénégal.

C'est pour toutes ces raisons que je lance un appel solennel à tous nos compatriotes, de l'intérieur comme de l'extérieur, pour qu'ils se mobilisent, par la réflexion et par l'action, dans le but de changer, ensemble, comme la Constitution nous en donne le droit, cette situation gravement préjudiciable à tous.

Les résultats encourageants du 22 mars 2009 doivent, dans ce cadre, être considérés comme l'annonce de nouveaux combats pour faire triompher le droit des Sénégalais de s'exprimer librement et d'entreprendre les efforts nécessaires pour combattre les dérives qui se déroulent sous nos yeux, chaque jour et leurs conséquences sur la vie des citoyens.

 

Fait à Dakar, le 5 mai 2009

 

Moustapha Niasse