Conférence de presse de M. Moustapha Niasse,

Ancien Premier Ministre, Secrétaire Général de l’Alliance des Forces de Progrès

Sur la situation nationale au Sénégal

Dakar, le 13 janvier 2010

 

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais, à l’entame de cette conférence de presse, vous souhaiter la bienvenue et vous remercier d’avoir bien voulu répondre à notre invitation de ce matin.

Nous sommes au début d’une année nouvelle, dont nous espérons qu’elle sera une année de bonheur, de satisfactions multiples, de succès renouvelés. Cette espérance traduit les vœux que je voudrais former pour tous les Sénégalais, mes compatriotes, hommes, femmes, jeunes, personnes du 3ème âge que lie, solidement, notre commune appartenance à ce pays et à cette nation que nous voulons voir baigner et évoluer dans la paix, la solidarité, la sécurité et le bonheur.

Je dis donc à tous et à chacun bonne année 2010.

La présente conférence de presse avait été programmée pour la quatrième semaine du mois de décembre 2009.

Un concours de circonstance et l’accentuation des urgences de l’heure liées au développement de l’actualité politique, aux situations créées par le pouvoir en place en direction des Imams d’une part puis, de la communauté chrétienne d’autre part en ont retardé la tenue.

Le Sénégal, notre pays, se trouve dans une situation exceptionnelle de crise aigue et profonde touchant toutes les familles dans leur vie de chaque jour, dans leur travail, dans leur état de santé, dans l’éducation de leurs enfants, dans leur environnement social et jusqu’au rêve de dignité, d’honneur et de grandeur qu’ils ont la légitimité de caresser.

Je vous donne la citation de Fénelon s’adressant, en 1694, au Roi Louis XIV, Roi de France : « Sire, vous avancez, les yeux bandés, vers le précipice, portant sur votre dos votre peuple souffrant. Vous n’avez, comme arme, que l’orgueil qui vous habite et vos ambitions qui ne dépassent point votre personne ». Et Fénelon d’ajouter : « Les fermes ne produisent plus, les vaches n’ont plus de lait, les artisans vivent dans l’ennui faute de travail, les métayers et les fermiers croulent sous les impôts ». Il soulignait, enfin, votre pays se meurt du dedans et perd le respect dont il bénéficiait du dehors.

Quand nous observons ce qui se passe au Sénégal, nous constatons, avec stupeur, que le régime en place a conduit le peuple dans la même situation que celle que Fénelon décrivait vers la fin du XVIIème siècle.

En concevant l’idée de cette conférence de presse, il y a quelques semaines, mon sentiment était et demeure que sur le long chemin de notre combat partagé au service du Sénégal, il était nécessaire, plus que jamais et à chaque étape, de s’arrêter un moment, de faire le point et de repartir de plus belle vers des espaces nouveaux d’idées, de projets et d’actions.

Sans relâche, nous le devons à ce pays qui nous a tout donné et à qui nous devons tout. Lorsque, comme beaucoup de nos compatriotes, j’ai suivi, pendant une heure d’horloge, le Message de fin d’année du Chef de l’Etat aux Sénégalais, je me suis dit qu’il était temps de reprendre le dialogue direct avec le peuple, essentiellement sur les dossiers qui marquent la plus grande partie des souffrances que nous subissons tous, dans la pratique de nos libertés collectives et individuelles, sur le plan social et dans l’économie domestique aujourd’hui au bord du gouffre, dans un environnement de grande pauvreté, de pénuries généralisées et de frustrations cumulées, à tous les niveaux.

Evidemment, la mal gouvernance qui est, chaque jour, servie aux populations conduit celles-ci à de nouveaux combats et à des raisons nouvelles de se tenir la main pour combattre un pouvoir, un régime, un système politique arrivés au bout du rouleau et qui ne gouverne plus que par la violence, la légèreté, l’injustice et une absence de vision.

Aucun pays au monde ne peut se développer s’il ne parvient, au préalable, à la maîtrise du secteur de l’énergie, de celui des transports et de celui de l’agriculture, entre autres.

Je voudrais évoquer avec vous les raisons qui fondent l’arriération du Sénégal dans le domaine de l’énergie, pour expliquer les mécanismes par lesquels des comportements et des mesures exclusivement au service de pratiques de mauvaise administration et de corruption, plombent le développement du secteur énergie au Sénégal. Quand on parle d’énergie, il s’agit, principalement, du fonctionnement de la Sénélec. En 1996, à la suite d’un appel d’offre international lancé par le Gouvernement sénégalais, la Société GTI avait signé avec les autorités de notre pays un contrat B.O.T., sur la période 1996 – 2015, dans le but de prendre en charge la production, le transport et la distribution de l’électricité au Sénégal. A cet effet, la Société GTI a construit des bâtiments et a installé des équipements destinés à remplir cette mission, moyennant une rémunération mensuelle de 800 millions de francs cfa. De 1996 à 2000, ce contrat a fonctionné et même conduit à de nouvelles perspectives vers la maîtrise progressive de la production et la fourniture d’énergie électrique dans notre pays. Par le fait d’actes hasardeux et en porte-à-faux avec les dispositions contractuelles posées dans l’Accord GTI-Gouvernement du Sénégal, le volet approvisionnement en combustibles a été distrait du contrat et géré, non pas par la Sénélec directement, mais par des manipulations parallèles, pour des raisons que l’on devine aisément. Au point que, depuis plusieurs années et bien que GTI perçoive mensuellement les 800 millions prévus, cette société ne participe plus, comme il se devait, à la production et à la distribution de l’électricité dans le pays. De même, les approvisionnements dont le volume est passé de 15.000 tonnes/mois à 30.000 tonnes/mois, d’une valeur de 7 milliards/mois à 14 milliards/mois présentement, ne se font que de manière irrégulière, pour des raisons opaques, du fait que la Sénélec ne semble avoir aucune prise sur cet espace de décision concernant son fonctionnement et sa survie, les décisions se prenant en amont au niveau des services de tutelle.

Le manque de fuel, en volume suffisant et de manière régulière, se trouve à l’origine des délestages fréquents qui hantent la vie des populations, de manière presque permanente.

La hausse du prix de l’électricité liée à ce phénomène d’un service non satisfaisant en qualité et discontinu quand la mauvaise gestion financière des circuits d’approvisionnement en combustibles permet tous les abus et tous les détournements dans une totale opacité. GTI ne produisant plus de courant électrique, ce sont des producteurs privés qui fournissent à la Sénélec l’électricité qu’elle vend aux consommateurs avec toutes les marges que l’on devine et qui alourdissent les factures.

Je ne m’étendrai pas davantage sur ce dossier. Pendant les discussions, nous pourrons approfondir le débat.

Il y a des solutions, en deux temps, à court terme d’une part à moyen et long termes d’autre part. A court terme, il faut rendre à la Sénélec la plénitude de ses responsabilités et la liberté de fonctionner conformément aux règlements en vigueur en matière de transparence dans la gestion, de rigueur dans les prestations de service public et de contrôles successifs. Une telle mesure est réalisable, si le souci de bonne gouvernance de l’entreprise conduit les décideurs en amont à cesser de vouloir diriger cette société eux-mêmes, à la place de ceux qui ont été nommés à cet effet.

A court et à moyen termes, il s’agit de mettre en œuvre une politique de décentralisation vers les régions des équipements de production d’énergie. Huit centrales régionales de 30 mégawatts combleront, avec une production d’environ 240 mégawatts, le déficit énergétique que nous connaissons présentement. L’idée d’une centrale à charbon, avec la même production, posera inévitablement le difficile problème de la disponibilité de la matière première qu’il faudra aller chercher jusqu’en Afrique du Sud et des inévitables problèmes d’environnement et de pollution qui vont en résulter. Avec 500 millions de dollars US et bien loin des 500 milliards de francs cfa annoncés par le pouvoir en place, et par le système B.O.T., ce problème peut être réglé, sans qu’il donne lieu à des détournements de fonds ou des déperditions en route prenant le chemin de paradis fiscaux dans le monde.

Je ne saurais terminer sans évoquer, dans cette première partie, une question qui est agitée de manière récurrente dans les débats, concernant un enrichissement supposé de ma part sur des contrats d’Etat à Etat opérés par une ou des sociétés privées que je contrôlerais.

Comme vous vous en doutez bien, je m’inscris totalement en faux contre ces accusations calomnieuses et sans fondement. Pas une goutte de pétrole n’est offerte à qui que ce soit dans le monde, et jamais je n’ai eu à vendre ni à acheter du pétrole pour le compte du Sénégal, ni directement ni indirectement. Avec des partenaires sénégalais et étrangers, j’ai participé, en 1986, à la création de la Société ITOC-S.A., qui est dirigée par M. Abdoulaye Diao, Ingénieur des Pétroles. M. Diao, qui vit au Sénégal, saura répondre, si vous le désirez, à toutes demandes d’informations que vous pourriez demander sur les relations de cette société avec l’Etat sénégalais.

En ce qui me concerne, je suis bel et bien dans le secteur des activités pétrolières, mais jamais je n’ai travaillé dans ce domaine au Sénégal. J’appartiens à d’importantes sociétés internationales et j’en préside même certaines, en tant qu’Actionnaire et Administrateur, dans le strict cadre de la loi et dans la plus grande transparence. Ces sociétés ne sont ni dans la distribution ni dans la commercialisation du pétrole ; elles s’occupent d’exploration et d’extraction de pétrole brut. Tout le reste est affabulation et malveillance.

Sans verser dans une polémique inutile, je me ferai un devoir de vous expliquer dans le cours de nos débats que j’espère fructueux, comment ces contrats dits d’Etat à Etat fonctionnent.

Pour le reste, le combat que nous menons, nous entendons le poursuivre malgré les complots, les rumeurs savamment distillées par des commanditaires et leurs affidés et les persiflages sournois provenant de ceux qui savent que les Sénégalais leur ont tourné le dos et qui ne gouvernent plus que par l’agressivité, la violence, le piétinement des principes et des lois, les promesses sans lendemain et les provocations répétées contre le peuple.

Mais ces attitudes n’entameront en rien notre volonté inébranlable de puiser, dans les vertus et valeurs de ce peuple qui nous est cher, pour scruter et bâtir avec lui, par la grâce de Dieu, un avenir commun, qui fasse écho à l’immense espoir du 19 mars 2000.