AFRICAN NEW VISION

Conférence sur la situation au Sénégal

et les perspectives d’avenir

 

Construire ensemble le Sénégal de demain

 

Par M. Moustapha Niasse

Ancien Premier Ministre du Sénégal, Secrétaire Général de l’AFP

Ancien Envoyé Spécial du Secrétaire Général de l’ONU sur le processus de paix en République Démocratique du Congo

Membre du Haut Comité de l’ONU pour l’Alliance des Civilisations

Membre de la Fondation Mondiale  pour le Leadership

 

Washington D. C., le 25 juillet 2010

 

« L’histoire est implacable pour les peuples découragés qui s’abandonnent à la résignation devant un chef. N’abdiquez entre les mains de quiconque, votre sureté, votre liberté, votre dignité ». Gaston Monnerville.

 

Excellences Mesdames, Messieurs,

Chers Participants,

Je voudrais, à l’entame de cette communication, adresser un salut chaleureux à toutes celles et à tous ceux qui ont eu l’amabilité de se joindre, ce jour, aux organisateurs de cette Conférence consacrée au Sénégal, au contexte dans lequel notre pays évolue aujourd’hui et aux perspectives d’avenir dans lesquelles il est souhaitable de s’inscrire pour le sortir de l’enlisement dans lequel il est profondément plongé.

Aux organisateurs de cette Conférence et au bureau de African New Vision, en particulier à son Président, M. Bocar Moussa Bâ, je tiens à exprimer ma gratitude, car ils ont eu l’amabilité de porter leur choix sur ma modeste personne, pour introduire le débat qui suivra mon exposé. 

Quand, il y a quelques semaines, African New Vision m’a proposé d’introduire le thème de cette Conférence sur la situation au Sénégal et les perspectives d’avenir, ici à Washington, c’est sans hésiter que j’ai accepté cette proposition. Je suis convaincu que les mêmes préoccupations concernant d’autres pays africains feront l’objet de discussions, dans le même cadre ou ont même été évoquées, pour un échange fructueux d’idées, de projets et d’actions, dans la marche normale de votre Association que vous avez décidé de mettre, avec lucidité et sens des responsabilités, au service de l’idéal que nous partageons pour une Afrique moderne, entrant, les yeux ouverts, dans le siècle du savoir.

Rendre hommage à African New Vision, en cette circonstance, c’est dire combien nos compatriotes, y compris les centaines de milliers de Sénégalais vivant à l’extérieur, sont résolus à relever, avec panache et avec opiniâtreté, le grave défi que représente, dans le destin de notre pays, le mode de gouvernement qui y prévaut depuis dix années, et qui est totalement en contradiction avec les règles de la démocratie, les mécanismes de la logique économique et les règles de transparence sans lesquelles toute politique de croissance soutenue est vouée à l’échec. Le combat citoyen de African New Vision est devenu celui de tout le peuple. Il est sacré. Et il est exaltant. 

Au-delà du Sénégal, ce combat concerne aussi l’Afrique, avec ses réalités, ses exigences, ses impératifs et les finalités des programmes de promotion des peuples, ambitions et idéaux qui se heurtent, bien souvent, aux effets cumulés de ce qui, dans les années 60, était appelé le lot des maladies infantiles de l’accession à l’indépendance. Plusieurs décennies plus tard, des résidus tenaces de ces maux perdurent encore.

Sous cet éclairage, et dans le même esprit, African New Vision porte bien son nom lorsqu’elle engage l’Afrique toute entière dans la croisade d’une vision nouvelle et lucide de son futur, dans une gestion rigoureuse de son présent, de ses priorités, de ses espérances. African New Vision, dans le concert des attentes légitimes des élites et des jeunesses d’Afrique, relève le défi des nouvelles données de la mondialisation.

Notre commune réflexion nous amène à évoquer la situation actuelle du Sénégal, dans les domaines de la gouvernance politique et du fonctionnement des Institutions de la République. Nous aborderons aussi les caractéristiques fondamentales de la crise économique et sociale qui plombe si pesamment les potentiels de développement, en causant autant de rendez-vous manqués avec le progrès.

Les luttes qui s’organisent pour un retour à l’Etat de droit et pour la construction d’un système démocratique véritable et pérenne, constituent un champ d’engagement citoyen qui nous appelle tous à l’action.

C’est qu’il n’est pas exagéré de considérer que le cas du Sénégal présente et développe de troublantes singularités. Nombreux avons-nous été à examiner, en profondeur, les composantes de cette situation.

C’est pourquoi, dans cette démarche, des solutions seront proposées, dans l’esprit des travaux entrepris, pendant une année, par les Assises Nationales, lorsque des patriotes sénégalais, de l’intérieur comme de la diaspora, se sont mobilisés pour passer en revue, étudier et analyser, sans complaisance, secteur par secteur, les problèmes avec lesquels notre pays se trouve confronté.  Dans le domaine institutionnel comme dans les politiques de relance de l’économie nationale, les Assises ont élaboré des stratégies appropriées, marquées du sceau du réalisme, de la prévision et d’un louable souci de maîtriser les leviers, procédures et mécanismes susceptibles de permettre d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.

Je dois saluer le haut niveau d’expertise des spécialistes de toutes disciplines qui se sont mobilisés dans le cadre des Assises Nationales, pour présider et animer des Commissions, élaborer des rapports et des documents de propositions, tracer des pistes de recherche et d’actions concrètes, tout cet ensemble se résumant en un Rapport général de plus de 400 pages. La Charte de gouvernance démocratique est venue clôturer ce processus.

Nous l’avons signée, comme un engagement solennel et définitif d’aller vers les changements si indispensables dans notre pays.

Monsieur le Professeur Amadou Makhtar Mbow, qui a présidé les Assises Nationales avec rigueur et compétence, et les vice-Présidents et membres du Bureau, de même que les Présidents des Commissions techniques, voudront bien ici trouver un hommage mérité.

En introduisant le thème de cette Conférence, à travers ces considérations préliminaires, j’ai pleinement conscience de la complexité du sujet et de l’importance des enjeux qu’il induit, tant il est vrai que notre pays traverse une crise multiforme. Cette crise est d’abord une crise des valeurs, résultant directement d’une malgouvernance avérée et d’un ensemble de comportements qui se situent à l’opposé de l’éthique républicaine.  Elle est aussi une crise institutionnelle, qui a envahi les secteurs de l’économie, de la gestion du bien public, de l’exécution du budget de l’Etat, de la définition et de l’application des politiques publiques ainsi que de la conduite des critères de performance qui doivent générer une croissance accélérée et durable.

La crise que subit le Sénégal n’épargne pas des secteurs aussi importants que l’Education et la Formation, la Santé, la demande sociale, le respect des Droits de l’Homme et la protection des libertés, les programmes d’incitation à la production et à l’emploi, le monde paysan, les jeunes, les femmes, les couches défavorisées de la population, etc …

La création, régulière et maîtrisée, des étapes successives de la marche vers le développement ne peut s’opérer et être efficace que si les libertés publiques sont protégées et les droits de l’homme promus, dans le cadre d’impératifs de rigueur et d’élévation dans l’administration du pays, dans les décisions de justice, dans la manière de tracer des perspectives ouvrant la voie au bien-être et à la sécurité des populations.

Il y a seulement une semaine, à l’occasion d’une manifestation des populations dans la périphérie de Dakar, manifestation organisée en guise de protestation contre les manquements dans la distribution de l’électricité, un jeune homme, du nom de Abdoulaye Wade Yinghou, a trouvé la mort, dans les locaux d’un Commissariat de Police, à la suite de sévices et de violations qui ont été confirmés par une autopsie. La famille de cette victime de la violation des libertés individuelles a pris la décision de porter plainte contre X. D’autres cas existent. Il est évident que l’esprit républicain doit transparaître en toutes circonstances et ne saurait s’accommoder d’une quelconque impunité. La cité doit assurer à chacun de ses membres la sécurité et un traitement impersonnel par rapport aux lois et règlements. Il y va de la paix des cœurs, de la paix tout court.

Pour ne citer que l’exemple douloureux de la recherche d’une solution définitive de la situation qui prévaut en Casamance, depuis le 22 décembre 1982, il est établi que les autorités sénégalaises se sont révélées totalement incapables d’organiser et de faire aboutir des négociations sérieuses, au moment où le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) dit et réaffirme, sa disponibilité pour participer à un processus de paix, que les populations de la région-sud et tous nos compatriotes appellent elles-mêmes de tous leurs vœux, répondant en chœur aux appels incessants lancés par les autorités religieuses chrétiennes et musulmanes, au nom du peuple.

1.      Le contexte actuel

Notre pays, sans conteste, est aujourd’hui sous la menace de graves dangers.

Le régime en place cultive outrageusement les comportements et actes qui résultent d’une absence coupable de vision, c’est-à-dire d’un axe central, rationnel et concret, autour duquel devraient être bâties des politiques fondées sur le droit et la loi et qui, de ce fait, assurent aux citoyens la plénitude des libertés qui sont les leurs. Promouvoir le sens du mérite et de l’effort, le goût du travail bien fait, l’esprit de solidarité et l’ambition d’aller vers le progrès, avec un sens constant de l’évaluation et de l’autocritique, de la méthode et de l’organisation sont des valeurs dont le retour au sommet de l’Etat est devenu une priorité absolue.

C’est tout le contraire qu’assène au peuple le régime de M. Abdoulaye Wade.

Ainsi, l’arrogance et l’irresponsabilité avec lesquelles le Sénégal est gouverné nous conduisent directement vers l’abîme. Nous ne pouvons pas l’accepter.

Les raccourcis politiciens qui privilégient les relations de proximité et les liens de famille, la médiocrité érigée en modèle pour promouvoir des individus vers des positions indues et la prise de responsabilité dépassant largement leur formation, leurs capacités, leur expérience et leur savoir-faire sont à bannir, définitivement, du champ politique sénégalais.

Les ressources publiques sont, dans la plupart des cas, privatisées, sous diverses formes, l’exemple venant d’en haut, sans aucun respect des règles qui déterminent, dans l’esprit et dans le texte de la loi, la gestion des deniers de l’Etat, pour assurer au pays un développement durable et équilibré.

La pratique du mensonge public favorise des négociations secrètes, sur des secteurs essentiels de notre économie, et permet la profusion de commissions occultes et des prébendes linéaires, iniques et injustifiées, de la part de certains décideurs publics, complices invétérés de milieux mafieux insatiables et corrompus.

Les dossiers, encore sous les feux de la rampe, des phosphates de Ndendory-Matam, des espaces fonciers de l’ASECNA, des terrains militaires des Mamelles, de l’emprise de la Foire Internationale de Dakar, des terres agricoles de Mbane dans la Vallée du Fleuve Sénégal, les 20 milliards de francs cfa de commission retrouvés dans une banque des pays du Golfe sur la licence SUDATEL, les délestages électriques qui produisent des effets destructeurs dans le fonctionnement des usines, des hôpitaux, des établissements scolaires, à l’Université, dans les ateliers et qui portent atteinte aux ménages, sont autant de cas qui illustrent, avec éloquence, le viol constant et répété de la loi et des principes républicains, pour enrichir, avec une insolence caractérisée, des apparatchiks sans foi ni loi. Souvent ces lampistes ne sont, dans les faits, que prête-noms de décideurs politiques haut-placés, qui organisent, pendant leurs méfaits, leur propre impunité, dans une course insensée vers un enrichissement débridé et illégal, dans une boulimie irrépressible et un égoïsme sans limite.

Ainsi, malgré les accords et autres conventions signés dans le cadre de programmes passés avec la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, l’Union Européenne et avec les partenaires bilatéraux en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, la gouvernance économique dirigée par le Chef de l’Etat en personne, tangue dans les méandres de la corruption, dans les incertitudes, dans l’improvisation, avec, comme résultat, des détournements répétés et flagrants des objectifs du développement, par le piétinement des engagements pris. En lieu et place, les plans annoncés et des décisions spectaculaires se traduisent en promesses incessantes, toujours conjuguées au futur.

L’agriculture et les agriculteurs sont presqu’à l’abandon, ainsi que l’élevage et la pêche, les pâtres et les pêcheurs. L’exploitation de certains minerais comme l’or de Kédougou s’opère derrière un épais rideau d’opacité. Les ICS (Industries Chimiques du Sénégal), naguère fleuron de notre industrie, ont vu leurs capacités de production baisser de 75 %, pour une entreprise de 2.500 employés.

L’on peut, aussi, se demander pourquoi les chantiers routiers sont concentrés dans la capitale.

Le dossier de l’énergie, actuellement au cœur de l’échauffement du climat politique et social, est une nouvelle illustration éloquente de cette option du pouvoir en place de se tenir loin des préoccupations des Sénégalais. Il y a seulement quelques jours, le 21 juillet 2010, le Chef de l’Etat s’est hâté de faire convoquer une séance extraordinaire de l’Assemblée Nationale, pour un débat de près de 8 heures d’horloge, sur la question des délestages électriques. Le Chef de l’Etat connaît bien les origines de cette situation, du fait de l’opacité et des combines qui se déroulent dans les approvisionnements en combustible. Le mauvais combustible incriminé est un fait qui ne date pas d’aujourd’hui, parce que les mécanismes de transparence et de contrôle, en amont et en aval de la qualité de certains produits combustibles importés pour le compte de la SENELEC, ne sont pas appliqués et les normes internationales sont ignorées systématiquement. Tout cela au travers de pratiques totalement illégales.

La solution des délestages électriques se trouve, fondamentalement, dans la transparence des procédures et des pratiques d’approvisionnement en combustible de qualité, avec des systèmes d’assurances et de garanties posés dans des dossiers d’appels d’offres publics et internationaux. Il faut avoir le courage d’arrêter les dégâts.

Promettre aux Sénégalais que les délestages prendront fin en 2012, c’est se moquer de la République, de ses principes et des citoyens qui la composent.

Pourtant, de nos jours, l’électricité doit être à la portée de toutes les couches de la population et de tous les secteurs d’activités. Il appartient à l’Etat d’en assurer la fourniture régulière et suffisante, en mettant en place les mécanismes et les modalités nécessaires pour y parvenir, dans la  transparence totale.

2.                             Quelques cas précis de malgouvernance et de corruption, d’atteintes aux libertés du citoyen et de détournements d’objectifs, dans la conduite du développement économique et social

2.1.          Les Phosphates de Ndendory-Matam

Le gisement qui se situe dans la zone du village de Ndendory, dans la région de Matam, est exploité, depuis quelques mois, de manière presqu’artisanale : quelques engins excavateurs, des camions, une trémie et des bétonneuses sur roues, comme sur les chantiers de travaux publics, pour la granulation avant la mise en sac. Le gisement se trouve à près de 800 kilomètres de la capitale et du Port de Dakar.

La société qui exploite ces gisements est une société privée. La première question que se posent les Sénégalais est de savoir la nature et le contenu du contrat par lequel cette société privée exploite les gisements de Ndendory, gisements qui sont censés, juridiquement, être une partie du patrimoine minier du Sénégal. En outre, le phosphate de Ndendory est de la catégorie des phosphates naturels, avec la composition chimique P205 (phosphate de calcium). Pour être utilisé comme fertilisant, il est établi scientifiquement qu’aux molécules doivent être ajoutés les molécules N (nutrinium=azote), P (phosphate), K (du nom arabe du potassium qui est kalium). Il s’agit de faire du phosphate naturel, un engrais complet, le P2 05   étant du phosphatage de fond, que la nature utilise elle-même à une profondeur relative entre 1m et 1m50 dans le sol pour transformer en sels les éléments ferrugineux qui peuvent menacer la croissance de la plante et sa production. Mais, sans les compléments chimiques que constituent les éléments N.P.K., le phosphate naturel de Ndendory, actuellement distribué à des paysans, ne peut nullement, avec des résultats efficaces, servir d’engrais et de fertilisants. 20.000 tonnes constituent la production annuelle, selon les déclarations du Gouvernement faites sur place, le jour du démarrage de l’exploitation des gisements,. Les spécialistes indiquent, avec certitude, que le coût d’extraction d’une tonne de ce minerai est de 30.000 francs cfa, en raison de sa facile accessibilité par quelques excavations de surface.

Une question est alors celle-ci : avec un coût d’exploitation de 30.000 francs pour une tonne, à quel prix ce phosphate naturel qui ne subit qu’une granulation sommaire, est-il vendu, pour une tonne, et à quels acheteurs ? Question subséquente : pourquoi n’avoir pas expliqué aux agriculteurs de la région du Fleuve que ce minerai naturel n’a aucun effet probant sur les rendements de leurs exploitations agricoles ?

Dès lors que ce minerai, à l’état naturel, ne peut remplacer un fertilisant complet, pourquoi est-il mis à la disposition des paysans, sans la nécessaire transformation chimique complémentaire ? Combien de temps durera cette situation ?

Un jour, sans aucun doute, la lumière sera faite sur les tenants et aboutissants de ce dossier, qui laisse encore dans l’ombre plusieurs de ses facettes.

Le drame réside, profondément, dans l’impact et dans les prolongements de ce dossier sur le développement de la région de Matam et, d’une manière générale, sur l’aménagement et l’exploitation des terres de la Vallée.

Des milliards de francs cfa ont été investis, dans le cadre de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS), pour un développement intégré des pays riverains.

Les stratégies qui doivent impulser une dynamique de redressement économique et social du Sénégal doivent intégrer, en toute priorité, les régions du Fouta, du Sénégal Oriental, du Fouladou et de la Casamance.

Ces zones qui, avant l’indépendance, avaient été exclues du « Sénégal-utile » du 19ème siècle, englobant dans un périmètre partant de Richard Toll à Saint-Louis, Thiès, Diourbel, Kaolack et une partie de la Casamance, ont connu des retards dans différents domaines et à divers niveaux, notamment en matière d’infrastructures. Ces retards se font encore aujourd’hui sentir et se retrouvent, en partie, à l’origine de certaines crises identitaires.

Nul n’ignore, en termes d’annonces économiques, que la Vallée du Fleuve Sénégal regorge de potentiels productifs dans le domaine de l’agriculture moderne, de la navigation fluviale, de la pêche artisanale et de l’artisanat moderne. Les ressortissants sénégalais des quatre zones du Fouta, du Sénégal Oriental, du Fouladou et de la région Sud apportent une contribution décisive dans les efforts de progrès, et plus particulièrement dans les équipements de santé et de promotion sociale au profit des populations.

C’est cet arc stratégique regroupant les quatre zones qui va irradier les mystiques du développement dans un mouvement Est – Ouest qui sera connecté avec l’arc central, les régions de Louga, Diourbel, Fatick, Kaolack et Kaffrine, ce processus étant destiné à marcher vers la région de Thiès, et la région de Dakar, sur la base d’un réseau réhabilité d’infrastructures routières, ferroviaires et aéroportuaires.

En termes clairs, et autrement dit, si les régions périphériques continuent de subir les effets négatifs de l’éloignement géographique, des distances et d’une mauvaise répartition des équipements du développement, par rapport à celles de Dakar et de Thiès, les déséquilibres causés et maintenus, feront du Sénégal un pays à croissance à deux vitesses. Risque grave d’une mauvaise répartition des fruits du progrès et, donc, aggravation des causes d’arriération économique et de déséquilibres sociaux.

2.2.          La question du montage foncier et financier utilisé pour rémunérer les travaux du Monument dit de la Renaissance africaine

Il avait été dit, par les pouvoirs publics, que ce Monument ne coûterait pas un franc au peuple sénégalais.

Il a été ensuite indiqué que c’est la vente de terrains fonciers dans la zone de l’Aéroport de Yoff qui a permis de trouver entre 12 et 14 milliards de francs cfa en guise de paiement aux équipes coréennes qui ont bâti ce Monument.

N’est-il pas juste de poser la question de savoir quel était, avant cette opération, le statut juridique de ces terrains fonciers, qui se trouvaient dans l’emprise clôturée des espaces réservés de l’Aéroport de Dakar, en vue d’extensions ultérieures à mesure que les activités de cet Aéroport s’adapteraient aux progrès technologiques, aux exigences réglementaires de sécurité, en matière d’équipements aéronautiques modernes ?

Autre question : si ces espaces fonciers ont appartenu au patrimoine de l’ASECNA, selon quelles procédures autorisées par la loi et par le droit international, ont-ils pu être repris et vendus, pour financer, sur une partie des sommes reçues, le Monument dit de la Renaissance africaine ?

Question : quel est le montant global des sommes reçues, dès lors que la vente de ces terrains, par une société privée, la Promobilière, se poursuit encore aujourd’hui ?  

Autre question : quelle est l’utilité pratique et quelle est la base légale du budget de 18 milliards de francs cfa qui figurerait sur une ligne de crédit spécialement octroyée au Monument de la Renaissance, dans le but annoncé d’en assurer la promotion auprès des Sénégalais et dans le monde ?

Troisième question : quel est le statut de l’organe à qui ont été confiées la gestion et l’exploitation, également annoncées par le Chef de l’Etat, de ce Monument de la Renaissance, qu’on dit appartenir à l’Afrique ?

Les mêmes questions auraient pu être posées concernant l’ancien champ de tir, au bas de la Mamelle qui porte depuis 1864 le Phare de Ouakam. Il en est de même concernant les terres de Mbane, dans le département de Dagana.

Les Sénégalais se posent encore de nombreuses questions sur des cas précis de malgouvernance. Demain, inévitablement, la lumière sera faite.

2.3.          L’entêtement du Chef de l’Etat sur le maintien du niveau trop élevé et des coûts du  train de vie de l’Etat

Depuis plusieurs années, les Institutions internationales qui suivent les programmes de développement au Sénégal ne cessent d’attirer l’attention du pouvoir en place sur le niveau excessif du train de vie de l’Etat. Des dépenses de prestige, qui ne sont liées à aucun programme d’urgence et qui ne répondent à aucune sorte de nécessité par rapport aux aspirations des populations, se multiplient et voient leurs coûts s’amplifier, dans des conditions jamais expliquées.

L’acquisition d’équipements inutiles, notamment sur le parc automobile de la Présidence de la République, des ministères et de certaines sociétés publiques ou parapubliques, aggrave ce type de dépense.

Les déplacements présidentiels, qui coûtent très cher aux contribuables sénégalais, sont si fréquents que l’on se demande, en définitive, sur quelles inscriptions budgétaires ils sont prévus et pris en charge.

Les locations d’avions, dans toutes les directions, et souvent de jets privés, traduisent un luxe dont les Sénégalais seraient bien inspirés de se passer, compte tenu des maigres ressources dont dispose notre pays.

Plusieurs dizaines d’Agences – le nombre exact est devenu un secret d’Etat – se font voter, l’on ne sait dans quelles conditions, des budgets faramineux et exercent leurs activités à la place des directions des ministères techniques, qui se voient ainsi doublés dans leurs prérogatives et dans leurs missions, par une sorte de concurrence dénuée de sens et sans aucune efficacité.

Les partenaires au développement ont d’ailleurs, en plusieurs occasions, recommandé la réduction de ces Agences, voire leur suppression, et le retour de leurs attributions au sein des ministères correspondants.

Quelles justifications peuvent donner ceux qui, au mépris de la logique opérationnelle et de l’utilité pratique en matière de mobilité urbaine, ont décidé le percement, en des lieux sans croisement en crucifix, de tunnels, dans le seul but d’impressionner des Chefs d’Etat de pays pétroliers, lors d’un Sommet de l’OCI, précisément sur le seul itinéraire qu’ils devaient emprunter, pendant 48 heures, pour aller participer à un banquet, et à un dîner, depuis l’hôtel Méridien-Président jusqu’au Palais de la République ? Ceux-là ont simplement oublié que ces Emirs du Golfe, en matière d’infrastructures et autres échangeurs, en ont vu bien d’autres, ouvrages réalisés à un niveau technique et esthétique rarement égalé ailleurs, surtout, malheureusement et pour le moment, au Sénégal.

3. Que faire ?

Il faut agir.

Il faut poursuivre l’action.

Le combat est enclenché.

Le rythme doit être accéléré.

Il urge de reconstruire le Sénégal détruit par plus d’une décennie de régime pseudo libéral.

Reconstruire le Sénégal, c’est réhabiliter l’approche du développement concerté, dans la démocratie, en retournant au peuple souverain les pouvoirs qui lui sont confisqués par un Chef d’Etat envahissant, qui dirige lui-même une prétendue majorité parlementaire aux ordres et se révèle incapable de respecter l’indépendance de la justice. Mais, reconstruire le Sénégal, c’est aussi relancer la production dans tous les secteurs clés porteurs de croissance. Le secteur primaire (l’agriculture, la pêche artisanale) doit donner aux populations rurales qui l’occupent la possibilité de participer pleinement au développement économique et social du pays. Quant au secteur secondaire, il doit promouvoir des passerelles vers les structures de formation professionnelle et le reste du tissu économique, notamment l’agriculture, pour multiplier les opportunités de création d’emplois susceptibles d’absorber le chômage des jeunes. L’artisanat de production et de services doit, pour se développer, accéder aux matières premières et aux biens d’équipements nécessaires à son développement, voire à son industrialisation dans certains cas.

Les cadres de haut niveau, dont notre pays est si fier, les Africains et les amis de l’Afrique, au sein des Institutions de Bretton Woods, ne cessent d’exercer des pressions légitimes sur M. Abdoulaye Wade, pour faire démarrer la machine bloquée par son entêtement, et l’engager dans la série de réformes structurelles et de mesures de croissance accélérée, dans le but d’impulser dans tous ces secteurs une dynamique intelligente, ambitieuse et efficace dans la gestion des politiques de production, de progrès et de consommation, de biens et de services de qualité, au Sénégal. Mais le réflexe du cyclope Némo, dominé par un quasi-aveuglement teinté d’orgueil personnel et d’une notoire incapacité de nourrir des ambitions de grandeur pour notre pays, revient toujours en surface et bloque toute rationalité de la part de celui qui est censé présider à nos destinées.

C’est pour faire droit à cet impératif de reconstruction que, depuis trois ans, avec, en point d’orgue, la victoire de l’opposition aux élections locales de mars 2009, acquise grâce au front unitaire constitué sous l’égide de la Coalition Bennoo Siggil Senegaal, au lendemain de la tenue des Assises Nationales, le combat contre le régime d’Abdoulaye Wade s’accentue et se densifie.

Aujourd’hui, c’est même un euphémisme que de dire que le pouvoir actuel fait l’objet d’un rejet quasi unanime dans l’opinion des Sénégalais et plus particulièrement chez les jeunes. On est à mille lieues des espoirs qu’avait suscités l’alternance de mars 2000, tant au Sénégal qu’un peu partout en Afrique.

C’est ainsi que, d’échecs en échecs, des discours incantatoires sur des résultats imaginaires dans les programmes GOANA, JAAXAY et autres, aux professions de foi pseudo-démocratiques et au projet insensé de succession dynastique à la tête du Sénégal, l’alternance inaugurée par le scrutin de mars 2000 a très vite tourné au cauchemar pour le peuple sénégalais.

Les faits restent têtus dans leur lourde et tragique vérité.

Au fil des ans, et selon une logique dévastatrice qui a réduit à la précarité les conditions de vie des Sénégalais, les dérives du régime d’Abdoulaye Wade n’ont cessé de s’accumuler et de s’amplifier.

C’est que l’homme a trahi son serment du 1ER avril 2000, proclamé devant le peuple tout entier, en présence de plusieurs Chefs d’Etat et de Gouvernement du continent africain. Ce jour-là, la main droite levée devant des milliers de citoyens, en majorité de jeunes, qui voyaient alors un grand rêve sur le point de devenir réalité, avec l’avènement d’une alternance d’espoir et de changements, M. Abdoulaye Wade a juré de se mettre au service exclusif des intérêts du Sénégal, de protéger les droits et les libertés des citoyens et, par-dessus tout, de respecter la Constitution.

Chacun sait ce qu’il en est advenu.

En dix années de pouvoir, l’homme a modifié 17 fois la Constitution de la République, récemment encore, une nouvelle modification tendant à instituer un poste de vice-Premier ministre, a été rapporté de justesse, l’on ne sait pour quelles raisons.

L’homme dirige notre pays comme une chaumière mal éclairée qui lui appartiendrait pour toujours.

La raison est qu’aujourd’hui le mode d’exercice du pouvoir au Sénégal a atteint une personnalisation révoltante. Celle-ci renvoie, sous de multiples aspects, à des expériences fantasques que l’Afrique n’a que trop subies au cours des dernières décennies. Cette situation se traduit par de multiples incohérences et par des dysfonctionnements qui ont envahi, jour après jour, des secteurs de haute sensibilité qui requièrent rigueur, savoir-faire, dans la pleine mesure des objectifs visés et des attentes du peuple souverain. Et des scandales en tous genres éclatent, chaque semaine, et donnent une idée du niveau de corruption dont est entachée la gestion du pays. Ces scandales ternissent l’image du Sénégal dans le monde.

Le Chef de l’Etat a t-il seulement entendu et compris le sens du discours du Président Barack Obama, à Accra, lorsqu’il rappelait que l’Afrique a besoin d’institutions fortes, pour aller vers le développement par la démocratie et le travail des Africains eux-mêmes ?

Il y a lieu de douter sérieusement que le Chef de l’Etat ait entendu une telle vérité et un tel discours.

Pour toutes ces raisons, nous devons agir.

Nous devons agir ensemble. Avec méthode, engagement et organisation.

Le temps presse.

La loi est du côté des patriotes.

Le droit permet et favorise leur combat, notre combat.

Quand la précarité sociale est devenue le lot quotidien de la très grande majorité de la population, dans les campagnes comme en milieu urbain, tout attentisme conduit à l’aggravation du phénomène.

Déjà dans les faits, notre pays vit une tragédie aux facettes multiples. Le processus de dégradation se poursuit. Le pays est confronté à des périls de plus en plus lourds qui risquent, non seulement d’affecter durablement nos acquis démocratiques mais aussi de provoquer un délitement du tissu social, voire de remettre en cause la cohésion nationale et même l’unité de Sénégalais.

Les manifestations qui se déroulent les unes après les autres, depuis plusieurs semaines, y compris, à Mbour, il y a deux jours, sont l’expression d’un ras-le-bol accentué par la pauvreté et une grave perte des repères de régulation sociale quand la patience ne s’abreuve plus à la fontaine de l’espoir.

Nous devons nous éloigner du précipice.

Quelles actions pouvons-nous mener dans le strict respect des dispositions de la Constitution sénégalaise et des libertés que celle-ci octroie aux citoyens ?

Tout d’abord, il faut savoir préparer et organiser les ruptures qu’appellent la colère et les frustrations des populations, pour la mobilisation des énergies et des stratégies.

Et cela, maintenant et demain, pour qu’ensemble nous mettions fin, sans violence inutile mais avec fermeté et détermination, au régime actuel. Par la voix des urnes, et dans le plein respect des dispositions du Code électoral.

L’élection de 2012 se prépare dès à présent. Des instances de Bennoo Siggil Senegaal s’y attellent. Nos Experts travaillent sur des dossiers précis, qui tiennent compte de l’expérience de 2007. Nous continuerons d’encourager l’accomplissement jusqu’à son terme de la mission d’audit de l’Union Européenne et de l’USAID, en combattant toutes les velléités de résistance du pouvoir en place.

A cet effet, nous préparons déjà toutes les mesures destinées à empêcher, pour tous les scrutins à venir :

·         les votes multiples

·         les faux procès-verbaux

·         les falsifications pré-établies au travers d’un fichier électronique logé à la Présidence de la République et qui contient, depuis plusieurs années, plus d’un million d’électeurs par rapport au fichier accessible au public et aux partis politiques

·         les 60 nouvelles propositions, présentées par le pouvoir en place, dans un document officiel, concernant de nouvelles modifications à apporter au Code électoral sont totalement inacceptables. Notamment, lorsqu’il est question de tenir compte des résultats de procès-verbaux non signés par les personnes qui dirigent le bureau de vote, font le décompte des résultats et en assurent la  comptabilité et la proclamation publique ; de même que le réflexe tendant à empêcher la sécurisation de l’acheminement des procès-verbaux vers les Commissions de Recensement.

Enumérer les 60 propositions saugrenues qui ont été présentées, il y a quelques mois, par le ministère de l’Intérieur, dans le but de vider de son contenu démocratique le Code électoral, qui avait été élaboré, en 1992, grâce à un large consensus des acteurs politiques et des partis, pourrait être long et fastidieux. Du reste, les démocrates attendent toujours la nomination du Président de la Commission cellulaire, assisté d’une équipe d’Experts, tous indépendants et compétents, pour l’organisation de larges concertations autour du Code électoral, avec pour objectif final d’aboutir à un consensus.

Le vivier clandestin d’électeurs fictifs ajouté à la multiplication de bureaux de vote tout aussi fictifs, a été mis en place, en 2007, dans des conditions opaques. Le caractère illégitime et l’annonce non fondée des résultats établis par M. Abdoulaye Wade, à l’issue de ce scrutin de 2007 parlent d’eux-mêmes. La vigilance s’impose, d’autant plus que la période de révision des listes électorales, qui a été fixée unilatéralement à six mois par le régime en place, vient d’être écourtée de la même manière parce, que depuis le 10 juillet dernier, sur toute l’étendue du territoire national, les autorités administratives ont mis un terme aux inscriptions, sans explication aucune, alors que le délai du 31 juillet avait été fixé et retenu. Il est vrai qu’entre-temps, la production des cartes nationales d’identité qui avait été bloquée, avait été relancée. Tous ces agissements et manœuvres visent clairement à empêcher les citoyens, notamment les jeunes en âge de voter pour l’échéance de 2012, d’exercer leurs droits civiques.

Cette culture de fraude qui anime les tenants du pouvoir a amené la Conférence des Leaders de Bennoo Siggil Senegaal à mettre en chantier la création d’un large front pour la régularité et la transparence des élections. Nous entendons aussi accentuer les contacts et les pressions sur la CENA (Commission Electorale Nationale Autonome), pour que celle-ci exige le respect de ses prérogatives tirées de la loi et qu’elle les exerce en toute transparence pour veiller à la régularité des élections de 2012.

Ensuite, il nous incombe l’obligation, devant le peuple, de consolider la cohésion au sein de Bennoo Siggil Senegaal, tant il est évident que sans cette cohésion, Bennoo sera fragilisée, ce qui renforcera, tout malheureusement, le camp d’en face. Emprunter un chemin contraire ne serait que fatal pour la démocratie et, en premier lieu, pour Bennoo.

Pour le moment, Bennoo poursuit, lentement mais sûrement, son chemin. Quelques incompréhensions subsistent sur la question du calendrier des séquences successives des décisions à prendre concernant des questions essentielles. Mais, étape après étape, nous parviendrons à trouver des compromis qui déboucheront sur des solutions définitives concernant ces questions essentielles.

L’intérêt du Sénégal est, pour nous, au dessus de toutes autres considérations.

Nous avons adopté le 6 juin, au cours du premier Séminaire de notre Coalition, le schéma institutionnel, inspiré de la Charte de gouvernance démocratique, qui est l’un des documents de fond des Assises Nationales.

Le 17 juillet 2010, à l’issue du 2ème Séminaire de la Coalition, nous avons adopté, par consensus, les programmes du changement, dans leurs composantes successives. Ces programmes sont en adéquation complète avec les recommandations et les conclusions des Assises Nationales, en matière de gouvernance politique et de gouvernance économique et sociale, de promotion des libertés et de la sécurité des citoyens.

La prochaine étape, s’il plaît à Dieu, est fixée au 31 octobre 2010, quand la question relative à la candidature de l’unité ou aux candidatures multiples sera discutée, en vue de trouver un consensus qui préserve notre Coalition et la prépare à remporter, avec le soutien du peuple, l’élection présidentielle.

A l’Alliance des Forces de Progrès, nous militons activement aux côtés des partis partageant les mêmes idéaux que nous, pour une candidature de l’unité, à cette élection présidentielle de 2012. Depuis dix années, ce combat de l’AFP est demeuré soudé à l’objectif des changements, en coopération totale et sincère avec les autres composantes des alliances politiques, de la société civile et des autres partenaires.

Notre conviction est et reste que seule l’unité de l’opposition, avec le soutien actif et organisé des parties prenantes des Assises Nationales et de la société civile, permettra de battre M. Abdoulaye Wade ou tout autre candidat que celui-ci présenterait en 2012, s’il y était contraint et forcé par les réalités du temps et des circonstances, comme successeur potentiel susceptible de lui éviter, demain, tout contrôle sur sa gestion du pays pendant douze années de gouvernance, de tâtonnements et de gaspillages des ressources publiques.

Dans le temps présent, Bennoo Siggil Senegaal a rendez-vous avec l’histoire. Sommes-nous capables d’arriver, à temps, mobilisés, prêts et unis, à ce rendez-vous ?

Est-ce que notre Coalition est en mesure de répondre aux échos des appels du peuple des profondeurs, pour conduire les changements attendus et qui commenceront par une victoire éclatante des démocrates en 2012 ?

Tout nous y invite. Et l’espoir est permis.

Encore une fois, après dix années imposées au peuple par l’exercice erratique d’un pouvoir totalement dévoyé, il est  temps, pour nous tous, d’agir et dans la bonne direction.

En effet, quand la ruse et la cupidité font office de boussole politique, il est urgent que notre pays retrouve sa sérénité traditionnelle et les repères qui en avaient fait une référence en Afrique et dans le monde. De l’époque où la voix du Sénégal faisait autorité dans les enceintes internationales, il ne reste pratiquement plus rien, à présent, par la faute de M. Abdoulaye Wade en personne, qui se complait dans l’autosatisfaction permanente, dans des déclarations intempestives et dans l’énoncé répétitif de faits de gloire qui provoquent la risée de l’opinion internationale.

L’image d’un Président qui sait tout, qui fait tout, qui réussit tout, mais uniquement en paroles, est désormais gravée dans la pierre, portant un préjudice lourd à notre pays.

Il est temps de se préparer à écarter du pouvoir un tel système.

Alors, encore une fois, que faire ?

Le défi de l’alternance à l’alternance, les forces démocratiques se doivent de le relever. Elles sont capables de le relever.

Il est heureux que nous ayons pris conscience de ce que relever ce défi induit l’obligation qui nous est faite, devant le peuple attentif, de nous donner tous les moyens politiques et humains susceptibles de nous permettre de mettre fin définitivement à l’aventure dans laquelle le Sénégal est engagé.

On ne le répètera jamais assez.

Les mouvements de la société civile soutiennent ce combat et s’y engagent sans équivoque, par des initiatives à fédérer dans les semaines à venir, dans le but de consolider les initiatives en cours et les efforts entrepris, ensemble.

C’est un plus et ce plus est important.

C’est pourquoi, chacun d’entre nous, leader politique ou militant de la démocratie, est désormais comptable de la préservation des acquis et des avancées réalisés par l’écrasante majorité des citoyens.

A l’image de la victoire de mars 2009, nous pouvons réussir en 2012, si nous savons rester ensemble et solidaires, si nous savons nous dépasser, si nous sommes capables de mettre de côté nos ambitions personnelles et toute idée carriériste qui ne ferait que contribuer à fragiliser le front des patriotes.

Pour ma part, je tiens à réaffirmer, ici et maintenant, et de manière solennelle, que je fais partie des dirigeants sénégalais qui estiment que l’union fera, encore une fois, la force centrale des ruptures qui seront l’œuvre de ceux qui sont décidés à mettre fin au régime de Me Abdoulaye Wade, en 2012, pour redresser le Sénégal, l’engager dans la voie lucide d’un développement concerté, éradiquer la corruption et le pouvoir personnel, mettre fin  aux comportements irresponsables et à la patrimonialisation du bien public, à la gabegie et aux gaspillages, aux déplacements inutiles et coûteux du Chef de l’Etat et des fonctionnaires de son entourage.

Il est heureux qu’au sein de la Coalition Bennoo, nous avons compris que la stratégie unitaire de l’opposition induit, au-delà du dépassement de soi, un large consensus autour du programme appelé à remettre sur les rails notre pays sinistré.

Le redressement est possible, pour peu que les Sénégalais en expriment, dans les faits, la volonté et continuent de nous soutenir et de nous accompagner dans ce combat.

4.     Les réformes fondamentales

Il est temps de conclure cet exposé. J’ai été quelque peu long en voulant être bref. L’importance des enjeux explique cela.

Je conclurai sur la question des réformes fondamentales.

Au plan institutionnel, il y a lieu de rappeler que la Charte de gouvernance démocratique, qu’ont signée, en tant que parties prenantes, les partis membres de la Coalition Bennoo Siggil Senegaal, a posé les principes généraux et les mécanismes de régulation d’un fonctionnement normal et équilibré des Institutions de la République.

Jean Guéhenno a, avec raison, écrit que la « séparation et l’autonomie des pouvoirs institutionnels, le Pouvoir exécutif, le Pouvoir législatif et le Pouvoir judiciaire sont la condition même de la liberté, pour une administration sécurisée du droit des esprits et la libre circulation des pensées ».

A cet égard, l’observation assidue et rigoureuse du principe de la séparation des pouvoirs est, pour nous, le pilier central du schéma institutionnel de demain.

Ces principes ne peuvent être et ne sauraient être mis en cause, dès lors que d’avoir apposé notre signature sur la Charte des Assises constitue un engagement d’honneur à forte charge morale pour tous.

Le Sénégal doit retourner à l’Etat de droit.

Le Professeur Ameth Ndiaye, de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar a écrit : « A la vérité, l’Etat de droit n’est pas cet Etat dans lequel nos droits et libertés ne sont pas violés. Il est très certainement celui dans lequel lorsque nos droits fondamentaux sont malmenés, il nous est possible de nous en référer à un juge indépendant, garant des droits et des libertés inaliénables et sacrés, capable de nous rétablir dans notre bon droit ».

Là se trouve posé, en des termes qui sont d’une remarquable pertinence, le pilier central autour duquel il faudra rebâtir le Sénégal de demain, dès 2012, si l’élection présidentielle ne survenait pas avant terme. Qui sait ? Dans tous les cas de figure, notre option est que l’Etat de droit, dont l’armature solide sera posée dans une nouvelle Constitution de la République, ne saurait relever ni du pouvoir exécutif, ni du pouvoir législatif.

Le projet de cette future Constitution est en cours d’élaboration. Il est confié à des spécialistes sénégalais, connus et reconnus comme tels, au Sénégal et dans le monde. La plupart d’entre eux ont déjà conduit et réussi, dans des Etats africains, des missions d’expertise en ingénierie institutionnelle, au titre de l’Organisation des Nations Unies, de l’Unité Africaine et de certaines communautés d’intégration régionale ou dans d’éminentes missions de médiation et de paix.

Très certainement, la mission de veiller sur la sacralité de l’Etat de droit ne peut être pilotée et garantie que par un juge s’adossant sur un pouvoir judiciaire résolument indépendant. Ce pouvoir judiciaire ne pourra être efficace que s’il est doté des leviers juridiques nécessaires à la sauvegarde républicaine de ce principe d’indépendance.

Aucun Chef d’Etat ne peut se voir reconnaître le droit ou la possibilité de se mettre au dessus de la loi.

Le Sénégal de demain ne peut être fondé que sur ce mécanisme et ce principe de l’indépendance du Juge constitutionnel.

C’est ce qu’avait compris, avec une admirable et historique vision, le Chief Justice Marshall. Nous sommes en 1803, ici même aux Etats-Unis d’Amérique. Cette année-là, dans une retentissante décision dans une affaire, Marbury contre Madison, ce Juge américain a posé un jalon resté célèbre dans les annales de la protection constitutionnelle des droits inaliénables et sacrés de l’homme et du citoyen. L’odyssée bicentenaire du contrôle de constitutionnalité a vécu, en 2003, avec la même intensité et la même force de vérité. Cette décision est le principe qu’il porte depuis, revêt une valeur et une portée universelles.

C’est dans cet esprit et au nom des mêmes idéaux républicains que le Sénégal a besoin d’une Cour Constitutionnelle, comme l’a, du reste, proposé la Charte de gouvernance démocratique.

L’Arrêt Marbury contre Madison, il convient de le rappeler, est un arrêt de la Cour Suprême des Etats-Unis (arrêt 5 US 137)  rendu le 24 février 1803.

Cet Arrêt, à bien des égards, est l’un des plus importants rendus par la Cour Suprême des Etats-Unis, pour les principes qu’il établit. La Cour y affirme la capacité pour les tribunaux, et en particulier pour elle-même, de juger, en toute indépendance, de la conformité des lois à la Constitution et d’écarter, en ne les appliquant pas, celles qui y contreviendraient.

Ce principe, on le voit, donne à la Cour Suprême des Etats-Unis d’Amérique son pouvoir le plus important et a fait d’elle la première Cour Constitutionnelle de l’Histoire.

Le peuple du Sénégal a le droit de revendiquer de telles garanties.

Pour ce qui concerne l’Afrique, il suffit de mentionner le cas du Niger, en 2009, « Pour autant, une formidable leçon venue d’Afrique francophone est venue porter, à la face du monde, le flambeau de la force du droit et s’est révélée porteuse d’une immense charge d’espoir. Il s’agit de la position adoptée par la Présidente de la Cour Constitutionnelle du Niger, Madame Fatoumata Salifou Bazèye. Dans son Arrêt n° 4 du 12 juin 2009, la Cour Constitutionnelle du Niger, examinant le texte d’un décret controversé de l’ancien Chef de l’Etat Tandja, alors encore en fonction, estimera que « … le décret consacre également un véritable détournement de pouvoir en ce sens que le président de la République s’est érigé en constituant originaire, en violation de la Constitution actuellement en vigueur ».

Ailleurs, ces quelques lignes et cette position courageuse n’auraient reçu qu’un accueil contenu et vite classé. Dans le contexte africain, cela n’apparaît-il pas comme le signe annonciateur d’une nouvelle ère, celle, véritable, de la revanche et de la supériorité de l’ordonnancement juridique sur l’ordonnancement politique ? 

Mesdames, Messieurs,

Je crois pouvoir penser et dire que les sujets autour desquels nous pourrons animer cette Conférence sont nombreux et divers. Ces sujets concernent le Sénégal.

Ils concernent aussi l’Afrique. J’aurais pu entrer dans l’espace des programmes et autres réformes de relance économique et de bonne gestion financière qui permettent, grâce au soutien de la communauté internationale, de cheminer dans les champs de mine des obstacles au développement ou de tenter de surfer sur la crête et le creux des vagues capricieuses des statistiques qui analysent, à l’indice du développement humain, les avancées sinusoïdales, les arrêts fréquents et les réveils qui succèdent, parfois, à de longues périodes de somnolence de maints programmes de croissance sur notre continent. Je reste, à cet égard, animé d’une naturelle ouverture au dialogue, sachant que  nous évoquerons ces questions, dans le cadre du débat général, et que j’apprendrai beaucoup, à votre écoute.

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Pour terminer, je tiens à remercier les Institutions internationales qui soutiennent, en même temps que le font des pays démocratiques, en Amérique du Nord, en Amérique Latine, en Europe et en Asie, le combat des peuples d’Afrique pour le triomphe des idéaux de justice et de liberté sans lesquels aucun développement n’est envisageable.

Malgré les difficultés, l’Afrique évolue et avance. Et il faut espérer.

C’est pourquoi, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, le Programme des Nations-Unies pour le Développement, l’Union Européenne, et les Etats avec lesquels nos pays signent et mettent en œuvre des Accords multilatéraux ou bilatéraux allant vers plus de liberté, plus de paix, plus de solidarité et de cohésion nationale en Afrique, trouveront ici l’expression de ma gratitude.

Je ne veux pas oublier les élites africaines qui travaillent dans ces Institutions, avec dignité et honneur, ni celles restées au pays et qui, celles-ci et celles-là, s’élancent vers les défis et les mutations du monde en y entraînant l’Afrique, pour que celle-ci y prenne sa place, dans le respect sacré de notre histoire, de notre culture et de nos droits.

Ainsi, l’Afrique sera au rendez-vous de l’histoire et du dialogue des civilisations. Nous le devons aux générations de demain.

Moustapha Niasse