Intervention de M. Madieyna  DIOUF, Président  du  Groupe parlementaire  de  l’Espoir
à  l’occasion  du  débat  sur le projet de  loi  portant  prorogation  du  mandat  des députés

 

 Monsieur le Président, Monsieur le Ministre d’Etat, Madame le Ministre, Chers collègues,

 Monsieur le Ministre d’Etat,

Nous vous demandons de retirer, purement et simplement, ce projet de loi inique qui ne vise, manifestement, que des objectifs politiciens et électoralistes découlant d’intérêts égoïstes du Président de la République et de son parti, le Pds.

Parce que, la vérité est que le Président de la République , dont le parti est traversé par une grave crise, ne veut pas affronter, en 2006, le suffrage des sénégalais profondément déçus par le régime de l’alternance.

C’est cela, la dure réalité qui pousse le régime libéral de Me Abdoulaye Wade à manipuler la Constitution , en proposant, à notre Assemblée, l’adoption, par sa majorité mécanique, d’une dérogation à l’alinéa premier de l’article 60 qui fixe le mandat des députés à cinq ans.

Si le texte qui nous est proposé est voté, nous allons devenir, pour un an, des députés par dérogation, à l’instar du Président par défaut, ainsi qualifié par  un patron de presse.

Demain vous allez, probablement, proposer de nouvelles dérogations à des articles de la Constitution portant sur le mode scrutin, sur la création d’un Sénat, sur la durée du mandat présidentiel ou visant à régler des comptes intérieurs au Pds.

De manipulations en manipulations de la Charte fondamentale, le Sénégal vogue, allégrement, vers l’instauration d’un régime taillé aux seules mesures de Me Abdoulaye Wade, sur fond d’instabilité institutionnelle chronique. 

La caractéristique essentielle de l’exposé des motifs du projet de loi qui nous est soumis réside dans la faiblesse et la pauvreté de son argumentaire, parce qu’évidemment, il était difficile d’étaler les vraies raisons qui le sous-tendent. Mais, tout de même, le gouvernement aurait pu faire preuve de plus d’imagination et créditer les sénégalais et leurs élus de plus de capacité de jugement en essayant de trouver, c’est difficile certes, des arguments moins fallacieux.

En effet, le Président de la République propose le couplage des élections au seul motif de mobiliser les 7 milliards affectés aux élections législatives de 2006 pour boucler le financement du plan “Jaxaay ”.

Alors que, dans la lettre adressée à l’opposition, le 25 novembre dernier, Me Abdoulaye Wade, jetant le masque, annonçait qu’il y aurait couplage des élections en 2007, même s’il n y avait pas eu d’inondations, ce qui, curieusement, n’est pas repris dans l’exposé des motifs.

Le prétexte des inondations est purement fallacieux, puisque les 7 milliards peuvent être facilement trouvés ailleurs.

Précisément, au mois de novembre dernier, le Ministre de l’Economie et des Finances nous a proposé une loi de finances rectificative portant sur plus de 24 milliards de francs de ressources supplémentaires provenant de consolidations des plus values de recettes et d’économies sur l’Initiative PPTE en 2005.

Mieux, l’opposition, par la voie de l’ancien Premier Ministre Moustapha Niasse, a proposé de rechercher auprès des Institutions internationales les ressources nécessaires, ce que le Président Wade a rejeté, arguant qu’il ne veut pas tendre la main. Alors qu’aujourd’hui, il recherche auprès de l’Union européenne, 13.5 milliards pour soutenir le prix d’achat au producteur du kilogramme d’arachide.

Nous rappelons, également, que Me Abdoulaye Wade a toujours déclaré, depuis le début de son mandat, que son problème n’était pas de trouver des ressources, mais de faire en sorte que les différents départements ministériels puissent disposer de capacités suffisantes d’absorption de la manne financière qu’il faisait tomber sur le Sénégal !

Le projet de loi pose aussi problème sur les registres de l’éthique, de la morale et des traditions républicaines. Parce que, d’abord, le Président de la République renie, allégrement, les engagements qu’il a, solennellement, exprimés, sur le respect du calendrier républicain.

Ensuite, pour avoir, lui même, quand il était dans l’opposition, réclamé et obtenu, l’organisation séparée des élections législatives et présidentielle.

A cette époque, l’opposant Abdoulaye Wade avait  saisi sur la question, par lettre, le Président de la République et développé une argumentation tout à fait aux antipodes de ce qu’il défend aujourd’hui.

Un code électoral consensuel avait été élaboré en 1992, à partir des concessions du parti alors au pouvoir, sur la base des exigences mêmes du Pds de Me Abdoulaye Wade, et voté, à l’unanimité par l’Assemblée Nationale. Le parti socialiste, parti du Président de la République , disposait pourtant d’une large majorité au parlement.

Le dialogue et le consensus instaurés entre le pouvoir et l’opposition, ont permis la réalisation de l’alternance, le 19 mars 2000.

 Aujourd’hui, ces traditions républicaines sont  bafouées et remplacées par des prises de décision unilatérales et antidémocratiques du Président de la République.

L’exposé des motifs évoque aussi, très rapidement, les inconvénients d’une campagne électorale permanente. Pendant que le Premier Ministre, qui est en campagne électorale permanente, parcourt le pays toutes les semaines, en abusant des moyens de l’Etat et en distribuant des prébendes à sa clientèle politique, au lieu de se pencher sur les urgences économiques et sociales d’un pays en ébullition.

Pire, le palais de la République est devenu, depuis l’alternance ce que nous avons appelé le supermarché de la transhumance, où l’on sert achète les consciences au cours d’opérations télévisées par la RTS , au mépris des règles élémentaires de déontologie. C’est cela, la campagne électorale permanente !

Enfin, il faut noter que le Président de la République a choisi la voie parlementaire pour la réforme de la Constitution , alors que les députés étant élus au suffrage universel, la consultation directe des sénégalais, par référendum, était un minimum sur le plan de l’éthique républicaine. Mais, là encore, la peur d’affronter le suffrage des sénégalais l’a emporté !

Cependant, Me Abdoulaye Wade ne pourra pas reculer, ad vitam eterrnam, les échéances et, tôt ou tard, il faudra aller aux élections et les sénégalais vont choisir  une alternative à l’alternance dévoyée !

Il nous faut conclure en invitant, de nouveau le gouvernement à retirer purement  et simplement ce projet de loi antidémocratique, pour l’éthique, pour la morale et pour la consolidation de l’Etat de droit et afin d’éviter de plonger notre pays dans une ère d’incertitude porteuse de graves dangers.

 

Dakar, le 16 décembre 2005

Groupe de l’Espoir