Forum des Partis politiques, des médias et de la société civile d’Afrique de l’Ouest

Cotonou (Benin), 28 juin - 1er juillet 2005

Contribution de Mamadou Ly
Secrétaire National du Bureau politique 
chargé de l’Administration et de la Permanence
de l'AFP

 

 

Je voudrais tout d’abord vous transmettre le salut fraternel et amical de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général de l’Alliance des Forces de Progrès, des membres de la Direction ainsi que de l’ensemble des militantes et militants du parti que je représente à cette manifestation. Ils vous transmettent également leurs voeux de plein succès pour nos travaux.

Le thème du forum : « Partis politiques, Médias et société civile en Afrique » qui réunit des représentants de ces trois catégories d’acteurs venant de l’ensemble des pays de la CEDEAO, de la Mauritanie, du Cameroun et du Tchad pour discuter des problèmes liés à la démocratie et à la paix dans nos pays respectifs et dans cet espace régional, constitue, en soi, un événement majeur. En effet, c’est, peut être la première fois que tous ces acteurs venant des pays cités échangent sur des questions aussi primordiales que la gestion des crises et de conflits dans certains de nos pays et l’échelon régional. Aussi, je voudrais remercier très chaleureusement le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest et du Club de veille pour la paix en Afrique de l’Ouest, d’avoir permis l’organisation d’une telle rencontre.

Cette préoccupation des organisateurs de ce forum est partagée par notre parti, l’AFP depuis sa création en juillet 1999. Comme vous le savez, c’est grâce notamment à la clairvoyance et à la sagesse de notre Secrétaire général et de notre parti que l’alternance s’est réalisée de façon pacifique dans notre pays en mars 2000. Cette attitude responsable de notre parti ainsi que de toute l’opposition sénégalaise a permis d’éviter des crises malgré les violations répétées des libertés, la confiscation des médiats d’État par le pouvoir en place, l’installation d’ores et déjà d’un sérieux contentieux électoral à cause de l’altération du consensus obtenu sur le processus électoral par le gouvernement qui prend des décisions unilatérales sans compter une situation économique et sociale rendue difficile par le pilotage à vue, l’incompétence et l’incurie..

Le forum qui nous réunit doit nous permettre faire un inventaire, qui se doit d’être rigoureux, des responsabilités des uns et des autres dans l’instabilité périodique de nos sociétés. Cette instabilité, de diverses manières, selon nos pays et, concernant le Sénégal, plus souvent cité comme exemple positif que comme foyer de trouble, au regard duquel, mon parti, l’Alliance des Forces de progrès (AFP) n’entend pas dormir sur tant de lauriers tressés.

L’expérience récente de pays qui partageaient jusqu’ici avec nous cette réputation de quiétude nous exhorte à l’introspection et à la vigilance. Tout compte fait, l’expérience capitalisée par notre organisation politique, à travers l’implication de son leader Moustapha Niasse à la résolution des crises internes et internationales (Togo, Congo etc.) depuis l’indépendance, nous impose en toutes circonstances une démarche empreinte de sérénité, de maturité et de tempérance dans l’approche des conflits au sein de nos Etats comme dans la sous-région ouest-africaine.

 

C’est pourquoi, ayant participé au premier gouvernement de l’alternance dans une posture importante puisque notre leader Moustapha Niasse en était le Premier ministre, nous avons proposé aux différents acteurs politiques et de la société civile un code de conduite basée sur l’éthique et la morale et accepté par tous. Le peu de cas fait à notre proposition a certainement eu des conséquences négatives sur la qualité des rapports entre organisations politiques, sur la cohésion des partis politiques et certainement sur la sécurité des hommes politiques et la stabilité de la société sénégalaise.  

Evidemment nos responsabilités restent entières dans la situation actuelle de nos sociétés. Car ces responsabilités sont partagées entre toutes ses composantes pour ce qu’elles auront pu apporter ou pas dans la tâche de consolidation de la paix, de construction de la démocratie dans l’espace sous régionale. Mais quelles sont ces responsabilités ? En tant qu’instrument de mobilisation et d’encadrement des masses, les partis politiques, du moins, les cadres politiques ont la lourde mission de ne pas fourvoyer leurs aspirations dans le cercle vicieux des ambitions égoïstes, lesquelles génèrent les interminables combats de chefs que nous connaissons.  

La question ici se pose de savoir s’il est possible pour nous autres, citoyens des pays les moins avancés, d’atteindre le niveau de stabilité, de sécurité et de confiance réciproque des démocraties occidentales en faisant l’économie de leur dur apprentissage que leur histoire nous révèle. C’est là l’un des enjeux de la globalisation. Il incomberait alors à l’élite politique et sociétale de concevoir des règles, des principes et des conventions qui engagent les uns et les autres. Sous ce rapport, vous aurez sans doute deviné que l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) remet le métier à l’ouvrage : un projet de code de conduite, de charte éthique et morale, discuté par les parties contractantes qui accepteraient de le mettre en œuvre, est à notre sens la solution pratique la plus adéquate.  

Ce code ou cette charte, en faisant le diagnostic des crises actuelles, anticiperait sur leurs répétitions éventuelles en en identifiant les causes. Au préalable, les partis politiques apprendraient à se faire des concessions mutuelles au nom des intérêts supérieurs de la nation qui transcende l’aspiration parcellaire de leurs responsables, mais surtout prendront comme arbitre l’opinion nationale dûment informée. Il reste que les segments qui se réclament de la société civile ne devraient pas s’engoncer dans la quiétude de leur neutralité et de leur désintéressement trop vite proclamés. Ainsi en est il aussi des médias de la sous région. Leurs animateurs ont montré lors de récentes crises, celle de la Côte d’Ivoire notamment, qu’ils peuvent prendre parti entre les segments en conflit.  

Tous les acteurs cités plus haut sont donc interpellés : les médias, la société civile aussi bien que les partis politiques doivent contribuer à trouver des solutions aux problèmes qui se posent au niveau de la sous-région. Chacun doit se poser la question inévitable : « Quelle est ma faute ? » et se résoudre à éteindre le feu chez le voisin avant qu’il ne s’étende. L’appui de la communauté internationale ne sera jamais déterminant. C’est pourquoi, malgré la tenace action contre la guerre, au Libéria, en Côte d’Ivoire et en Sierra Léone, et la démonstration de la vanité des situations acquises par le sort des armes, des chants de guerre continuent d’être entonnés par-ci, par-là malgré les différents mécanisme mis en place pour la résolution de ces crises et conflits.  

Il reste vrai que la géopolitique mondiale n’est pas favorable au consensus nécessaire pour que l’Afrique construise en paix son développement. Ce n’est pas un hasard que les pays les plus instables sont les pays les plus riches du continent. La République Démocratique du Congo n’a connu de répit depuis l’indépendance que pendant la période où sous la botte du maréchal Mobutu, ses minerais ont été accessibles à l’Occident. Ainsi, la question de la paix et de la démocratie se trouve t-elle soumise au diktat de l’étranger qui s’accommode plus volontiers d’un régime autocratique qui sauvegarderait ses intérêts stratégiques que d’un régime démocratique qui serait peu ou prou soucieux de sa souveraineté.  

La dynamique de résolution de crises enclenchée dans la sous région ouest africaine reste tributaire des intérêts économiques des pays qui la composent, des rivalités des partis qui se disputent le pouvoir d’Etat en leur sein, mais aussi des alliances internationales des protagonistes. L’implication des anciens pays de première ligne dans la crise congolaise a montré que la conception d’un panafricanisme militant peut amener à raison des factions politiques prêts à casser un pays s’ils ne le gouvernent pas. Le fait que les factions armées aient accepté de laisser la décision aux politiques est encourageant. Tel n’est pas le cas pour la Côte d’Ivoire où la tendance semble s’inverser.  

En réalité, il n’existe pas un instrument de promotion de la paix dans la sous région. Si nous retenons que l’objectif d’un parti politique est de conquérir le pouvoir, parfois par tous les moyens nécessaires, que les objectifs des médias restent d’informer les citoyens y compris sur comment se déroulent les guerres et les crises, nous constatons la disparition des mouvements pour la paix depuis la fin de la guerre froide. Il s’agit de reconstituer au niveau sous régional dans chaque pays un fort mouvement pour la paix qui articulerait ses préoccupations autour des crises existantes et qui leur chercherait une solution définitive.  

L’expérience critique de certains mouvements pour la paix qui sont apparus ça et là en Côte d’Ivoire notamment devrait aider à asseoir sur des bases plus larges une coalition sous régionale pour la paix. Ainsi en diffusant dans de larges secteurs les principes de paix, de solidarité humaine, de respect de la vie humaine et de tolérance, ils pourront aider les potentats que nous sommes ou que nous aspirons à être à nous rappeler, au moment le plus critique de décision majeure, que rien ne vaut la paix, après tout.

Le défi auquel les élites africaines sont confrontées est de construire des sociétés prospères et vivant en paix en leur sein et entre elles.

Paix et développement doivent être notre credo pour un monde plus humain, plus solidaire et plus équitable.