Symposium organisé par l’Alliance des Cadres pour le Progrès sur le système institutionnel sénégalais dans la perspective d’une alternative pour le changement

Dakar, le 19 Août 2005

Message du Secrétaire Général du parti, M. Moustapha Niasse

 

 

Mes chers Camarades,
Chers Participants,
Mesdames Messieurs les Invités,

 Nous sommes réunis, aujourd'hui, ici, à Dakar, à l'initiative et à l'invitation de l'ANCP, qui regroupe les Cadres de l'AFP, pour ensemble réfléchir et procéder à des échanges sur l'évolution de notre pays, le Sénégal, sur les perspectives qui s'ouvrent sur le chemin de nos communs intérêts, pour faire face, avec courage et lucidité, aux défis multiples qui nous interpellent.

Le programme de ce Symposium a été conçu de manière à permettre un exposé préliminaire, que nous venons d'entendre avec intérêt et attention, sur la problématique institutionnelle de notre pays. Cet exposé a situé, avec pertinence, les points de focalisation et les paramètres d'analyse des réalités que nous vivons, chaque jour, dans ce domaine délicat du fonctionnement des pouvoirs de la République, dans la prise en charge des missions qui sont les leurs et qui visent comme finalité de faire le bonheur des citoyens, dans la protection de leurs libertés et dans l’accomplissement de leurs obligations vis-à-vis de la communauté des hommes.

Ce même programme, comme il m'a été communiqué, prévoit un message du Secrétaire Général de l'AFP.

C'est dans cet esprit que je m'adresse à vous, comme une contribution que je verse au débat de ce jour, sur le sujet qui nous réunit. Il me semble qu’il a été annoncé que je ferais une adresse, un message à la nation, il a dû, sans doute, y avoir une erreur dans la communication. Les messages à la nation serait pour demain, quand le pouvoir sera entre d’autres mains. Dieu seul sait lesquelles, mais nous souhaitons que cela intervienne. Et nous sommes tous, à cette fin, mobilisés. Mon message sera donc pour les participants à ce symposium pour le moment. Quand nous parlons du système institutionnel, pour demain, c’est parce que l’urgence colle au sujet.

Il s'agit bien de l'État sénégalais. Il s'agit bien des interrogations qui habitent nos capacités d'intelligence, d'analyse et de raisonnement. Il s'agit aussi, il faut le souligner, de notre devoir de passion et de créativité, dans un élan partagé et dans un effort convergent pour rechercher et trouver, dans les conditions les plus convenables, les solutions les plus appropriées aux récurrences générées par la situation qui est celle de notre pays, dans le temps présent, dans de nombreux domaines et, en particulier, dans celui du fonctionnement des Institutions de la République.

Je me garderai de revenir sur la description et sur l'analyse des données juridiques ou même politiques qui marquent cette situation. Cela a été fait, et brillamment fait, dans l'exposé que nous venons d'entendre.

Gérer un État, c'est assumer une responsabilité tout à la fois morale et effective. Responsabilité morale que représente la mission que le peuple confie à des dirigeants, à des décideurs hauts fonctionnaires, à des parlementaires représentant la nation, à des juges, aux commandants des services de sécurité, aux gardiens de la défense nationale, aux diplomates chargés de présenter, sans fard, à la face du monde le visage de tout un pays, ses ambitions, ses actions, ses références, ses réalisations, ses difficultés, l'essence de ses options fondamentales pour accomplir son destin dans le concert des nations.

Par delà cette responsabilité morale, les exigences qui s'attachent à la fonction de dirigeant sont nombreuses et variées. Elles tiennent d'un messianisme conscient et volontaire. Elles tiennent aussi d'une volonté de conformité, en toutes occasions, à l'éthique de la République et aux devoirs à tous les devoirs - qu'induisent une prise de conscience et une capacité d'être responsable, tout à la fois, des autres et de soi-même, avec objectivité, esprit de justice, souci du bien général, élévation spirituelle, générosité, honnêteté et volonté de dépassement

Éviter de tromper le peuple implique de refuser de chevaucher les coursiers de l'infamie et de cheminer dans les espaces glissants de la mythomanie d'État qui conduit à imposer au peuple un bonheur virtuel à l'opposé des réalités qu'il subit. Dans la mécanique des moteurs, les ratés à répétition sont annonciateurs de la panne finale. Comment la prévenir, comment l’éviter ?

Tout dirigeant politique doit être capable d'éviter les raisonnements simplistes et réducteurs. La lutte contre les déprédations morales, contre la corruption, contre l'irresponsabilité, la confusion des rôles, n'a de sens que si le système institutionnel d'un pays se protège contre le risque de tomber sous son propre poids. Le délabrement des circuits institutionnels se répercute toujours, comme c'est le cas aujourd'hui dans le monde paysan sénégalais, par des conséquences désastreuses sur la production agricole. Ainsi, le monde rural, par delà son appauvrissement accentué, a besoin de liberté et d'initiative. Il a besoin de démocratie dans l'administration du développement et dans la répartition des fruits de toute croissance

 Le monde rural et les couches défavorisées des villes exigent, à présent, dans le choix entre la sincérité et l'habileté, que tout pouvoir politique, au Sénégal, opte pour la sincérité qui est la seule donnée susceptible de nous permettre de trouver des réponses aux interrogations de notre conscience. Le matraquage médiatique, qui est devenu une politique de communication des autorités en place, tend à créer une âme et un mouvement de la résistance face aux risques et aux dangers de la décomposition et de la décadence. Il nous faut, dans une telle situation, mobiliser une énorme somme de travail, d'imagination, d'intelligence et de courage. Les patriotes de notre pays doivent se garder d'avoir ou de donner l'impression d'être ou de s'installer dans un temps immobile, marqué du sceau de la résignation. Si nous connaissons l'histoire de notre pays et ses constantes de toujours, nous devons réfuter toute idée de résignation qui ferait croire que dans notre société d'aujourd'hui, les rapports de force doivent être figés. Si nous savons reconnaître et connaître la puissance des symboles, nous devons empêcher quiconque, à la tête ou au sommet de l'Etat, d'être tenté de s'en servir pour créer des confusions.

Nous devons ne jamais oublier que la valeur d'un homme, depuis que l'humanité existe, ne se mesure qu'à sa capacité de sacrifier sa vie pour ses idéaux, en faveur de l'intérêt général, c'est-à-dire toujours servir la vérité et accomplir le devoir jusqu'au bout. Il reste, dans ce domaine, beaucoup d'efforts à accomplir, encore, tant le cosmétique l'emporte sur le souci de vérité et les promesses sur une approche, en temps réel, des priorités objectives.

Notre pays, le Sénégal, a le droit d'exiger, pour aujourd'hui et pour demain, des institutions républicaines fiables et solides, dans le plein respect de la séparation des pouvoirs, l'exécutif, le législatif et le judiciaire, principe qui permet de ne jamais accepter l'option d'agir au jour le jour, sans penser au lendemain, qui permet de s'éloigner de tout acte ou attitude où les réflexes passionnels l'emportent sur l'analyse objective, de choisir de débarrasser l'espace politique sénégalais de certains mythes qui l'encombrent, ces mythes qui n'ont qu'un contenu politicien. Un attachement de plus en plus grandissant aux avantages du moment conduit, chaque jour davantage, des Sénégalais à décider de cheminer avec ceux qui considèrent qu'ils n'ont plus aucune possibilité d'agir autrement qu'ils ne le font parce qu'ils trahissent, les yeux ouverts, tout ce qui fait leur raison de vivre. Ce choix est devenu comme malheureusement exemple reposé à la jeunesse, celui de ceux qui prônent le raccourci, pour créer une catégorie de retraités qui à 40 ans déjà se sont installés dans les fauteuils des « HASBEEN ». La jeunesse d’un pays a droit à plus de respect et celle du Sénégal, au premier rang.

Seul un fonctionnement contrôlé, régulier et efficace des Institutions de la République est susceptible de situer à quel moment précis la légende commence-t-elle de coller avec l'histoire, afin que les générations futures puissent ressentir une fierté légitime en rappelant le parcours, l'ouvre et les sacrifices des prédécesseurs. Seules des institutions solides, soutenues par des mécanismes de contrôle pluriel, peuvent aider les Sénégalais à mener et à poursuivre, dans la solidarité, ce difficile combat contre soi-même, contre nos impatiences, contre nos velléités, contre nos lenteurs.

Une telle approche intègre naturellement les attentes et les préoccupations de la jeunesse de notre pays, cette jeunesse qui rêve de croissance et de développement et qui, aussi, et pour cette raison, porte l'espoir, au moment où, de plain pied, nous entrons dans l'ère de la modernité. Le Président Jacques Chirac n'avait-il pas raison de dire, au moment où disparaissait son prédécesseur, le Président François Mitterrand, « seul compte, finalement, ce que l'on est dans sa vérité ». Et quand l'ambition à dimension humaine, pétrie de valeurs positives rencontre la vérité, l'espoir est permis. Et l'espoir se nourrit de liberté.

Des Institutions solides permettraient aux Sénégalais d'épouser, dans leur démarche en tant que peuple, les contours de leur temps et avec celui-ci, construire leur avenir avec intelligence et lucidité. En faisant souffler sur notre pays le vent de la liberté par le port du brassard rouge, partout à présent, le peuple du Sénégal ne se trompe pas d'adresse parce qu'il veut éviter le spectacle lamentable d'un appareil étatique vermoulu de l'intérieur, rongé sur ses bases, avec des acteurs robotisés, une économie ruinée, au rythme des scandales sous un ciel vide quand des statistiques théoriques vidées de toute signification affichent, malheureusement, les signes du déclin.

Nous avons l’obligation de lutter contre les risques décadence, celle-ci étant la situation où une société tourne le dos aux principes qui devraient faire sa propre grandeur.

Le changement est nécessaire. Il est possible. Il est souhaitable.

Alors, quel Etat, pour demain ? Quelle restitution ?

Il est réalisable à bref délai, si nous le voulons. Une vision des hommes de qualité et non des amateurs pressés- un esprit d’équipe – de la rigueur et aussi, de l’honnêteté du savoir faire et de la patience. Travailler voilà ce qui manque.

Une pensée ne devient action qu'une fois qu'elle est portée par l'intelligence. Celle-ci est renforcée par l'imagination. S'il s'y ajoute le sens de l'organisation, une méthode et un système de planification, dans le temps et dans l'espace, les séquences successives de sa traduction sur le terrain pratique en actes concrets créent des synergies de novation et de production de progrès. Aujourd’hui, nul ne peut contesté que même une apparence de séparation des pouvoirs ne suffit pas. Tant les violations de ce principe sont fréquents, flagrants et dévastateurs. Le Professeur Ablaye DIEYE l’a démontré avec pertinence et clarté.

Encore une fois, le Sénégal a besoin d'Institutions fiables et fonctionnelles, protégées par l'esprit et par la lettre des lois. Les temps sont difficiles, mais nous sommes capables, si nous nous tenons la main, de traverser, avec succès, tout champ de mines que présentent, devant nous, les évènements. Il y a quelques semaines l’article 101 de la constitution a été violé par un vote bancal du parlement. Pour justifier un tel acte ses auteurs sont allés chercher en France, 46 ans après l’indépendance, un article de la Constitution française. Puis ils ont dit : « Fermer le ban et repos ! ».

La barque sénégalaise doit être autrement barrée.

En effet, n'est-ce pas dans les moments de grande tempête que l'on reconnaît les navires solides, les équipages soudés et les capitaines intrépides ? A l'AFP, nous sommes prêts, il faut le dire, car nous entendons poursuivre notre combat, la tête haute, la foi dans le coeur et l'engagement conscient devant vous, pour nous guider.

Nous savons et nous voulons, en toutes circonstances, agir de façon honorable et digne. Nous refusons toute compromission, aujourd'hui et demain. Notre opposition vis-à-vis du parti au pouvoir ne saurait faire l'objet d'aucun affaiblissement, d'aucune hésitation, d'aucune remise en cause.

Nous nous adressons au peuple, ce peuple de paix qu'est le Sénégal, qui espère et qui attend des patriotes sénégalais qu'ils réfléchissent dans le calme et dans la sérénité, hors du champ des diatribes et des invectives, pour un discours apaisé et vrai, généreux sans être démagogique, réaliste sans être populiste. Parce que le temps est venu, pour sauver notre pays des dangers qui le menacent, de contribuer, sans calcul, à calmer le jeu, en invitant les acteurs politiques - tous les acteurs politiques - à opter pour un type de conversation civilisée, où l'on privilégie l'essentiel, d'autant qu'avec l'honnêteté on peut toujours vaincre.

Parce que nous dialoguons avec le peuple, sans oublier les manquements de ceux qui dirigent le pays, nous ouvrons nos cours et les remplissons de volonté de comprendre, d'espérer et d'agir. Nous voulons, dans cette démarche, être constructifs et responsables.

C'est que le Sénégal a besoin d'un État efficace, avec un pouvoir judiciaire fort et indépendant, d'un État démocratique, ouvert et transparent, affranchi de toute corruption, de cette corruption qui tue l'efficacité dans le secteur public et qui déséquilibre le secteur privé. Développer un pays ne saurait être aider une poignée d'individus à s'enrichir. C'est encore moins prétendre créer des richesses qui ne profitent qu'à une élite ou à une minorité. C'est plutôt transformer la société, créer les chances d'un égal accès de tous au bien-être, à la sécurité, à l'éducation, à la santé, à la libre pratique de sa foi religieuse, dans la tolérance mutuelle et dans la solidarité. A quand l’option « il est interdit d’interdire ! ». Le Chef de l’Etat, l’actuel, son régime, son parti, ses alliés, doivent savoir que le monde avance avec le temps et les événements de la vie aussi.

Je citerai, pour terminer, le philosophe Zénon le stoïque qui recommandait aux hommes, pour se délivrer des passions et de toute vie dans l'incohérence, que chaque individu mette sous ses yeux le gouffre sans fond du temps. Les acteurs politiques sénégalais doivent respecter l’homme, le citoyen, la personne humaine. Est-ce se livrer à un exercice de dérives, de raillerie que de dire que le supermarché de la transhumance politique dont le chapiteau était à Dakar, est devenu forain et mobile ?

Marc Aurèle, Empereur romain, de son côté, conseillait à ses soldats « le matin, quand il t'en coûte de te réveiller, que cette pensée te soit présente : c'est pour faire œuvre d'homme que je m'éveille ».

Puisque est venu le temps de sonner les cloches, les Sénégalais préfèrent celles de la messe du lever du jour à celles qui annoncent le Te deum de l’angélus.

Je souhaite plein succès à ce Symposium de l'ANCP.

Je vous remercie.