Séminaire national du parti sur les diverses composantes du processus électoral : compréhension, analyse, gestion, suivi, contrôle

Saint-Louis - samedi 16 avril 2005

Allocution d'ouverture de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général de l'AFP

 

 

Mes chers Camarades,

Nous nous retrouvons, ce matin, dans cette prestigieuse ville de Saint-Louis. Ancienne capitale de notre pays, drapée dans le prestige de sa longue et belle histoire, pour discuter des échéances que les Sénégalais préparent avec sérieux, prêts à relever les défis, et tous les défis, dans leur marche déterminée vers des victoires futures, à l'occasion des élections attendues pour 2006 et 2007.

C'est à l'invitation du Docteur Moustapha Kandji et de toute l'équipe régionale de l'AFP, que nous sommes, aujourd'hui, les hôtes de Saint-Louis.


Nous allons, tout à l'heure, entendre, successivement, les exposés de nos camarades, M. le Professeur Bouna Mohamed Seck, M. Alioune Sarr, remplaçant, pour l'occasion, M. Mor Dieng et M. Ousmane Ndiaye. Les sujets qu'ils proposent sont : mécanismes et enjeux du processus électoral, textes de base et phases de mise en œuvre, pour le Professeur Seck, la problématique du fichier électoral, pour M. Alioune Sarr et les aspects pratiques du processus électoral, pour M. Ousmane Ndiaye.

Avant d'aller plus loin, je voudrais dire combien, ce matin, nous sommes heureux d'être à Saint-Louis. Notre émotion se comprend aisément.

" Florence, as-tu la paix ? "La paix seulement ", avait dit le poète Léopold Sédar Senghor, en arrivant en Italie, le 7 février 1967. Il voulait ainsi exalter et saluer le rôle joué et la place occupée dans l'histoire de l'Europe par cette grande ville de culture, carrefour et lieu de dialogue des civilisations.

Il en est de même, sans conteste, de Saint-Louis du Sénégal, ville de rencontres et havre de paix pour les hommes et les femmes de bien.

La question que le philosophe et écrivain sénégalais avait posée à Florence, nous la posons, ici, à la ville de Saint-Louis. La réponse sera la même, car cette ville, encore aujourd'hui, baigne harmonieusement dans la convivialité légendaire des Saint-Louisiens, au rythme du clapotis mélodieux des berges du Fleuve Sénégal, non loin d'ici. Les piliers séculaires du Pont Faidherbe auraient pu, s'ils pouvaient parler, rappeler que le pouvoir colonial français avait commandé et fait construire ce pont, en acier, pour enjamber un autre fleuve, dans la région du Mékong, au Vietnam. Faidherbe s'était battu, à l'époque, au Ministère des Colonies, à la Rue Oudinot, pour que ce pont soit affecté au Sénégal et installé à Saint-Louis, en priorité. Ce fut une grande victoire, une chance pour notre pays et la manifestation d'une vision dont les Sénégalais devront toujours être reconnaissants, vis-à-vis de Louis Faidherbe, jadis Gouverneur du Sénégal mais qui restera pour toujours un distingué et inoubliable citoyen de cette ville. Ce pont, aujourd'hui, est un témoin encore vivant de nos pas qui martelèrent les sept arches de cet ouvrage, entre 1952 et 1959. Nous cheminions, alors, en rangs serrés, entre douze et dix neuf ans, en direction de l'ancien Stade Wiltord où M. Wanuxem et M. Laurent, nos Professeurs d'éducation physique, tentaient de nous inculquer, avec patience, le vieil adage latin, " mens sana in corpore sano ".

Evoquer ces souvenirs, c'est rappeler que l'âme et l'esprit, la réputation et les traditions que porte la ville de Saint-Louis, sont gardées, avec un soin délicat, par les Saint-Louisiens, d'origine et d'adoption. Les citoyens de ce lieu, ainsi, demeurent pétris de civilisation, maîtrisent les canons de l'hospitalité, du bien être et de la convivialité. Ousmane Socé Diop, dans son roman Karim, en a fait une remarquable présentation.

Par ces évocations-raisons, je voudrais, dès l'entame de cette allocution d'ouverture, remercier chaleureusement les populations de Saint-Louis, les militantes et militants de l'AFP. A leur tête, le Docteur Moustapha Kandji et toute l'équipe du parti dans cette région, intégrant nos camarades des départements de Dagana, Podor et Saint-Louis, doivent être salués et surtout félicités pour l'unité politique, récemment scellée, à la Permanence du parti, à Dakar, et qui s'est traduite, aujourd'hui, par le rassemblement de ce matin. Il y a lieu de s'en réjouir et de vous en remercier.

En guise d'encouragements, je peux vous dire, en toute sincérité, que des avancées significatives peuvent être réalisées, si vous demeurez unis et si, progressivement, vous maintenez l'intensité de vos initiatives et la solidité de votre engagement, en vous tenant la main, avec sincérité et lucidité. Vous avez démontré, déjà, que vous en êtes capables.

Le Sénégal, notre pays, a besoin de paix. Le Sénégal a besoin de stabilité. Le Sénégal a besoin d'évoluer dans un système politique où la mesure, confortée par la raison, marque les actes publics et fonde, sur des bases solides, l'option démocratique.

Evidemment, il ne peut s'agir d'une démocratie de façade, qui se développe dans le flou des approximations, dans la confusion des inégalités, dans une société à deux vitesses au sein de laquelle le pouvoir en place décide de servir les amis, de léser les adversaires et d'enrichir, de manière irresponsable, ceux qui ne travaillent pas.

Une démocratie repose, si elle doit et veut être vraie, sur une éthique républicaine, permanente, immuable, intangible, enrichissante à plusieurs égards, parce qu'elle a pour finalité de réguler les comportements humains, de protéger les droits de l'individu et ceux de la collectivité, d'assurer la sécurité des citoyens, l'éducation et la formation de leurs enfants, la santé des familles. Elle doit offrir les conditions de promotion d'une ère de coopération et de solidarité internes favorables à l'épanouissement des libertés et à la production de biens utiles à la communauté, pour l'accomplissement de tâches communes, planifiées dans le temps et dans l'espace, pour le bien du plus grand nombre et de toute la société.

Une démocratie doit être conçue, vécue et mise en œuvre, au profit d'idéaux nobles et impersonnels. Elle requiert que les concepts de transparence, de loyauté, d'objectivité et de respect des principes généraux de la morale, habitent les hommes qui l'animent. Ces hommes que les événements et le destin conduisent à la tête des peuples, dans chaque pays, à une période ou à une époque données de la longue histoire de l'humanité, doivent être conscients que, chaque jour, ils contribuent à l'écriture de l'histoire d'un peuple, d'une nation.

Aujourd'hui, dans notre pays, les hommes qui nous gouvernent, répondent-ils aux lignes directrices d'un tel profil ?

Tout indique qu'il n'en est rien.

L'on ne peut vouloir gouverner un pays si on ne le respecte pas, si l'on ne tient pas un langage de vérité à ses propres concitoyens, si l'on veut dérouler sur le chemin de l'action publique des élans de mythomanie ambiante et vaporeuse. Si l'on est incapable de porter des capacités d'homme d'Etat pour s'élever au niveau où se situent l'éthique républicaine, le détachement que procure la sagesse, la générosité vraie qui éloigne les promesses illusoires, le souci du réel qui retient un guide dans les limites que la morale impose de respecter dans tout acte humain destiné au plus grand nombre.

Mais il ne faut pas désespérer car " ceux qui vivent sont ceux qui luttent ", comme le disait Hugo.

Mes chers Camarades,
Il est légitime que les Sénégalais se posent et posent la question : où va le Sénégal ?

C'est que notre pays traverse une situation singulière. Nous devons faire face et le sortir, au plus vite, de cette situation. Il y a quelques jours, l'Union Européenne a dû lancer un ultimatum, enjoignant le Gouvernement du Sénégal de rembourser, dans les délais les plus courts, un financement d'appoint qui, initialement, était destiné au secteur agricole. La Représentation de l'Union Européenne au Sénégal a expliqué, en des termes clairs, que ce financement a été détourné des finalités qui avaient fait l'objet d'un engagement réciproque entre les autorités de Bruxelles et le Sénégal. Ce financement a été utilisé vers d'autres secteurs. Cas patent de mal-gouvernance. Un cas de plus. Un acte flagrant. Condamnable et condamné, malgré les aveux enregistrés et la promesse de rembourser et de ne pas recommencer.

Le délai imparti est celui du 30 juin 2005. S'il y avait du retard, par rapport à ce délai, le financement global serait annulé, purement et simplement. Celui-ci concerne la filière arachide, le secteur de la pêche et les politiques agricoles. Qu'arriverait-il alors ?

Ce Séminaire, centré autour du dossier du processus électoral, implique aussi, dans ses récurrences naturelles, que nous réfléchissions sur toutes ces questions. Ce Séminaire est appelé, ainsi, à nous permettre de trouver des éléments de réponse à toute cette problématique d'une mal-gouvernance avérée.

Nos travaux se dérouleront dans la sérénité. Parce que l'AFP est un parti sérieux et organisé. Nous sommes dans l'opposition et personne ne doit s'y tromper : nous refusons les compromissions et nous refusons, pour cette raison, de fermer les yeux sur les souffrances du peuple sénégalais.

Parce que les Sénégalais ont des yeux pour voir.

Tous les jours, ils observent, ils constatent, ils voient des comportements, des actions et des réactions, des promesses, quelques images furtives, suivies de longs commentaires, sur ce qui est appelé des réalisations, ce qui préfigure déjà la campagne électorale des adversaires de la liberté et de la démocratie.

Sous l'éclairage de telles données, les exposés que nous entendrons, tout à l'heure, nous décriront, avec clarté, les composantes successives de ce processus. Ils nous indiqueront les enjeux qu'implique ce processus, les exigences qui le caractérisent au plan légal. Sans doute, souligneront-t-ils, aussi, les précautions et mesures que le devoir de vigilance nous impose de prendre, pour prévenir et déjouer, avec efficacité et en temps réel, les ruses, astuces, pièges, traquenards et combines dont l'adversaire dispose et qu'il sait manier, avec dextérité, quand il ne lui reste et ne lui restera plus, comme ressources, que la manipulation, la dissimulation, le trafic et la fraude électorale pour détourner la volonté des populations.

A cet égard, nous renouvelons notre invitation, adressée, avec force, aux fonctionnaires et agents de l'administration territoriale. Ces fonctionnaires doivent s'abstenir de toute attitude de complaisance envers les tenants du pouvoir, dans ce processus. Ils doivent servir la République et s'en tenir au strict respect des principes de neutralité et de gestion transparente du dossier des élections. Je veux leur rappeler que nous resterons vigilants.

Ce matin, la parole sera donnée aux militants de base qui vivent, au quotidien et sur le terrain, les prémices de ce qui se prépare. Les patriotes sénégalais peuvent gagner. Nous pouvons gagner, si nous faisons preuve d'un sens élevé de la méthode et de l'organisation.

Un penseur du début du siècle dernier disait, avec raison, que si presque tout peut arriver en politique, il existe une faute qui ne se pardonne jamais, qui est celle de se laisser surprendre.

Nous ne nous laisserons pas surprendre. La peur s'est installée, visiblement, dans le camp de l'adversaire. Nous le connaissons. C'est un avantage, moral et pratique.

Parce que l'adversaire sait que nous savons. Et cela est très important, dans toute stratégie électorale.

Le don de prévision, les ressources de l'intelligence en marche au milieu des évènements, comme une lumière qui inspire des actes rationnels, programmés avec méthode et qui tire les ressources de l'esprit de la loi et des principes du droit, tout cela conduit un parti, comme le nôtre, à pouvoir maîtriser des réflexes humains marqués du sceau de l'efficacité. C'est sans doute ce qui fait si peur à l'adversaire et qui lui fait perdre son sang- froid.

Nous n'entendons, dans notre engagement au service de notre pays, réduire, en aucune manière, le rythme de notre marche contre les inégalités, contre les dérives du régime actuel, contre ses errements, contre ses extrémismes, contre le mode de gouvernance qu'il veut imposer au pays et que nous n'acceptons pas.


Nous voulons qu'interviennent, au terme des prochaines échéances électorales, les changements qui avaient été promis au peuple et que l'alternance avait l'obligation de réaliser.

Nous devons le vouloir, pour, ensemble, répondre aux appels du peuple sénégalais, avec modestie, réalisme et engagement.

Une lame de patriotisme s'est levée dans notre pays. Elle mobilise, déjà, les forces vives de la nation, regroupées, d'abord, au sein des formations politiques légalement constituées, dans les organisations syndicales, dans les associations de la société civile. Elle a été prise en charge par le peuple. La meilleure illustration de cette réalité a été donnée par le succès remporté par la marche nationale du 12 avril 2005, et cela, malgré tous les obstacles qui ont été dressés contre cette manifestation populaire.

Cette dynamique ira en se densifiant, d'abord au sein du CPC, du G 10 et des autres partis qui partagent le même idéal que nous.

Dans le même temps, nous renforçons notre parti.

Renforcer l'AFP, c'est accroître les chances qui s'offriront au CPC de gagner les prochaines élections. C'est le crédo des partis alliés au sein du CPC.

Le CPC, Cadre Permanent de Concertation de l'Opposition, a pris la décision de conduire les partis qui le composent, ensemble, vers une liste unique, pour soumettre celle-ci au suffrage des électeurs à l'occasion des consultations législatives de 2006.

L'AFP doit être prête à tous égards. D'abord, en confirmant sa solidité à la base, par l'installation de son programme de maillage au sein des structures locales ; dans un programme d'animation permanente par l'éducation, la formation des militants ; en recherchant et trouvant, autant que ce sera possible, les ressources appropriées, humaines, financières et matérielles, pour rendre efficaces les initiatives, les synergies, les actes à poser.

Quand arrivera le moment des grandes décisions et des actions concrètes à conduire, notre contribution à la campagne des législatives densifiera sûrement notre apport à l'effort commun, au plan des idées, dans le message et dans le déroulement des thèmes de campagne.

Les idées et propositions qui seront les nôtres, que nous examinerons, nous devrons les avoir élaborées, à temps, tout au long de rencontres comme celles-ci. Toutes les instances du parti seront consultées, une à une, comme c'est l'habitude à l'AFP. Ainsi, nous serons restés fidèles à ces valeurs qui sont, aujourd'hui, sans cesse menacées dans notre société. Nous avons l'obligation de les préserver, parce qu'elles sont fondamentales. Ces valeurs sont la foi et la pratique religieuse, le travail et la famille, la liberté et la responsabilité, la tolérance et l'ouverture, la générosité et l'esprit de tolérance, l'éthique et la solidarité réciproque, qui veut que chaque citoyen serve son pays, de manière concrète, pour la prospérité et la progression sociale. Notre ambition concerne aussi les valeurs démocratiques et humanitaires, l'engagement en faveur de l'innovation et de la modernisation des mécanismes de gestion des affaires publiques. Notre priorité sera aussi la lutte contre la corruption.

Devant les perspectives qui s'annoncent, il nous incombera d'élaborer un Manifeste d'une centaine de pages, pour exposer, expliquer et justifier nos options et notre programme, pour un redressement concerté de l'économie de notre pays, dans le renforcement des acquis démocratiques.

Dans ce cadre, la vision qui est la nôtre, en tant que parti politique et qui est partagée par des millions de Sénégalais, fera l'objet d'une appropriation par nos électeurs et par nos sympathisants. Les femmes et les jeunes figureront au premier plan de cette vision. Les retraités, les personnes du 3ème âge, les handicapés, ne seront pas oubliés.

Les Sénégalais vivants ou établis à l'étranger occuperont, aussi, une place prépondérante dans cette vision d'un Sénégal compris et dirigé autrement.

Sur cette vision, nous bâtirons un programme à court, moyen et long termes, pour réhabiliter le monde rural et le doter des moyens de son propre développement.

Sur cette vision, nous bâtirons les fondements d'une politique d'industrialisation planifiée, par le développement des PME-PMI, la formation technique et professionnelle, l'accès à l'informatique moderne, jusque dans les villages les plus reculés du Sénégal.

Dans ce programme, nous inscrirons, parmi nos priorités, une politique de l'emploi et de redistribution des fruits d'un vraie croissance, grâce à des mécanismes qui ont fait leur preuve dans des pays émergents comme la Malaisie et l'Ile Maurice.

Vouloir sortir du lot des douze pays africains sur cinquante trois Etats du continent, qui figurent parmi les PPTE (pays pauvres et très endettés) est une noble ambition, même s'il est vrai, pour le moment, que les bailleurs de fonds octroient à ces douze pays des facilités d'effacement partiel de leur endettement et leur donnent, de temps à autre, quelques subsides en guise de financements de projets de type social.

La tâche sera dure, surtout si les dégâts actuellement causés par la mauvaise gouvernance continuent de s'amplifier, de se multiplier dans le pays.

En relation et en coopération avec tous les partis politiques qui partagent avec nous une ambition, un projet de société et les mêmes idéaux, l'AFP continuera, dans cette voie, son sacerdoce et son engagement au service du peuple.

Pour terminer, je voudrais souligner que, quelle que soit la complexité des missions à accomplir et des mesures à prendre, les problèmes du Sénégal ont des solutions.

Savoir-faire, expérience, compétence, humilité, réalisme, souci du dialogue enrichissant, sont les maîtres mots de toute approche de la problématique du développement au Sénégal. Quand l'heure des changements sonnera, nous serons prêts à prendre en charge, avec tous les Sénégalais, la conduite de ces changements.

Dans cet esprit, nous saurons faire preuve de patience et de maîtrise des données politiques, économiques et sociales qui situent le Sénégal dans un contexte sous-régional et continental qui appelle une vision comme la nôtre et une volonté de réussir comme celle qui inspire et qui soutient notre projet de société.

Dieu, dans Sa grande miséricorde, entend les prières que les Sénégalais Lui adressent, avec ferveur et confiance, chaque jour, dans les Eglises et dans les Mosquées de notre pays. Il a existé, tout au long de l'histoire de l'humanité, des périodes de difficultés majeures. L'essentiel est de ne jamais oublier que l'être humain est doté de facultés et de ressources qui lui permettent, par l'intelligence et par l'effort, de créer les moyens de produire des mutations positives dans son environnement et dans la marche des Institutions qui conditionnent, à chaque période, la survie des acquis, l'évolution des comportements et des inventions pour une société de paix et de solidarité.

Je vous remercie.