Conférence sur la Constitution à l'épreuve de la gestion libérale

Dakar, 22 décembre 2008

Allocution d'ouverture de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général de l'AFP

 

Mesdames, Messieurs,

Nous voici réunis, ce jour, ensemble, à l'initiative de l'Alliance Nationale des Cadres pour le Progrès, autour du thème " la Constitution à l'épreuve de la gestion libérale ".

D'éminents Conférenciers ont bien voulu accepter d'introduire le sujet et de faciliter les échanges que nous aurons cet après-midi. Il s'agit du Professeur El Hadj Mbodj, Professeur de Droit constitutionnel et Spécialiste en Ingénierie institutionnelle, qui évoquera les aspects juridiques et institutionnels liés à ce thème, de M. Tamsir Jupiter Ndiaye, Journaliste-Politologue sur les aspects politiques et de M. Mame Birame Diouf, Economiste, sur les aspects économiques. M. Mame Birame Diouf est Président de la Commission économique de l'ANCP. Il préside, également, la Commission économique des Assises de Dakar.

Je voudrais, au nom de notre parti, les remercier tous les trois d'avoir bien voulu se joindre à nous et de nous faire bénéficier de leurs connaissances du sujet.

Je souhaite, également, féliciter les Cadres de l'ANCP, conduits par notre camarade Alioune Sarr, pour avoir choisi, dans un contexte comme celui qui prévaut actuellement au Sénégal, de nous réunir autour de l'architecture institutionnelle de notre pays, de la question du fonctionnement des Institutions de la République sous le régime dit de l'alternance, en vigueur dans notre espace politique depuis bientôt neuf années.

Notre pays se trouve, aujourd'hui, à la croisée de chemins.

Les règles de bonne gouvernance, qui sont indispensables lorsqu'il s'agit de développer une économie, d'assurer le bien être des populations, leur propre sécurité, les missions fondamentales d'éducation et de protection sanitaire des enfants et des adultes, se trouvent, présentement, piétinées sans limites.

Le principe de la séparation des pouvoirs, entre l'exécutif, le législatif et le judiciaire, ne bénéficie d'aucun respect. Le pouvoir en place, concentré entre les mains d'un seul individu, couvre, dans ses actes quotidiens, l'espace du gouvernement, de la représentation populaire et, dans une grande mesure, dans le fonctionnement et dans l'administration de la justice.

Le pouvoir personnel, à forte tendance monarchique, s'exerce sans contrôle, dès lors que celui qui avait été élu, démocratiquement, le 19 mars 2000, s'est arrogé des pouvoirs exorbitants du droit commun, dans la quasi-totalité des domaines de l'action publique.

Celui-là, Maître Abdoulaye Wade, qui a déclaré récemment qu'il tenait entre ses mains tous les pouvoirs, qu'il en donnait à qui il voudrait et qui demeure le seul maître du jeu, fait ainsi penser à Hérode 1er, à Taquin le Superbe et à d'autres dirigeants de l'antiquité qui s'étaient attribués des pouvoirs d'essence divine, oubliant, comme Caligula ou comme Cadmos et d'autres despotes de l'histoire de l'humanité que les droits des peuples sont inaliénables et imprescriptibles. Ces droits ont pour noms la liberté de penser, de s'exprimer et d'agir dès lors que les lois qui régulent le fonctionnement des sociétés humaines ne sont pas violées. Ces droits ont pour noms le droit à la sécurité, le droit à l'épanouissement du génie humain, le droit à la production des éléments qui font le bonheur des êtres doués de raison et qui est le droit à la paix.

La société sénégalaise est, du fait de la malgouvernance engagée dans notre pays par le régime politique en place, s'achemine vers un chaos qu'un sursaut national, engagé par tous les patriotes, est seul capable d'endiguer et d'éviter.

Sur le plan politique, le concept d'élections libres, transparentes et démocratiques, s'éloigne de plus en plus du rêve, de l'espérance et du droit des Sénégalais de choisir leurs dirigeants ou leurs représentants, à tous les niveaux. Il n'existe pas de fichier national électoral crédible et fiable dans notre pays. Des électeurs se voient empêchés de participer à des élections parce que, tout simplement, ils ne sont pas en mesure de recevoir leurs cartes d'électeurs, au moment opportun. Depuis janvier 2007, plus d'un million de Sénégalais attendent encore leurs cartes d'électeurs.

Dans le même temps, en septembre 2006, pendant plusieurs journées, des cars de transport en commun ont déversé dans les locaux de la Foire internationale de Dakar, des centaines voire des milliers d'Africains non sénégalais, venant des quartiers périphériques de Dakar et même de régions proches de la capitale, pour être inscrits, sans aucun document d'identité, sur des listes électorales, en échange de la nationalité sénégalaise qui leur était ainsi reconnue, avec l'établissement programmé d'un carte nationale d'identité en même temps que de leur carte d'électeur. Il leur était demandé, simplement, de voter en faveur de Maître Abdoulaye Wade et, dans la suite, des candidats qu'il présenterait à toutes élections futures. Sur place, des jeunes de l'AFP, ont constaté les faits. Le parti, par voie de presse, a dénoncé ces pratiques. Rien ne fut fait.

Dans le domaine économique, la corruption, les marchés de gré à gré, les dessous de table, perpétrés au Sénégal et à l'étranger, donnent de notre pays l'image d'une République bananière où la loi ne s'applique qu'à une catégorie de citoyens pendant que l'autre catégorie a tous les droits et n'est soumise à aucun principe juridique garant de la crédibilité d'un système politique et de l'organisation sociale d'un pays, au profit de tous.

Pendant ce temps, les médias publics portent ici et partout les accents d'une mythomanie où rien n'est laissé de côté : les projets pharaoniques, la démesure dans les promesses, la discrimination entre les diverses couches de la population, les phénomènes sociaux que sont la pauvreté, le mal-logement, les inondations, la famine, l'abandon des paysans et de la jeunesse, tout cela est ignoré par les médias publics, qui inondent, chaque jour, la conscience des Sénégalais des mensonges qu'ils relayent, sans vergogne.

La situation politique est délétère.

La situation économique fait que le Sénégal touche le fond.

Les finances publiques battent de l'aile.

Les charges fiscales et les factures des services fournis par les sociétés d'Etat écrasent les populations.

L'avenir de la jeunesse est compromis.

Alors, que faire ?

Le peuple sénégalais a déjà prouvé, tout au long de son histoire, qu'il sait, le moment venu, relever les défis et tous les défis.

Par la réflexion organisée, par l'action planifiée sur le terrain, par la poursuite d'objectifs qui visent la rédemption du pays, le retour des valeurs cardinales qui font la force de notre peuple, par l'unité de tous les patriotes, par leur mobilisation organisée, il est possible, il est nécessaire, il est indispensable de mettre fin à cette situation.

L'opposition sénégalaise, le Front SIGGIL SENEGAL auquel nous appartenons et dont nous sommes membres fondateurs, la Société civile, les travailleurs, les étudiants et les élèves, les enseignants, les agents du secteur privé, nous avons tous l'obligation de nous tenir la main, de faire face ensemble et de faire changer ce qui se passe actuellement au Sénégal, dans le plein respect de la loi et du droit.

Au-delà d'exiger que notre pays soit gouverné conformément à cette loi et conformément à ce droit, nous devons faire en sorte que la dictature et le despotisme disparaissent de notre espace politique, de notre société, de notre pays.

Les Assises Nationales sont venues à leur heure, pour faire le point de la situation de notre pays, élaborer, dans un cadre non partisan et avec la participation de toutes les forces vives de la nation, des stratégies de rédemption du Sénégal.

Sur ces Assises, je ne voudrais pas dire davantage. Dans quelques jours, elles seront bouclées. Le 1er février 2009, aura lieu la phase de restitution des travaux des Assises Nationales.

Je vous remercie.