4ème Anniversaire de la Déclaration de principes
du 16 juin 1999

 

Dakar, le 16 juin 2003


Allocution du Secrétaire Général du parti

 

Chers Camarades,

Nous voilà réunis, ce matin, pour célébrer, à l'instar des cérémonies que nous avons organisées les années précédentes, l'acte que des Sénégalaises et des Sénégalais ont posé, le 16 juin 1999, par ma modeste voix.

Il y a quatre années exactement, des patriotes sénégalais, de tous âges et de toutes conditions, prenaient date avec l'histoire et, en même temps, un rendez-vous chargé de signification et porteur d'espoir avec des échéances que nous attendions tous, avec détermination, enthousiasme, ferveur, confiance et foi en Dieu.

La Déclaration de principes du 16 juin 1999 constituait, tout à la fois, un diagnostic sans complaisance de la situation dans laquelle se trouvait alors notre pays, ballotté au milieu des incertitudes, menacé de tous bords par les effets d'une crise économique sans précédent mais encore et surtout, à un moment où les Sénégalaises et les Sénégalais s'interrogeaient, à juste titre, sur l'avenir de leur pays.

Le peuple, sous l'inspiration du Créateur, a impulsé la dynamique des changements qu'il appelait de tous ses vœux. L'alternance, le 19 mars 2000, est venue, sans heurts et sans violence, achever ce segment du processus des nombreux changements, quantitatifs et qualitatifs, que nos compatriotes considéraient comme devant intervenir, de manière incontournable, à la fois dans les différents secteurs de l'économie nationale et dans le comportement citoyen de chaque jour. Cette dynamique impliquait, avec un degré élevé d'intensité, une forte attente en direction des nouvelles autorités de l'État, montées au pouvoir à la faveur de l'alternance, pour conduire les destinées du pays.

Trois années et plus se sont écoulées depuis l'événement historique du 19 mars 2000 et l'avènement, qui en était la résultante, d'un nouveau mode de gouvernement, de nouveaux comportements de l'autorité publique et de réflexes nouveaux pour changer le Sénégal dès lors que les Sénégalais ne pouvaient pas changer de pays.

Aujourd'hui, le Sénégal et les Sénégalais se trouvent à la croisée des chemins.

La célébration du 4ème anniversaire de la Déclaration de principes du 16 juin 1999 constitue, assurément, dans le contexte actuel, l'occasion de jeter un regard, dans nos débats de ce jour, sur la situation de notre pays.

Nous connaissons, aujourd'hui, ce qu'il est advenu de l'alternance et de l'élan formidable qu'elle avait suscité, en mars 2000, dans l'esprit des Sénégalais. A présent, chaque citoyen et chaque citoyenne de ce pays vivent dans leur chair la réalité que masque difficilement une profusion d'annonces aux effets cosmétiques destinées à faire rêver les Sénégalais.

Ce texte introductif que je voudrais bref, portera sur deux points : un volet politique, d'une part et quelques considérations techniques sur l'approche économique du développement du Sénégal, d'autre part, principalement dans nos relations avec nos partenaires extérieurs. Il reste entendu que le développement du Sénégal ne sera pas réalisé grâce au soutien exclusif de nos partenaires et des bailleurs de fonds. Leur soutien, sous toutes formes, les initiatives et actions qu'ils prennent, doivent être salués, avec gratitude. Mais nous ne devons jamais oublier que ce soutien doit rencontrer chez nous, Sénégalais, un effort volontaire, organisé, planifié et concerté.

Le succès de nos programmes de développement est à ce prix. Ces programmes seront réalisés par les Sénégalais et avec les Sénégalais, si nous voulons éviter de prolonger notre situation de dépendance vis-à-vis de l'extérieur. Produire plus et produire mieux, travailler davantage et parler moins, voilà les voies qui nous conduiront à un développement quantitatif et qualitatif, progressif et maîtrisé dans ce pays.

Je voudrais situer notre réflexion de ce matin dans la dimension quadruple de l'ordre du jour que nous avons assigné à cet Anniversaire : l'installation du bureau national des femmes de l'AFP, l'installation du bureau national des jeunes de l'AFP, l'installation de l'Ecole du parti, et la présentation du Plan de l'AFP pour l'aménagement et la modernisation des grandes villes du Sénégal.

En faisant le choix de consacrer cet Anniversaire aux femmes, aux jeunes, aux exigences de formation de militants et de citoyens modernes, notre parti a voulu confirmer son option irréversible pour le combat en faveur de l'approfondissement de la démocratie au Sénégal.

Ce combat se poursuivra pour favoriser la transparence dans le fonctionnement des Institutions de la République, la préservation de l'équilibre constitutionnellement garanti entre ces Institutions et pour le respect des libertés individuelles et collectives, afin d'offrir à tous les Sénégalais les mêmes chances d'épanouissement et de bien-être en vertu du principe de l'égalité entre les citoyens.

Dans cet esprit, l'exemple qui se déroule sous nos yeux d'une tendance à la monopolisation des médias d'État par le pouvoir en place doit être cité comme la manifestation d'une dérive qui doit prendre fin rapidement, au nom des principes républicains.

Il y a à peine une année, à l'occasion de l'identification et du choix de ceux qui devaient acheter les graines d'arachides des paysans sénégalais, chacun sait qu'une grande confusion a prévalu dans ces opérations et les conséquences n'ont pas tardé à se manifester au détriment de producteurs d'arachides. Les préjudices subis par ces agriculteurs n'ont pas encore été réparés.

Le soutien promis, en janvier 2002, aux populations de la région du Fleuve, dont le cheptel avait été décimé en grande partie par une calamité naturelle, n'a pas été apporté à ces populations. Quelques actions partielles, sans lendemain, ont été entreprises, en l'espace de quelques jours. Tout le reste est tombé dans l'oubli.

Longue serait l'énumération des souffrances du peuple sénégalais, qui sont tout à fait à l'opposé de l'espoir et de l'élan qui s'étaient élevés, en mars 2000, vers ceux-là à qui les Sénégalais avaient décidé, par leur vote massif, de confier leur destin.

Nous devons poursuivre notre mobilisation pour provoquer, face à cette situation, les changements que le peuple attend encore.

C'est à cette mobilisation que j'invite les jeunes et les femmes du parti, l'ensemble des militantes et des militants ainsi que les populations de notre pays.

Je veux parler de l'esprit de solidarité qui doit nous retenir dans notre engagement au service du peuple. Il s'agit du peuple des profondeurs, celui qui regroupe le monde rural et les zones urbaines, les paysans, les éleveurs, les pêcheurs, les retraités de l'administration et du secteur public, les personnes handicapées, les chômeurs si nombreux aujourd'hui, les ouvriers des entreprises et des usines, les travailleurs des chantiers de travaux publics et d'équipements. Je ne saurais oublier les fonctionnaires de l'administration publique dont la situation ne cesse de se détériorer de jour en jour.

Dans ce combat, vous, femmes et jeunes de l'AFP, avez un rôle primordial à jouer. Pour parvenir à réaliser les objectifs que vous vous êtes assignés, dans ce cadre, il est indispensable que vous consolidiez l'unité dans vos rangs et que les directions que nous installons ce matin s'attachent à servir, sans réserve, les idéaux inscrits dans la charte du parti. A cet égard, je vous invite à cultiver entre vous l'esprit de camaraderie, la confiance réciproque, les vertus de la consultation et de la concertation comme modes de fonctionnement d'un mouvement qui se veut populaire, transparent, dynamique et efficace.

La jeunesse, si proche de la femme sénégalaise, du foyer et de la famille, creusets d'éducation et de patriotisme, la jeunesse, dis-je, est le ferment ainsi que le levain de la construction consciente et planifiée de la société de demain.

A cet égard, nous devons exprimer et adresser nos félicitations les plus chaleureuses à l'équipe des Lions de la Téranga pour les victoires remportées, ces derniers jours, à l'issue des diverses étapes la Coupe africaine des Nations. Les Lions de la Téranga font la fierté de notre peuple.

S'agissant de l'Ecole du parti, nous la saluons comme le cadre approprié d'une politique de formation au bénéfice des militantes et des militants du parti et, par delà, des populations de notre pays.

L'Ecole du parti se verra investie, à partir de ce jour, d'une mission significative de formation citoyenne, devant permettre par des programmes et une pédagogie intégrant toutes les données liées aux impératifs du développement, l'ensemble des besoins de formation de tous niveaux, depuis la jeune fille qui ne sait pas encore lire jusqu'au cadre supérieur sorti de l'Université.

La période des vacances dans laquelle nous entrons déjà et qui mobilise habituellement la jeunesse de notre pays dans des activités de diverses formes et de divers contenus peut être mise à profit par l'Ecole du parti pour animer, partout au Sénégal, des soirées culturelles, des causeries, des thés-débats, des rencontres portant sur différents thèmes et intéressant les jeunes. Sans tarder, c'est là un élément de programme de première priorité.

Je m'en vais, à présent, dire quelques mots sur l'économie de notre pays.

Il y a quelques jours, les bailleurs de fonds, réunis dans la cadre du Groupe consultatif à Paris, ont écouté et entendu l'exposé du Programme élaboré par notre pays, pour solliciter leur soutien financier en vue de faire face aux besoins du financement de notre développement.

Les engagements annoncés, qui doivent faire l'objet de négociations ultérieures, en vue de leur confirmation, totalement ou partiellement, s'élèvent à plusieurs milliards de francs cfa.

Il faut souhaiter que ces financements puissent, un jour, faire l'objet de décaissements effectifs. Si c'est le cas, il faut aussi souhaiter que ces financements arrivent aux populations sénégalaises au bénéfice desquelles ils auront été décidés. Il faut enfin souhaiter que les franges les plus défavorisées de nos populations sentent qu'elles sont effectivement prises en compte dans toute politique de développement, ce qui est loin, aujourd'hui, d'être le cas.

En effet, il est juste de rappeler que le Groupe consultatif des bailleurs de fonds est coordonné par la Banque Mondiale pour venir en aide, dans des conditions précises et selon des critères objectifs, à certains pays, dans un cadre organisé qui ignore l'automaticité et toute forme de philanthropie complaisante.

En avril 1998, le Sénégal avait rencontré les mêmes bailleurs de fonds et dans les mêmes formes. Notre pays, à cette occasion, avait reçu des engagements portant sur un global de 2 milliards de dollars des Etats-Unis correspondant à 1.095 milliards de francs cfa, répondant ainsi au programme qui leur avait été soumis.

Depuis 1982, le Sénégal est passé quatre fois devant ce Groupe consultatif. La dernière et cinquième réunion de ce Groupe, avec un Gouvernement du Sénégal, a eu lieu la semaine dernière, juste après d'autres pays africains qui ont présenté leurs besoins de financement, dans des programmes nationaux, et qui connaissent les mêmes difficultés que le Sénégal. C'est l'ensemble de ces programmes que les bailleurs de fonds du Groupe consultatif vont examiner dans les prochains mois pour, plus tard, prendre des décisions opportunes et définitives, en fonction de conditionnalités précises et des critères de performance établis, à cet effet, par la Banque Mondiale.

Il faut ajouter, dans le même souci de vérités objectives, que sur une période de seize mois, allant de janvier 2000 à mai 2002, des accords de financement avaient été signés pour un montant de 736 milliards de francs cfa. 30 % de ces montants avaient pu finalement être mobilisés.

Toutes ces données sont accessibles, aujourd'hui.

Il faut espérer, à partir de ces données, que tous les financements annoncés puissent se réaliser et que ces financements, le jour où ils arriveraient au Sénégal, arrivent jusqu'au peuple sénégalais.

Les bailleurs de fonds n'ont pas manqué de souligner, il y a seulement quelques jours, trois faiblesses essentielles qui compromettent le développement de notre pays. Il s'agit tout d'abord des effets directs des fluctuations monétaires extérieures sur notre économie. Il s'agit ensuite de la part trop faible réservée au monde rural productif dans la politique économique du Sénégal. Il s'agit enfin du non respect par les autorités gouvernementales, dans plusieurs cas, des engagements qu'elles prennent avec les bailleurs de fonds.

Mes chers Camarades,

Vos adversaires disent souvent, ces temps-ci, que l'opposition sénégalaise ne parlent que des problèmes du monde rural.

Les réalités du monde rural existent bel et bien et ceux qui craignent que l'opposition sénégalaise en parle savent quelle responsabilité ils assument, en matière de culpabilité incontestable, dans cette situation. Nous n'avons nul besoin d'en faire un fonds de commerce. Les paysans souffrent. Ils le disent eux-mêmes.

Qui peut nier, aujourd'hui, le classement de notre pays sur la liste de ceux qui doivent entreprendre des efforts volontaires pour sortir du développement.

Le Sénégal appartient, selon les critères de la Banque Mondiale, à la catégorie des PPTE, c'est-à-dire celle des pays pauvres et très endettés. Il faut reconnaître que notre pays se trouve dans cette catégorie depuis bien avant l'alternance de l'An 2000.

Malgré ce qui peut être considéré comme un avantage non durable de se trouver dans cette catégorie en ce qui concerne notamment le traitement de la dette et certaines facilités et mesures d'accompagnement des efforts de relance de l'économie, nous devons prier Dieu et nous mobiliser en force pour qu'un jour, qui n'est pas lointain, notre pays sorte de cette catégorie des pays pauvres et très endettés. Cet objectif est réalisable parce qu'il entre bien dans le cadre de nos possibilités si nous acceptons de nous animer de la volonté politique nécessaire.

Je m'en vais conclure.

A l'AFP, nous pensons que les priorités nationales doivent être gérées avec sérieux et avec un souci constant de vérité dans les engagements qui sont annoncés au peuple sénégalais.

A l'AFP, nous sommes d'avis que l'intégration africaine est un volet important du développement du continent, mais nous considérons que des projets fédérateurs, à soumettre aux bailleurs de fonds extérieurs et aux pays industrialisés, doivent, dans leur conception comme dans leur mise en œuvre, faire l'objet d'une coopération Nord-Sud véritable, organisée dans le respect mutuel, avec des experts africains, par delà les décideurs et leaders politiques, à un niveau d'expérience égale par rapport aux experts des pays du Nord.

De tels projets risquent de conduire à des échecs nouveaux, s'ils ne sont pas centrés autour de modules de développement portant sur les infrastructures, les équipements industriels, la protection de l'environnement et de la biodiversité, la reforestation, la maîtrise des ressources énergétiques, la santé, la formation et l'éducation, l'accès aux nouvelles technologies de l'information. Les réflexes de spontanéisme auxquels nous assistons actuellement ne peuvent conduire qu'à des déceptions et à des projets éphémères et irréalistes qui sont à l'opposée des attentes des peuples africains.

Nombreux sont les problèmes et les défis qui interpellent le Sénégal. Les femmes et les jeunes du parti, et nous tous avec vous, du sud au nord de notre pays, de l'est forestier jusqu'à l'ouest atlantique, devons, dans une parfaite organisation de notre parti, nous faire les soldats de la lutte contre la pauvreté. Le maillage de nos cellules, objet de la circulaire n° 15 du 12 mai 2003, est la passerelle la plus adéquate et la plus opérationnelle qui nous conduira à ce niveau d'organisation susceptible de nous permettre de relever le défi de l'excellence, celui de la solidarité, celui de l'efficacité et de la perspicacité, toutes valeurs et toutes vertus qui ont été mises en exergue à l'occasion du 1er Congrès ordinaire de l'AFP, tenu à Dakar, il y a seulement un peu plus de trois mois.

Si le combat politique n'est plus inspiré par l'éthique républicaine et ne repose plus sur les principes moraux, la République risque d'être en danger. Nous avons choisi de demeurer sur le terrain fertile du débat d'idées et de l'action pratique, loin des querelles de clocher et de tous les comportements qui énervent l'action et la rendent inefficace.

Je vous remercie.