Message de Monsieur Moustapha NIASSE, Secrétaire Général de l'AFP
aux militants de la délégation départementale de Thiès
réunis à Notto, le 4 janvier 2003

Mesdames, Messieurs les membres du Bureau Politique de l'AFP,
Monsieur le Secrétaire Général de la Coordination Régionale AFP de Thiès,
Mesdames, Messieurs les Responsables Adultes, Femmes, Jeunes de Thiès-Commune, Tivaouane, Mbour,
Monsieur le Secrétaire Général de la délégation départementale de Thiès

J'adresse tout d'abord mes plus vives félicitations à tous les responsables ainsi qu'à tous les militants de la délégation départementale de Thiès pour la mobilisation exceptionnelle et pour l'accueil chaleureux qu'ils ont bien voulu me réserver, ainsi qu'à la délégation du Bureau Politique de l'AFP qui m'accompagne.

Je voudrais ensuite présenter mes meilleurs vœux de bonheur, santé et prospérité à l'ensemble des militants AFP du Jobass, à ceux de la Région de Thiès, ainsi qu'à tous les militants et sympathisants de notre parti à travers le Sénégal.

Ces vœux s'adressent aussi à tous nos compatriotes, militants ou non de partis politiques, et aux hôtes étrangers qui vivent parmi nous.

Mais permettez-moi aussi de présenter mes vœux les plus sincères de santé et de longévité à nos guides religieux, toutes confessions confondues, et dont je salue la présence ici de certains éminents représentants, imams et curés.

Le Jobass donne l'exemple d'un creuset d'intégration réussi à la fois ethnique et religieuse réalisée dans l'harmonie, la tolérance et le respect mutuel, entre Sérères, Ouolofs, Bambaras, Hal Pulars, entre musulmans et catholiques.

La richesse et la diversité du folklore présenté par les animateurs et animatrices de notre rencontre d'aujourd'hui en constituent un témoignage éloquent.

Je sais qu'il n'est pas rare, en effet, que dans une même famille du Jobass, dans une même maison, cohabitent chrétiens et musulmans, parfois issus de même père et de même mère comme c'est le cas dans la famille du Secrétaire Général de la délégation départementale de Thiès, notre camarade Alioune Sarr.

Je voudrais féliciter l'Eglise et les curés du Jobass pour l'initiative prise de rencontrer, le 30 décembre dernier, les Présidents des associations de ressortissants, les organisations d'appui local au développement, et les représentants de l'Etat pour réfléchir sur les voies et moyens propres à venir en aide aux populations durement éprouvées par deux campagnes de commercialisation agricoles désastreuses suivies par une année de sécheresse qui a vu cette zone connaître 70 jours d'arrêt des pluies du 7 juin 2002 au 28 août 2002.

Les problèmes cruciaux auxquels sont confrontées les populations du Jobass, particulièrement les femmes et les jeunes ont été passés en revue à cette occasion. Ces problèmes sont, entre autres :

- L'enclavement du Jobass qui ne compte que trois (3) routes interdépartementales dont l'une, partiellement bitumée et inachevée, doit relier Notto et Tassette à Mbour sur financement du fonds taiwanais. Il n'est pas rare que des femmes accouchent sur des charrettes sur les pistes et routes latéritiques cahoteuses, reliant les villages au centre de maternité réalisé par les associations caritatives appuyées par l'Eglise ;

- La rareté de l'eau que les femmes sont encore obligées d'aller chercher parfois à 5, 10 kms des villages, les puits étant secs et un seul petit forage existant à Baback ;

- L'exode rural poussant les jeunes, faute d'emploi et d'occupation, à aller s'installer dans les grands centres urbains, dans la précarité et l'insécurité ;

- Le manque d'équipements : le centre de santé créé par l'Eglise à Baback et animé avec beaucoup d'abnégation par des Sœurs, polarise un grand nombre des 118 villages du Jobass et lutte, avec des moyens rudimentaires, contre les mortalités infantile et natale, contribuant ainsi à alléger les souffrances des femmes durement éprouvées ;

- La quasi-inexistence de l'électricité dans les villages à l'exception de Hanène ; villages pourtant traversés par les fils transporteurs d'électricité.

Mis surtout, le Jobass, à l'image de la plus grande partie des zones rurales de notre pays, est sinistré en ce début d'année 2003, au moins pour 75% de sa population.

Le curé de Sanghé, l'abbé Michel Thiaw, qui vit dans le monde rural à côté des populations, a lancé un véritable SOS pour l'assistance en vivres de soudure à l'endroit des populations du Jobass durement éprouvées par l'important déficit en production vivrière et en production ararchidière que les cultures de substitution n'ont pu combler.

Pour l'abbé, le spectre de la famine est déjà là, ce que l'AFP et les partis membres du CPC ont dit depuis des mois et qui vaut à l'opposition d'être taxée par le Président de la République d'oiseaux de mauvaise augure qui " invitent constamment le malheur en l'évoquant, même s'il n'est pas encore là " et " par des sortes d'incantation, sans imagination autre que de se surpasser en prédications catastrophiques…, faisant fi que seul Dieu connaît l'avenir ".

S'il est vrai que seul Dieu connaît l'avenir, gouverner c'est non seulement prévoir, c'est aussi voir la réalité telle qu'elle est, telle qu'elle se présente chaque jour aux populations, telle qu'elle est exprimée par ses représentants, élus ou non, de l'opposition comme d'une majorité responsable, de la société civile, de ses guides spirituels ou temporels, les curés, les imams, les chefs de village.

Gouverner, c'est aussi préparer l'avenir à partir du présent, mais en intégrant les préoccupations essentielles des populations qui ne se nourrissent pas de taux de croissance ou de documents de stratégie de lutte contre la pauvreté dont la mise en œuvre dépend, en grande partie, de conditionnalités imposées par des institutions à une administration sans imagination et sans générosité.

Il faut aussi saluer les actions sociales marquées de Serigne Saliou Mbacké dans la zone de Tassette à Got et Khabane, avec les daaras et périmètres de cultures mis en place par le vénéré marabout pour les jeunes.

Mesdames, Messieurs, chers camarades, chers invités,

Le Sénégal, aujourd'hui, est plus que jamais en danger, danger économique et social, danger politique, danger pour ce qui est des perspectives d'une jeunesse qui s'est investie pour réaliser l'alternance le 19 mars 2000 et qui voit tous ses espoirs anéantis.

Les libertés démocratiques se trouvent, aujourd'hui, plus que jamais, menacées par le Président de la République qui vient de nous dire que " la récréation est terminée " comme si les Sénégalais s'amusaient depuis l'alternance.

Cette déclaration pourrait préfigurer l'installation de la pensée unique comme mode d'expression, celle de l'Etat-PDS.

L'Etat-PDS ne souffre pas, en effet, que l'opposition évoque la situation dans laquelle sa politique désastreuse a plongé le monde rural qui rassemble 60% au moins de la population de notre pays et qui voit se profiler la famine après deux campagnes de commercialisation catastrophiques 2001/2002 et celle 2002/2003 dont les conséquences vont accompagner les Sénégalais pour de longs mois.

Le Gouvernement vient de faire adopter par sa majorité mécanique le budget 2003 qu'il a élaboré à partir d'hypothèses irréalistes d'augmentation des recettes 2003, du taux de croissance, du taux d'investissement et des autres indicateurs.

Pendant ce temps, les économistes indépendants s'accordent tous sur une récession économique en 2003, à partir d'analyses sérieuses fondées sur les données réelles de l'économie sénégalaise et les conjonctures régionales et mondiales.

Le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP), document de base de toute l'action gouvernementale sur les trois prochaines années, qui vient d'être adopté par les Conseils d'Administration de la Banque Mondiale et du FMI est censé résoudre par une baguette magique tous les problèmes des Sénégalais.

Ce que le Gouvernement ne dit pas, c'est que la mise en œuvre du DSRP est conditionnée par la reprise d'un programme avec le FMI, reprise pour laquelle le Sénégal doit satisfaire à des conditionnalités portant sur le secteur de l'Energie avec un réajustement du prix de l'électricité, sur la privatisation avant fin 2003 de la SONACOS avec ses conséquences, en amont, sur la filière agricole et, en aval, sur l'emploi ainsi que sur l'es exportations en huiles brutes et tourteaux, donc sur la balance extérieure.

Pendant ce temps, le Président de la République continue de dérouler ses grands projets comme l'aéroport de Diass baptisé aéroport Blaise Diagne, le déplacement de la capitale à Mékhé-Pékesse, les bassins de rétention que les populations du Jobass n'ont pas encore vu, les pluies artificielles, la création d'un Conseil de la République, le chemin de fer à grand écartement, etc. Tous ces projets demandant d'énormes investissements sur de longues années.

La paix en Casamance est annoncée pour bientôt, sans autre précision sur les conditions et les modalités de cette paix.

Prions Dieu qu'elle se réalise " bientôt " avant que l'on nous taxe encore d'oiseaux de malheur.

Prions aussi pour le repos des âmes des 1500 victimes de la tragédie du " Joola " et prions Dieu pour que leurs familles soient justement indemnisées.

Chers Camarades,

Notre parti, l'Alliance des Forces de Progrès, prépare son premier Congrès statuaire qui doit se dérouler à Dakar les 1er et 2 mars prochains.

Ce Congrès marquera la fin du processus de mise en place de toutes nos instances, de la base au sommet.

Le Congrès sera aussi l'occasion de revisiter notre projet de société et de nous préparer à relever tous les grands défis que nous devons affronter en tant que parti d'opposition, résolument ancré dans l'opposition, et en solidarité avec tous les autres acteurs partageant avec l'AFP les mêmes objectifs et les mêmes visions de la situation politique, économique et sociale de notre pays.

L'AFP est en effet, dans l'opposition et entend y rester jusqu'à la réalisation, aux côtés des partis membres du Cadre de Concertation Permanent de l'Opposition (CPC), de l'alternative de l'alternance dévoyée.

Notre opposition est républicaine et respectueuse des lois et règlements.

Mais notre opposition est déterminée, ferme, sans compromission et continuera à traduire, vaille que vaille, les préoccupations essentielles des populations sénégalaises.

C'est dire que, plus que jamais, nous devons rester mobilisés et vigilants afin de porter toujours plus haut le flambeau de notre parti pour la réalisation des nobles idéaux qu'ensemble, femmes, jeunes, adultes camarades du troisième âge, nous nous sommes fixés depuis la création de l'AFP, le 14 juillet 1999.

Je suis persuadé que, sur ce registre, les militants de la délégation départementale de Thiès sauront relever les défis avec leurs responsables adultes, femmes et jeunes, les camarades Alioune Sarr, Secrétaire Général, Ndèye Fatou Ndiaye, responsable des femmes et Mbaye Dione responsable des jeunes.