Lettre à nos électeurs, aux militants et aux sympathisants de l'AFP, au Sénégal et à l'étranger

Le 12 mai 2002, sur l'ensemble du territoire national, des milliers et des milliers de Sénégalais et Sénégalais ont élu, dans l'enthousiasme, leurs représentants au sein des Conseils ruraux, municipaux et régionaux du pays.

Ces élections ont fait suite, en l'espace de deux années, à un scrutin présidentiel, en février - mars 2000, à un scrutin référendaire, en janvier 2001, puis, en avril 2001, à des élections législatives.

Aujourd'hui, la boucle est ainsi bouclée. Si Dieu le veut, quatre années nous séparent de la période de renouvellement des Députés à l'Assemblée Nationale. En l'an 2007, au terme du mandat de l'actuel Président de la République, les Sénégalais seront invités à élire leur Chef d'Etat, pour un mandat de cinq années, en application des dispositions de la Constitution actuellement en vigueur.

Le suffrage universel permet au peuple souverain, quand arrivent les échéances, de renouveler le personnel politique à qui, après Dieu, il confie ses destinées ainsi que l'organisation et la planification des éléments de programme appelés à assurer le bonheur des citoyens, leur sécurité, leur bien-être, leur unité et les conditions d'un épanouissement légitime, juste et partagé entre tous.

Au terme du scrutin du 12 mai 2002, intégrant tout à la fois les données portant l'espoir des Sénégalais et les exigences qu'entraîne l'engagement renouvelé de tous les concitoyens en faveur d'un Sénégal nouveau, nous tenons à saluer les efforts et le mérite de toutes les Sénégalais et de tous les Sénégalais qui se sont mobilisés, massivement, pour imprimer l'idée du changement dans la mémoire des hommes et des femmes qui savent que le développement de notre pays sera fait par eux et par eux seuls.

En saluant cet effort et ce mérite, nous tenons aussi à rendre hommage à tous ces patriotes, vaillants et déterminés, qui, résolument, se sont attelés à la défense des acquis démocratiques et à l'illustration de notre commun attachement aux libertés individuelles et collectives, facteurs incontournables d'un développement planifié, cohérent et sécurisé.

C'est, dans cet esprit que nous voulons situer le présent message de remerciements. Remerciements à la jeunesse de notre pays, elle qui sait, mieux que quiconque, que le futur du Sénégal se construit aujourd'hui, avec patriotisme, persévérance, vigilance et confiance. Remerciements aux femmes du Sénégal, à ses vaillantes amazones des temps modernes qui, jour et nuit, suivant avec énergie les pulsions de leurs cœurs, marchent, ensemble, et d'un pas cadencé, sur le chemin de l'amour de la patrie et de l'affection envers la famille, berceau et source de diffusion des valeurs qui sont les nôtres, depuis des siècles.

Remerciements aux braves paysans, à présent exploités, piétinés lorsqu'ils ne sont pas simplement ignorés par un régime et un système politiques institués, cadenassés, gérés par ceux-là qui avaient promis, en l'An 2000, une alternance apaisée, des emplois à foison pour les jeunes, la prospérité dans les villes et dans les campagnes, une diplomatie ouverte et féconde, un taux de croissance garanti annuellement, une inflation maîtrisée…

Abandonnés à eux-mêmes, sevrés de semences, dépourvus d'engrais et de soutien alimentaire pendant les périodes de soudure, ces paysans se heurtent à l'indifférence du Gouvernement de M. Abdoulaye Wade qui est incapable de rémunérer le fruit de leur dure labeur, se voient laisser entre les mains des milliers de tonnes d'arachides ou, à la place, des bons qui se succèdent et se ressemblent d'une année à l'autre, avec, pour unique consolation, leur patience, leur foi en Dieu. Ils refusent la résignation et ils ont raison. Ils refusent le découragement et ils ont raison.

Le 12 mai 2002, leur réaction a été à la mesure de la déception qui a été la leur, face au vide béant des promesses qui leur avaient été faites et dont aucune n'a été respectée.

Notre devoir de gratitude est aussi, en même temps, un viatique qui porte l'espoir, espoir pour aujourd'hui, espoir pour demain, tant il est vrai que le succès est au bout de l'effort.

Les élections locales du 12 mai auront été l'occasion privilégiée pour les citoyens de notre pays de lancer un appel. Celui-ci aurait dû être un appel de détresse. Il ne l'a pas été, car les Sénégalais savent que ceux qui nous gouvernent ont administré la preuve de leur incompétence, de leur insouciance, de leur inexpérience et de leur incapacité dans le domaine de la prévision, qualité essentielle pour tout Gouvernement. Cet appel a été plutôt un signal et un avertissement : la débâcle des listes présentées par les tenants du pouvoir ne peut être niée. Ceux-là qui proclamaient et annonçaient, à grands cris, et sans aucune modestie, un ras de marée n'ont vu, à la place et au moment des échéances, que de maigres filets vite comblés par les manipulations habituelles, l'achat des consciences, des norias de véhicules 4/4 insolemment exposés à la misère du peuple, l'intimidation à l'encontre des autorités administratives locales, les virées nocturnes pour distribuer de l'argent, les dégâts de la corruption et les méfaits de la déloyauté.

Le début de la fin a commencé.  C'est la raison pour laquelle, nous voulons engager, plus que jamais, les Sénégalaises et les Sénégalais à demeurer, plus forts que jamais, dans cette voie de l'effort et du courage, de l'honneur et de la dignité, toutes vertus qui font la force d'un peuple et d'une nation. Ils ont démontré, encore une fois, qu'ils savent ce qu'ils veulent et qu'ils veulent défendre leur droit légitime à une société sénégalaise qui sait se faire respecter sur la scène internationale, qui sait faire preuve de générosité et de discipline lorsque qu'arrive l'heure des solidarités au sein de tout un continent, un peuple qui sait compter sur lui-même pour construire son propre développement, sur la base de réalités concrètes et quotidiennes, et non à partir de rêves sans cesses répétés et prolongés par des promesses sans lendemain.

A nos frères et sœurs vivant ou étant établis à l'étranger, nous voulons redire notre attachement à la préservation de leur droit à la dignité et à la promotion de leurs familles, à eux qui ont toujours une pensée d'attachement affectif vis à vis de leur pays, ce Sénégal que nous partageons depuis toujours.

Pour terminer, nous voulons, devant Dieu et devant les hommes, réaffirmer, au lendemain de ces élections locales, à l'occasion desquelles notre parti, l'Alliance des Forces de Progrès et le Cadre Permanent de Concertation de l'opposition démocratique (CPC), ont illustré leur détermination à défendre la démocratie sénégalaise, nous voulons, disons-nous, réaffirmer que notre combat ne fait que commencer. Nous refusons et continuerons de refuser tout compromis et toute compromission avec ceux-là qui ont décidé de tromper le peuple et de le décevoir, comme ils le font déjà depuis deux longues années.

Notre militantisme au service du peuple n'est lié et ne peut être lié à aucune position, à aucun poste de responsabilité, à aucune sorte d'avantages, à aucune conjoncture politique. Nous sommes et nous demeurons au service des Sénégalais, au nom des principes de solidarité et de la démocratie, pour un développement dont les fruits auront été produits en faveur de tous les Sénégalais, ensemble, unis et solidaires.

Fait à Dakar, le 21 mai 2002

Moustapha Niasse Secrétaire Général de l'AFP