La Quinzaine Nationale de la femme : Recul ou Avancée démocratique ?

 

Au moment où tombent les rideaux sur les festivités de l'Edition 2008 de la quinzaine Nationale des femmes, il nous revient, en notre qualité de cible privilégiée de cette manifestation institutionnalisée, d'apprécier à leur juste valeur les actes posés à cette occasion. Cet exercice exige, au-delà de toute subjectivité, un diagnostic sans complaisance.

Madame le Ministre de la Femme, de l'Entrepreneuriat féminin et de la Microfinance a déjà, devant la presse (1) , dressé un bilan de la vingt-septième édition de la quinzaine de la femme qui, semble-il, aurait englouti un budget de plus de 164 millions dont 100 millions pour la régularisation des attestations de financement. Le reste ayant servi à la réalisation d'une caravane de la santé pour faciliter l'accès des femmes du monde rural au dépistage du cancer du sein, de l'utérus et du Sida.

Au-delà de ce compte rendu chiffré, la condition des femmes ainsi que l'ampleur des ambitions déclinées par elles-mêmes, recommandent une véritable évaluation.

Pourquoi un tel choix entre évaluation et bilan ?

En effet, le bilan est une activité comptable, une opération arithmétique des résultats d'un programme ; alors que l'évaluation repose sur une appréciation qualitative de l'activité elle-même. Elle porte un jugement de valeur sur les décisions stratégiques et opérationnelles des politiques. Ainsi, elle permet de mesurer trois données essentielles:

  • La raison d'être d'une activité publique ;
  • L'identification des résultats reproductibles ou des échecs à ne pas renouveler ;
  • La participation effective des cibles.

Au regard de ces exigences, l'évaluation de la quinzaine, objet de notre réflexion, doit être articulée autour de trois axes fondamentaux:

  • L'axe de l'impact sur le vécu quotidien des femmes ;
  • L'axe de la mise en relation des effets et des résultats sur les revendications des femmes ;
  • L'axe de l'approche participative, pluraliste et démocratique.

L'axe de l'impact de la Quinzaine Nationale sur le vécu quotidien des femmes :

L'estimation objective de l'impact de cette manifestation institutionnalisée démontre que la quinzaine est loin de refléter les préoccupations de toutes les femmes. Pour l'essentiel, elles sont confrontées à des difficultés liées à la santé primaire, l'éducation, la sécurité alimentaire, le renforcement des capacités, et l'accès durable aux ressources.

A cet égard, les financements octroyés sont dérisoires car ils n'apportent aucun soulagement significatif et durable à la précarité de la condition de la femme en milieu rural et périurbain.

Ces financements sont, le plus souvent, utilisés à des fins de propagande et de gestion d'une clientèle politique. Il relève d'un constat que seules les militantes libérales et leurs alliées peuvent en bénéficier. D'où ; la problématique de l'impact de la quinzaine nationale des femmes sur le vécu quotidien de la grande masse, confrontée à une misère structurelle qui se traduit par une famine à l'intérieur du pays, un manque criard d'infrastructures routières adéquates et de services publics de réseaux.

Cette pauvreté féminine est aggravée par la gestion gabégique et clientéliste du régime libéral ; gestion tournée vers la seule recherche de l'accumulation de richesses individuelles. Au lieu de s'attaquer avec responsabilité aux causes endogènes, Monsieur le Président de la République justifie cette situation de crise généralisée par la seule hausse du prix du baril du pétrole.

S'il est vrai que la mondialisation, avec l'interdépendance des économies et des échanges Nord-Sud, défavorise les commerces de nos pays, il n'en reste pas moins que le train de vie dispendieux de l'Etat, la création d'Institutions et Agences pléthoriques accentuent la pression fiscale exercée sur les ménages. Ce tableau peu reluisant a des conséquences directes et néfastes sur le vécu des femmes, qui constituent, les couches les plus vulnérables de notre société.

L'axe de la mise en relation des effets et résultats sur les revendications des femmes

Les éditions des quinzaines se succèdent et se ressemblent, avec un relent de folklore et de tapage médiatique. Au lieu d'une véritable mise en application de la plateforme revendicative des femmes, on assiste plutôt à une récupération politique selon le contexte et les enjeux du moment.

A la veille des élections présidentielles et législatives de 2007, la parité était galvaudée et travestie sur l'autel d'ambitions politiciennes. Aujourd'hui, avec la crise alimentaire qui frappe le pays, c'est la vieille revendication de l'accès des femmes à la terre qui est portée en bandoulière dans la théâtralisation de la GOANA dont le seul but est de nous divertir.

L'axe de la conception pluraliste et participative

Le caractère démocratique d'une activité publique se mesure au degré de participation et d'implication des populations concernées. Pour ce faire, l'avis du plus grand nombre doit être recueilli.

Par rapport à cette conception pluraliste, il convient également de souligner que les femmes des partis d'opposition étaient mises à l'écart. Le capital d'expériences dont disposent ces femmes, devrait permettre d'améliorer les programmes de développement économique et social .A en croire, les discours tenus lors de la cérémonie de remise du trophée du Grand Prix du chef de l'Etat.

Madame le Ministre, au lieu de faire le plaidoyer de toutes les femmes dans l'union et l'unité, avait mis à nu les femmes de l'opposition, affirmant que toutes les Sénégalaises étaient derrière Maître Abdoulaye Wade, Secrétaire Général du PDS.

Par rapport à ces contrevérités, je voudrais simplement répondre qu'il existe, bel et bien des femmes dans les partis d'opposition, mais pas de la trempe de celles qui règlent leurs contradictions à coup de pieds et d'invectives verbales. Je veux dire des femmes dignes, qui honorent le pays, respectent la charge de Ministre, et refusent sempiternellement de courber l'échine.

Ces femmes combattent, à coté d'hommes de valeur, de la dimension de son excellence Monsieur Moustapha Niasse et tant d'autres, pour le triomphe des idéaux de justice, d'équité, de paix sociale et de respect de la Démocratie.

(1) Walffadjri N° 4839 du Vendredi 09 Mai 2008

 

Madame Yéya Ly Cissé
Maîtrise en Droit Public
Option Administration Publique et Décentralisation
Membre de l'Alliance Nationale des Cadre du Progrès
Responsable Politique à Thiès
Membre du comité Directeur de l'Alliance des Forces de Progrès
Membre du Bureau National du Mouvement des femmes du Progrès