MOUSTAPHA NIASSE PRESIDENT ?

Quelques extraits d'une interview dans "Afrique-Education" N° 219-220 du 1er au 31 janvier 2007

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Après avoir soutenu Abdoulaye Wade au deuxième tour de la présidentielle de 2000, soutien qui, de manière incontestable, a fait accéder l’actuel président à la magistrature suprême du Sénégal pour sept ans, Moustapha Niasse qui jouit d’une très grande popularité au Sénégal, va à nouveau se lancer dans la bataille de la présidentielle de février 2007. Cette fois-ci, ce sera pour le compte de la Coalition Alternative 2007 (CA 2007) qui regroupe onze partis politiques et plusieurs associations. Moustapha Niasse est un Homme d’Etat dans tous les sens du terme, qui jouit d’une très bonne image en Afrique et dans le monde. Ancien secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan s’était servi de son savoir-faire pour ramener la paix et un peu plus de stabilité en République démocratique du Congo (RDC), avec le succès que l’on sait. Musulman convaincu, Moustapha Niasse prône un islam tolérant et garde d’excellentes relations dans les monarchies du Golfe. Il est avec le révérend Desmond Tutu, le seul représentant africain au sein du très restreint club, le High Level Group des Nations-Unies. Il est très apprécié par la Mère de la nation sud-africaine, Winnie Mandela. Il a le numéro de téléphone direct de Thabo Mbeki. Il déjeune avec le patriarche Ondimba. Il a un accès direct aux différents Grands de ce monde, qu’ils soient européens, américains ou asiatiques. La CA 2007, en le désignant pour porter ses couleurs, a fait le bon choix. Moustapha Niasse dispose de tous les atouts pour devenir le prochain président du Sénégal. Le Sénégal de ce début 2007 a besoin à sa tête d’un homme rigoureux, stable, intègre et compétent comme Moustapha Niasse. C’est tout le mal qu’on peut souhaiter aux Sénégalais.

Pour mieux connaître ce candidat, votre bimensuel s’est rapproché de lui.

1. Afrique-Education : Monsieur le Secrétaire Général, vous venez de terminer votre mandat d’Envoyé spécial du Secrétaire Général de l’ONU en RDC. Que peut-on garder de ce mandat spécial ?

C’est au mois de mai 2001 que le Conseil de Sécurité de l’ONU m’a désigné, sur une proposition commune de M. Kofi Annan et de l’ancien Président du Botswana, Sir Ketumile Masiré, alors Facilitateur du Dialogue intercongolais, comme Envoyé Spécial du Secrétaire Général de l’ONU sur le processus de paix en République Démocratique du Congo. Une Résolution de l’ONU définissait le contenu de ma mission et les objectifs qui m’étaient assignés. A savoir organiser des consultations avec les Chefs d’Etat du Rwanda et de la RDC pour les conduire à signer un accord de paix. Ensuite, réunir à Prétoria les composantes et entités congolaises, au nombre de huit, et obtenir d’elles un cessez-le-feu définitif pour aller avec elles à la signature d’un Accord global et inclusif. Enfin, élaborer une Constitution pour une période de transition de deux années et, une fois cela obtenu, préparer le passage aux élections, tout cela sous l’égide de l’ONU.

Une équipe de neuf personnes a été mise à ma disposition, à cet effet. Grâce à Dieu et aux prières de mes parents, j’ai pu accomplir cette mission, sur une période de 18 mois et nous avons signé l’Accord global et inclusif de Prétoria le 17 décembre 2002. C’est l’aboutissement de ce processus que nous avons consacré, le 6 décembre 2006, à Kinshasa, par la prestation de serment du Président Joseph Kabila, Président élu de la RDC , en présence de nombreux Chefs d’Etat et des représentants de la communauté internationale. Aujourd’hui, la RDC entame une nouvelle étape de son destin et de son histoire. Le peuple congolais a prouvé qu’il était capable de réaliser son unité autour de l’essentiel et d’assumer ses responsabilités dans le concert des nations. Je remercie le Secrétaire Général de l’ONU, un homme d’éminentes qualités et un diplomate exceptionnel, pour la confiance qu’il a placée en moi, de même que j’exprime ma gratitude à l’endroit du peuple congolais qui a soutenu mon action, tout au long de ma mission, et qui m’a adopté comme un frère.

2. Vous êtes également membre du High Level Group des Nations-Unies. Qu’est ce que c’est ?

Sur la base d’une Résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU, le Sommet du Millénium a adopté, à New York, l’idée de créer une Alliance des Civilisations, dans le double but de réduire voire de faire disparaître la fracture existant entre le monde judéo-chrétien occidental et le monde islamique, d’une part, et de favoriser un dialogue cohérent et propice à la paix entre les cultures et les civilisations, de par le monde. D’autre part, M. Kofi Annan, Secrétaire Général de l’ONU, ayant reçu pour mission de préparer la réalisation de ce projet, a désigné 18 personnalités regroupant l’ensemble des aires de culture et de civilisation, dans le cadre d’un Groupe de Haut Niveau dont la mission était de lui présenter un rapport sur le sujet, avec des propositions concrètes. Une période de 18 mois nous était donnée pour travailler sur le projet. L’Afrique au Sud du Sahara était représentée dans ce Groupe de Haut Niveau, par l’Archevêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix et citoyen sud-africain et par moi-même. La désignation des membres du Groupe de Haut Niveau s’est faite intuiti personae. Sur le reste de l’Afrique, un Conseiller de Sa Majesté le Roi Mohamed VI, un ancien Ministre de l’Education de Tunisie et le Directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie en Egypte, complétaient les cinq représentants du continent africain. Les Premiers Ministres d’Espagne et de Turquie ont parrainé, activement, le projet. Après quatre sessions tenues successivement à Palma de Majorque, dans l’Etat du Qatar, au Sénégal et en Turquie, les conclusions de nos travaux ont été présentés, à Istanbul, à la mi-novembre 2006, sous la forme d’un rapport, au Secrétaire Général de l’ONU et aux Chefs de Gouvernement de l’Espagne et de la Turquie. Le successeur de M. Kofi Annan gérera la suite du processus et procédera, plus tard, à la mise en place de l’Alliance des Civilisations, sous l’égide de l’ONU.

3. Au même moment où vous effectuez cette mission onusienne, vous suivez de près la situation politique sénégalaise à quelques semaines de la présidentielle du 25 février prochain. En tant qu’ancien Premier Ministre, vous êtes responsable d’une partie des résultats des libéraux. Quel bilan faites-vous de votre passage dans le premier gouvernement d’Abdoulaye Wade ?

Lorsqu’on a été Premier ministre et Chef du Gouvernement dans un pays donné, l’on assume toujours une part du bilan du régime, pour la période de temps pendant laquelle ces fonctions ont été exercées. Sous ce regard, ayant pris part, à un niveau élevé, à la conduite des affaires du Sénégal, sous le régime de l’alternance, pendant près d’une année, il est évident qu’il n’y a pour moi aucune difficulté à accepter ma part de responsabilité. Pendant les 11 mois où j’ai été Premier ministre du président Abdoulaye Wade, je me suis évertué à initier et à entreprendre des actions cohérentes, en concertation avec le Chef de l’Etat, dans les divers domaines de l’économie de notre pays, dans celui de la consolidation de l’Etat de droit, dans le soutien aux franges fragiles de la société sénégalaise comme les femmes, les jeunes, les personnes âgées, les chômeurs, le monde paysan, les artisans. Dans le même temps, j’ai assisté le Chef de l’Etat dans sa volonté de promouvoir une image du Sénégal, en Afrique et ailleurs, qui reflète les valeurs de notre pays, dans le respect de nos partenaires et dans la gestion de nos intérêts communs.

C’est après mon départ du Gouvernement - un évènement survenu par la Grâce de Dieu et au moment où il le fallait - que certaines dérives ont commencé, çà et là, à surgir dans le mode de gouvernance du Sénégal. Ces dérives continuent, aujourd’hui, de plus belle, par des scandales financiers connus des Sénégalais, des arrestations et des détentions arbitraires y compris parmi les journalistes, inspirées sinon organisées par le pouvoir politique au sommet de l’Etat. Le favoritisme, le clientélisme, les attitudes de parti pris, le manque de transparence, sont devenus monnaie courante dans notre pays, jusqu’à la gestion unilatérale et monopolistique du dossier des élections, où le pouvoir en place se taille toujours la part du lion, en ignorant les droits de tous les autres. L’accaparement des médias publics relève du même mal-vivre que subissent les citoyens, par un matraquage médiatique de tous les jours qui les désinforme et les déstabilise, tout à la fois, alors que la misère s’accroît, alors que les denrées de première nécessité deviennent inaccessibles alors que les pénuries de gaz et de carburant se répètent et se prolongent, alors que l’école sénégalaise est paralysée par les grèves et que le train de vie de l’Etat se déroule sous nos yeux, dans une intolérable ostentation et sans limite.

Les journalistes sénégalais, qui ont joué un rôle décisif dans la proclamation rapide et vraie des résultats du scrutin du 19 mars 2000 et qui ont ainsi contribué à sauver la démocratie sénégalaise, à cette occasion, sont aujourd’hui harcelés, malmenés, menacés de mort ou de molestation.

La jeunesse sénégalaise, qui s’était mobilisée pour conduire à la victoire de l’alternance en 2000, prend, présentement, la direction de l’Espagne, dans des pirogues de fortune, sans sécurité, au milieu de la nuit, pour échapper aux contrôles de la police des frontières, parce que cette jeunesse a perdu ses repères face à un régime qui a décidé de tourner le dos à toutes les promesses faites par le président Abdoulaye Wade lui-même, avant son élection. Une bonne partie de ces jeunes a sombré au fond de l’océan et des corps sans vie continuent d’être rejetés par la mer sur les côtes mauritaniennes, brésiliennes et même vers les Caraïbes, jusqu’à l’Ile de la Barbade.

Le Fonds National de Promotion de la Jeunesse a fourni la preuve de ce que le régime de M. Abdoulaye Wade ne peut réaliser aucun projet qui soit exploité et mis à la disposition des Sénégalais, de manière équitable, juste et transparente. C’est ainsi que ce Fonds traîne un déficit profond de plusieurs milliards de francs cfa qui sont le fruit de nombreux dysfonctionnements relevés, en grande partie, chez les mutuelles. Le cahier de charges de ce Fonds n’a pas été respecté et ses critères de sélection des bénéficiaires des prêts et des financements de projets ont été élaborés sur des bases discriminatoires privilégiant l’appartenance des jeunes promus au parti de M. Abdoulaye Wade lui-même.

Au niveau des femmes, c’est la catastrophe également. Leur situation ne s’est guère améliorée. A peine 5 % des crédits classiques annuels leur ont été accordés pour leurs activités de tontines (caisses de micro-crédit alternatif), de coopératives agricoles et autres. Dans d’autres régions du pays, le financement de leur fonctionnement est tout simplement inexistant.

Le bilan de notre passage au Gouvernement est acceptable. Pendant onze mois, temps assez court, du reste, nous avons, avec le Chef de l’Etat, équilibré la campagne de commercialisation des arachides, finalisé la création, avec le Maroc, de la Compagnie Air Sénégal International, bouclé le financement de la route Diamniadio – Kaolack, avec l’Union Européenne et la BOAD. Les difficultés macro-économiques pouvaient être résorbées par mon successeur à la primature afin que le Gouvernement de coalition puisse réaliser les réformes nécessaires. Mais la politique politicienne a pris le dessus.

4. Sur le plan international, les libéraux ont commis d’énormes aberrations diplomatiques avec la rupture brutale des relations entre le Sénégal et Taiwan, relations vieilles de plus d’une décennie qui avaient permis l’équipement de votre pays dans beaucoup de domaines. Une telle décision est-elle une bonne chose pour le Sénégal ?

La Chine continentale constitue, depuis des milliers d’années, un cadre de culture et de civilisation lié à l’évolution historique du monde. Depuis les anciennes dynasties et la construction de la Grande Muraille de Chine, ce pays a suivi une évolution qui ne peut être ignorée des autres puissances du monde. C’est en 1949 que la République de Chine, appelée Formose, puis Taiwan, a vu le jour lorsque le Général Tchang Kaï Chek s’est installé sur cette île pour y fonder un Etat. Beaucoup de pays, aujourd’hui, entretiennent des relations politiques et diplomatiques officielles avec Pékin, en ayant des Bureaux économiques à Taipeh. Nombreux sont ces pays, parmi lesquels figurent de grandes puissances occidentales.

Qu’est-ce qui empêcherait le Sénégal de s’orienter vers une pareille formule, en entretenant avec Pékin le même type de relation que ces grandes puissances, sans ignorer vingt et un millions de Taiwanais qui vivent dans l’Ile ? Qu’est-ce qui dit qu’un jour les deux entités ne se retrouveront pas, la main dans la main, sur la base historique de leur culture commune ?

Ce qu’il faut condamner dans la rupture des relations entre Taiwan et le Sénégal, c’est la manière utilisée car et surtout en diplomatie, la courtoisie et la sérénité sont de rigueur jusque dans les moments d’adversité les plus durs. La désinvolture qui a marqué la décision unilatérale prise par Dakar de rompre ses relations avec Taïwan pouvait être évitée. La reconnaissance doit aussi exister dans les relations entre Etats.  Cela étant, la Chine de Pékin est un partenaire de première qualité pour un pays comme le Sénégal. Et ce pays est membre permanent du Conseil de Sécurité. Il figure comme un producteur de biens industriels et il sera bientôt un pourvoyeur de technologies. C’est une puissance nucléaire. Sa démographie en fait un marché important dans de nombreux domaines. Le Sénégal a donc raison de renouer avec Pékin.

5. Sont-ce tous ces échecs des libéraux qui vous ont obligé à démissionner de votre charge de Premier Ministre?

Je n’ai pas démissionné de ma charge de Premier ministre. Parce que je respecte le peuple sénégalais et parce que je dois, à l’égard de ce peuple, toujours poser des actes responsables et utiles. C’est pourquoi, je n’ai jamais envisagé de claquer la porte de la primature, au moment où de grandes urgences nous appelaient pour changer notre pays et l’engager, avec lucidité, dans la voie du développement. Je pensais pouvoir convaincre le Chef de l’Etat d’ajuster son mode de gouvernance publique. Mais il s’est entêté. Dès lors, il m’était devenu impossible de continuer de collaborer avec lui, à cause, principalement, de sa tendance trop personnelle à décider de tout et tout seul, sans consulter personne, sans utiliser une grille d’analyse fondée sur le sentiment de l’intérêt général. Il suit ses propres réflexes et agit par intuition. Lorsqu’il s’agit d’un individu, les erreurs qu’il commet ne concernent que sa personne, sa famille, son entourage. Mais quand il s’agit de tout un peuple, les dégâts sont pernicieux, profonds, souvent non réparables, et préjudiciables à tout un pays. Nous nous sommes séparés dans le calme.

Depuis mars 2001, il a souhaité, plusieurs fois, que l’Alliance des Forces de Progrès, notre parti et moi-même, retournions travailler avec lui. Nous lui avons, chaque fois, opposé un refus courtois mais ferme. La dernière tentative, à cet égard, remonte au 8 novembre 2006, sans succès, malgré les affabulations et les montages verbaux qui ont été agités, au lendemain de notre dernière rencontre, par certains, dans sa proximité, sur des bases purement mensongères et sans aucun lien avec la réalité des faits. Tout cela est vain. Le service du peuple requiert rigueur, persévérance et patience, au-delà du patriotisme et de l’esprit de sacrifice.

6. Il y a quelques semaines, le gouvernement a enclenché le processus électoral dans la controverse. Les conditions de ce processus garantissent-elles de réelles élections libres et transparentes ?

A l’étape actuelle du processus électoral au Sénégal, tous les actes posés par le pouvoir en place, indiquent que ce processus ne revêt aucune transparence. Depuis les inscriptions sur les listes électorales jusqu’à la distribution des cartes d’électeurs, les citoyens sénégalais ont noté, faits et preuves à l’appui, que le régime de Maître Wade a tout entrepris pour fausser, à tous les niveaux, les élections de 2007.

L’augmentation des salaires et des indemnités des fonctionnaires de l’Administration territoriale (Gouverneurs, Préfets et sous-Préfets), parfois par un doublement des montants versés, ne vise qu’un objectif : obtenir une complicité active dans le déroulement des opérations, dans la gestion des urnes, dans la comptabilité des votes et dans l’établissement de certains papiers concernant le décompte des voix. Il a fait de même pour les policiers, le magistrats et autres corps de fonctionnaires, de manière sélective. Evidemment, tous les fonctionnaires de l’Administration ne sont pas des corrompus. Mais le risque demeure. Ensuite, le Chef de l’Etat refuse de rendre publique la carte électorale, c’est-à-dire le nombre et l’implantation des bureaux de vote, pour pouvoir créer des bureaux fictifs.

7. Quelles sont les exigences de l’AFP à propos de ce processus électoral ?

En démocratie, la revendication la plus naturelle en matière d’élections concerne trois principes qui portent sur les concepts de transparence, de régularité et de contrôle contradictoire et public du résultat des urnes. Sans que l’Administration ou le pouvoir politique puissent s’octroyer des privilèges susceptibles de leur faciliter un détournement du vote des électeurs ou la falsification des résultats des bureaux de vote. Le régime du président Wade compte sur de telles pratiques.  Ce qu’attend notre parti, c’est le libre accès de tous les électeurs aux bureaux de vote, l’absence de toute tentative d’influencer les électeurs ou de les soumettre à des menaces, le respect de la loi électorale et la publication immédiate des résultats, de manière à les rendre infalsifiables entre les lieux de vote et Dakar. En résumé, nous exigeons que la loi soit respectée dans toutes ses dispositions et que le peuple souverain ait le dernier mot dans le choix de ceux et de celles qui vont conduire son destin.

8. En dehors de ces médias d’Etat, d’autres institutions de la République sont devenues des instruments du parti au pouvoir. La Direction des Investigations Criminelles (DIC), par exemple, est devenue, sous les libéraux, une sorte de CIA sénégalaise dont les fonctionnaires pour garder leur place et faire allégeance au président Wade, se livrent comme leurs collègues américains à des faux et usages de faux pour incriminer les adversaires politiques du pouvoir…

Vous savez qu’un peuple ou une société humaine entrent en décadence lorsqu’ils commencent à tourner le dos aux valeurs qui devraient faire leur propre grandeur. L’esprit de solidarité, le souci de vérité, la générosité dans les relations sociales, l’honnêteté dans la pensée et dans l’action, le souvenir glorieux du passé, le sens de l’amitié et la fidélité aux principes, constituent la base de ces valeurs sans lesquelles les hommes deviennent des animaux. Il n’y a que le pouvoir de Dieu qui est éternel et tout autre pouvoir est destiné à prendre fin et à se perdre dans les méandres de l’histoire. Tout dirigeant politique doit se soucier, après sa disparition, de laisser le souvenir, aux générations qui viennent après lui, de l’attachement qu’il a eu à l’endroit de ces valeurs qui, seules, confèrent à l’individu une existence après la mort au sein des sociétés qui continuent de cultiver sa mémoire et de formuler en sa faveur des prières. Les gangsters et les dictateurs disparaissent à jamais dans l’esprit des hommes, lorsqu’ils perdent leur pouvoir de violence ou de destruction et ils sont assimilés à Cheytan, le diable apocalyptique. Ils sont maudits chaque fois que l’esprit humain pense à la vie qu’ils ont vécue sur terre. Ce sont ces données là que traduisent, aujourd’hui et au Sénégal, les comportements de certains décideurs politiques qui vivent du sang des citoyens, lorsqu’ils ne manquent de rien quand le peuple manque de tout. Mais, tôt ou tard, le changement arrivera, car seul Dieu est en dehors du temps.

9. L’augmentation du nombre de députés et la création de nouvelles circonscriptions électorales sont perçues par certaines formations comme un tripatouillage constitutionnel du gouvernement. Quelle est la position de l’AFP sur cette problématique ?

Augmenter le nombre des députés de 120 à 150 ne changera rien à la situation de pauvreté des Sénégalais, aux délestages que la compagnie nationale d’électricité impose aux familles, aux hôpitaux, aux écoles, aux entreprises, aux églises et aux mosquées, plusieurs fois par jour. Sans que, pourtant, les factures d’électricité baissent. Bien au contraire, les augmentations du prix de l’électricité se répètent, sans aucune annonce officielle, presque dans la clandestinité, frappant jusque dans les ménages les plus démunis.

Au surplus, augmenter le nombre de députés ne peut améliorer pas la situation des travailleurs, dans les villes comme dans les zones rurales. Bien au contraire, la cherté des produits alimentaires, l’augmentation du prix du transport, l’augmentation des prix du carburant, le coût progressif des fournitures scolaires, grève le budget des familles et réduit le nombre de repas de trois à un, chaque jour. Evidemment, le président de la République, lui, ne subit aucun de ces maux et il voyage beaucoup, par ci par là. C’est facile, mais sans aucune utilité pour le peuple.  Au fond, le régime actuel rêve, sans doute, du retour à l’Assemblée Nationale d’une majorité mécanique progouvernementale dont le seul rôle sera de voter « toutes lois » commanditées par le régime.

10. Pourriez-vous nous donner quelques grandes lignes de votre projet de société pour le Sénégal des cinq prochaines années ?

Je ne peux rien vous dire actuellement, sans les décisions des instances de mon parti et de nos partenaires de la coalition pour l’autre alternance. Nous voulons offrir une ère nouvelle de bien-être à nos concitoyens.

11. Deux élections seront suives de très près en Afrique en 2007 : les présidentielles nigérianes et sénégalaises. Mais c’est celle du Sénégal qui inquiète le plus la communauté internationale. Le président Wade avait pour son meeting politique du 11 novembre 2006 à Thiès, conforté des rapports confidentiels des renseignements généraux occidentaux sur la politisation excessive des milices islamiques d’obédience mouride dont certaines avaient des relations insoupçonnées avec le wahhabisme saoudien (islamisme radical). En tant que membre du High Level Group de la Commission de l’Alliance pour le Dialogue des Peuples de l’ONU, et leader politique sénégalais, quelle garantie donnez-vous à l’opinion internationale qui redoute une probable talibanisation du Sénégal ?

Le régime en place au Sénégal a administré la preuve de son option sans équivoque en faveur de tous moyens susceptibles de l’aider à demeurer au sommet de l’Etat, sans aucune référence à la morale républicaine. Le parti du président Wade a toujours entretenu des milices, en toutes occasions, pendant qu’il était dans l’opposition. De nombreux éléments ont été transférés depuis ces milices dans des structures officielles de police ou de sécurité, avec des grades élevés, sans aucune formation préalable et sans avoir suivi les filières par lesquelles sont passés les Sénégalais qui se sont engagés, selon des procédures normales, pour faire carrière dans ces structures.

Alors, pendant que les milices du président Wade continuent d’être actives, dans et en dehors des circuits officiels, d’autres franges ont pensé, à tort, qu’elles pouvaient aussi organiser leurs propres milices. Lorsque celles-ci s’habillent d’une teinte religieuse, personne ne sait où peut mener une telle pratique. En l’état actuel des choses, il ne semble pas que le président Wade, qui utilise ces groupes, ait l’intention de faire en sorte que la loi et la sécurité des citoyens au Sénégal soient respectées. Au départ du régime actuel, nous réorganiserons ce secteur. La loi et l’ordre reviendront.

Nous entendons, pour ce qui nous concerne, demeurer mobilisés au service des acquis de la démocratie sénégalaise. Pour que le peuple soit placé dans des conditions favorables à un développement concerté, utiles à tous. La solution de la crise casamançaise relève de ce domaine. Ce dossier ne prendra fin qu’à l’issue de négociations menées avec sérieux et avec une volonté inébranlable de ramener la paix dans le sud de notre pays. Dans tous les cas, la lutte contre le terrorisme et la violence est un impératif de sécurité et de paix. Notre engagement sur le sujet est clair.

12. Le leader des libéraux qui est le troisième doyen des Chefs d’Etat de la planète après Fidel Castro de Cuba et Robert Gabriel Mugabé du Zimbabwé, doit-il se succéder à lui-même ?

Ma culture de Croyant - et de ce point de vue là les Musulmans et les Chrétiens se retrouvent - ne me permet pas de me réjouir de l’état de santé d’un autre être humain. Si le président Wade connaît des ennuis d’ordre médical, je prie le Seigneur de lui redonner la santé.   Par ailleurs, je me suis toujours interdit toute attaque personnelle contre le président Abdoulaye Wade ou contre sa famille. Je m’oppose à sa politique et à sa manière de gouverner le Sénégal, à l’opposé de ce qu’il avait promis. Il devrait, il aurait dû s’inspirer de la leçon de sagesse donnée à l’Afrique et au monde par Madiba, le Président Nelson Mandela. Nelson Mandela demeurera, pour toujours, un exemple et une référence dans l’ordre de grandeur des grands hommes de ce monde, pour avoir su ce qu’est le sens du pardon et la capacité d’oublier lorsque l’oubli libère l’individu de tout esprit de rancune ou de revanche. Nelson Mandela a quitté le pouvoir, en sage de l’Afrique, sachant que c’est par les actes qu’il pose que l’homme se distingue dans une société, comme un soleil qui brille de mille feux au firmament des vertus qui perpétuent l’histoire de l’humanité, dans son éternité et dans son universalité infinie.  Le président Abdoulaye Wade est-il capable d’avoir de tels comportements, de s’élever à ce niveau, de s’inscrire dans la durée des références imprescriptibles dans la lignée des guides qui font l’histoire des peuples? La question reste posée. La réponse dépend de lui.

Propos recueillis par Koffi Sylvain Sasse

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