CPA

 Coalition Populaire pour l’Alternative 

RENCONTRE AVEC LES AUTORITES DE LA RTS

TEXTE LIMINAIRE

Lundi 15 mai 2006

 

Le geste que nous accomplissons, en venant aujourd'hui au siège de la RTS, n'est ni neutre, ni fortuit, ni innocent. Notre démarche, nous ne la réduisons pas à une simple interpellation protestataire au regard du sectarisme devenu presque structurel dont fait l'objet l'opposition nationale et républicaine de la part des médias du service public. Bien au contraire, notre présence ici, est triplement significative. Elle est politique bien entendu, elle est bien sûr très fortement symbolique et elle est enfin dictée par une exigence citoyenne et démocratique.

Il est clair que le fonctionnement des médias du service public à l'égard de l'opposition est devenu un problème majeur, une interrogation fondamentale, une inquiétude profonde que nourrit un nombre de plus en plus considérable de citoyens de ce pays. Ce constat est d'une aveuglante évidence. En effet, aucun critère y compris celui prétendument lié à la nécessité de pourvoir à l'information gouvernementale et à la couverture des activités étatiques, ne peut justifier la volonté d'exclure l'opposition du champ de l'audiovisuel public. Aucun critère sérieux ne peut justifier le parti pris manifeste du pouvoir libéral de maintenir l'opposition dans les limites indignes d'une clandestinité médiatique, j'allais dire, d'une " bantoustanisation " médiatique qui constitue un déshonneur pour notre pays, pour son image et pour les valeurs démocratiques à l'avènement desquelles nous nous battons.

Le dysfonctionnement des médias du service public est à l'image du désordre démocratique de ce pays. Il en accentue parfois jusqu'à la caricature, jusqu'à l'absurde, les excès, les dérives et les infantilismes, ce qui constitue une insulte à l'intelligence et au sens du discernement de nos compatriotes. Or nous savons que derrière chaque désordre, il y a une injustice. Comment expliquer ce glissement, cette métamorphose du service public de l'audiovisuel en un instrument de propagande, de louange, de manipulation mentale et de combat politique mis au service exclusif du Parti Démocratique Sénégalais et son chef Maître Abdoulaye Wade, de ses satellites, de ses mouvements de soutien, des membres de sa famille et de tous ceux qui se réclament de son camp. Nous sommes bien au cœur du mal démocratique dont souffre notre pays. Mais comme tout mal démocratique, il produit, inéluctablement, ses propres anti-corps. En vérité, cet échafaudage, comme tous les embrigadements idéologiques, dont l'histoire regorge, sont promis à l'effondrement. Cette politique du pire, faite d'exclusion, de stigmatisation de tout ce qui contrevient aux intérêts du régime, n'a pas d'avenir. Elle ne peut en avoir aujourd'hui ni demain.

Soyons clairs : Il ne s'agit pas d'accabler les journalistes de la RTS ni de mettre en cause leur professionnalisme ou leur compétence. Mais on ne peut pas évacuer la question de la responsabilité qui est la leur au regard de l'éthique et des règles de déontologie qui organisent leur profession et qui fait la noblesse de leur métier. La manière dont fonctionne la télévision ne peut pas être considérée comme l'horizon indépassable en matière de service public. Le jour où l'opposition aura la faveur du suffrage universel, il s'agira de mettre en application une nouvelle politique de communication qui prenne en compte la nécessité de réformes institutionnelles conférant, à côté d'un audiovisuel privé, une indépendance de fonctionnement et d'accession aux responsabilités dans l'audiovisuel public.

Il est temps que le service public de l'audiovisuel cesse enfin d'être un enjeu de politique politicienne dans un régime démocratique soucieux de respecter les équilibres indispensables à son bon fonctionnement.

                                                            

                                                                                      Dakar le 15 mai 2006