La Conférence des Leaders de la Coalition Populaire pour l’Alternative (CPA)

Dakar, 13 juillet 2006


Entre rêve et cauchemar, les chantiers de Me WADE se succèdent et se ressemblent par leur incertitude, le manque d'études sérieuses dans leur préparation, d'expertise dans leur conduite, de respect scrupuleux des règles de transparence et de bonne gouvernance. Alors que l'affaire dite des chantiers de Thiès, après ses multiples épisodes et rebondissements, n'a toujours pas été éclairée par la justice elle-même, voici que celle dite des chantiers de la corniche, avec la même frénésie médiatique, continue de nous tenir en haleine, mais cette fois-ci, sur le mode énigmatique d'un " corbeau " accusateur contre des responsables placés au plus haut sommet de l'Etat. Ce qui reste constant dans ces différentes affaires, c'est l'absence de l'Etat dans le pilotage et la mise en œuvre de ces projets, mais également et surtout cette attitude inacceptable du gouvernement qui prend invariablement son autonomie par rapport à la loi et qui refuse de se soumettre aux contraintes d'une procédure régulière, gage de transparence et de bonne gouvernance.

Tout d'abord, ce qui frappe l'observateur dans cette affaire (il s'agit de graves accusations de corruption), c'est la complète liberté laissée aux personnes incriminées. On se souvient que dans l'affaire des chantiers de Thiès, la justice avait directement procédé à l'arrestation d'un ancien Premier ministre qui avait piloté les opérations d'aménagement. En son temps, nous avions souligné que les chantiers de Thiès, tel qu'il nous est donné d'en suivre les péripéties dans la presse et dans le débat à l'Assemblée nationale, renvoient, quant au fond, à la nécessité de faire la lumière sur des questions à forte incidence budgétaire tant par les modalités mises en œuvre dans le cadre de la chaîne de décisions, que par la nature des opérations visées.

Nous avons toujours souhaité, dans cette affaire, que toutes les personnes responsables dans la procédure d'allocation des ressources, de décaissement des fonds et de livraison des ouvrages soient entendues par la justice, d'autant que l'avis et/ou le sentiment personnels du Président de la République ne sauraient soustraire quiconque, ni de facto, ni de jure, à la justice de notre pays, seule compétente pour trancher de tels conflits. Dans la même veine, nous réaffirmons encore aujourd'hui qu'une relation, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait non plus soustraire quiconque à l'autorité de la justice de notre pays. Même si l'on peut mettre actuellement en doute la capacité de la justice à s'acquitter de son rôle constitutionnel à la lumière des récents développements qui montrent qu'elle aussi est gangrenée par la corruption, et ce, au niveau le plus élevé. Cette grave déliquescence de l'Etat de droit résulte, de notre point de vue, de la manière dont Me WADE corrompt la haute magistrature afin de l'instrumentaliser à des fins politiques, indiquant ainsi la voie à suivre aux simples justiciables et aux petits magistrats.

Le fait que dans les chantiers de la corniche, celui qui est mis en cause au premier chef, le Secrétaire général de la Présidence de la République, soit en même temps le patron de l'Inspection générale d'Etat, ne saurait dispenser le pouvoir de conduire des investigations approfondies quant à la conformité des travaux en cours, aux montants réellement décaissés, à leur destination finale effective, au respect du cahier des charges et à l'enrichissement illicite éventuel des personnes incriminées.

Mais plus fondamentalement, l'opinion nationale est en droit de se demander pourquoi les ministères concernés ne sont pas impliqués dans l'élaboration et la réalisation de ces travaux qui sont censés embellir la corniche de Dakar et n'ont absolument rien à voir avec la tenue de la conférence de l'OCI, mais qui bloquent la mobilité urbaine de la capitale. Sauf à croire que les services publics nationaux chargés des travaux publics, des infrastructures et des transports sont incompétents et inefficaces, il est étonnant de constater que ces sont des structures ad hoc (ces fameuses agences APIX, ANOCI, AATR, etc…) qui se voient confier ces tâches. De surcroît, nulle part ne figurent au budget de la Nation les fonds nécessaires à la réalisation de ces travaux. Le choix du fils de Me WADE est inacceptable de notre point de vue et contredit les règles élémentaires de l'éthique et de la bonne gouvernance, d'autant plus qu'on ne lui connaît aucune compétence dans ces domaines, qu'il s'agisse de l'aménagement urbain, des travaux publics ou du génie civil.

Enfin, tout le monde se souvient des conditions informelles dans lesquelles, immédiatement après son accession au pouvoir, Me WADE a procédé à la " rénovation " de " son " avion présidentiel, pour des montants faramineux soigneusement cachés à l'opinion publique et d'une façon qui défient toute rationalité administrative et financière, toujours par l'entremise de son fils " touche-à-tout " et suivant les conseils et directives de son épouse, alors que dans le même temps des instructions étaient données de remettre le bateau " Le Joola " en service, pour un montant dérisoire permettant à peine de réparer un des deux moteurs de l'embarcation, ce qui donna lieu à l'hécatombe que l'on sait.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les Sénégalais sont en droit de s'inquiéter quant à l'aboutissement de ces agissements informels, de cette gestion incompétente et corrompue qui est devenue désormais la caractéristique du régime de Me WADE. En effet, à peine les travaux dits du " Cœur de ville " à Kaolack ont-ils démarré, que l'on assiste à un effondrement d'ouvrage qui en dit long sur la qualité technique des édifices annoncés en grande pompe et sur leur mode de financement. C'est précisément en raison de ces graves risques humains et financiers à court, moyen et long termes que la Conférence des Leaders des partis membres de la Coalition Populaire pour l'Alternative (CPA) tire la sonnette d'alarme et met le régime de Me WADE en garde contre la mauvaise gestion qui conduit au naufrage de l'économie nationale.

En effet, cet affairisme d'Etat et la recherche effrénée des moyens financiers par lesquels Me WADE, sa famille et son parti tentent de se maintenir au pouvoir à travers la corruption des élites causent des dommages incalculables au pays et bloquent son développement en privant notre jeunesse des emplois qui résulteraient des investissements directs étrangers repoussés par l'absence de toute éthique dans la gestion des affaires publiques et par l'insalubrité de l'environnement des affaires.

L'opposition exige que toute la lumière soit faite sur cette affaire dans les meilleurs délais et que soient mises hors d'état de nuire toutes les personnes suspectées de corruption et de concussion, fussent-elles membres de l'entourage familial et présidentiel de Me WADE. Nous exigeons que ce dossier connaisse une autre fin que celle des audits du lendemain de l'alternance, qui étaient à géométrie variable. A défaut de quoi, nous serions en droit de dire qu'au-delà de Me Babacar SEYE, des policiers du 16 février 1994 et de Balla GAYE, le plus grand crime du régime de Me WADE aura consisté à banaliser la corruption et à dévoyer la démocratie.


 

La Conférence des Leaders de la Coalition Populaire pour l’Alternative