COALITION CPC - G10 - LD/MPT

CONFERENCE DE PRESSE

(Lundi 27 février 2006)

 

TEXTE LIMINAIRE

Mesdames, Messieurs,

La crise universitaire grave et profonde que nous vivons, au-delà de ses causes objectives, est à la fois un des signes cliniques et une des conséquences inévitables d'une politique globale, mélange d'incompétence avérée, d'irresponsabilité absolue et de pilotage à vue qui a fini de saper très sérieusement les fondements de l'Etat républicain et qui procède au démantèlement progressif des droits fondamentaux des citoyens.

Il y a, en effet, des situations graves où les mots sursaut, combat, refus, résistance, sont synonymes d'honneur. Nous en sommes, aujourd'hui, sous ce régime de l'alternance trahie, à ce tournant historique de l'histoire politique du Sénégal.

Où est la République, quand les inquiétudes s'expriment dans toutes les couches sociales de ce pays, quand l'urgence sociale s'affiche partout, quand l'action publique rétrécit et se délite, quand l'affairisme d'Etat prend le pas sur l'action publique et les aspirations des masses populaires ?

Où est la République, lorsque ses symboles les plus sacrés qui tiennent lieu de référents et d'ultimes remparts sont régulièrement piétinés, déconsidérés, et discrédités ?

Où est la République, lorsque ce pouvoir libéral qui nous gouverne devenu paranoïaque par faiblesse, par impuissance et par absence de vision, se donne l'illusion d'un salut en criminalisant ses opposants et tous ceux qui ont le tort de ne pas partager ses vues ?

Où est la République, lorsque le régime libéral et le système informel qu'il a installé laissent libre cours à ceux qui pêchent en eaux troubles et ceux qui troublent l'eau pour pêcher. Il n'y a pas une autre définition de la chienlit.

Où est la République, lorsqu'on se trouve confronté quotidiennement, sans discontinuité, à des dysfonctionnements répétés dans les institutions détournées de leur rôle et de leur vocation ?

Où est la République, lorsqu'on se perd dans le décompte des dérives, des inepties et des vanités d'un pouvoir libéral insouciant et incapable ?

Le Système PDS, ses satellites et ses avatars, voilà le péril auquel il nous faut faire face. Cet impératif interpelle notre responsabilité historique, individuelle et collective. Le régime libéral, c'est ce mélange de perversion, d'arrogance, de désinvolture et de médiocrité tapageuse.

La crise de confiance qui sévit dans notre pays, cette espèce de malaise et de dépression de grande amplitude qui affecte tous les secteurs de la nation, qui touche la grande majorité des populations des villes et des campagnes, semble bien être le prélude d'une prise de conscience salvatrice des Sénégalais de l'intérieur comme de l'extérieur que le Sénégal va mal. C'est le propre de tous les pouvoirs qui échouent de trouver des boucs émissaires. Mais tout le monde sait bien que cette théorie du bouc émissaire, fonctionne toujours comme aveu et comme cache-misère. Abdoulaye Wade, sur ce plan, n'a rien inventé.

Pour avoir choisi de tourner le dos à ses promesses de février/mars 2000 et de n'avoir pour seul souci que la conservation du pouvoir à tout prix, au mépris des acquis démocratiques du peuple sénégalais et au mépris de la paix sociale, il n'a réussi qu'une seule performance depuis son arrivée à la tête de l'Etat : la construction d'un système autocratique dont les effets sont visibles partout.

Crise et incertitude dans notre tissu économique (ICS, SENELEC, SONACOS, etc) ; crise et incertitude dans l'agriculture (abandon de la filière arachidière et abandon des paysans à leur triste sort de population qui s'appauvrit davantage) ; crise et incertitude dans les Institutions (le discrédit qui menace la justice par le fait que Abdoulaye Wade fait tout pour l'instrumentaliser) ; crise et incertitude sur le front social (grèves multiples) et en matière électorale (rupture unilatérale du consensus et absence de dialogue politique). A cela s'ajoute le discrédit qui risque de ternir l'image du Sénégal à l'Extérieur pour deux raisons principales : d'une part les affaires non élucidées (assassinat de Maître Sèye et scandales financiers), d'autre part, les maladresses graves du Chef de l'Etat à l'occasion de la rupture des relations diplomatiques avec la Chine de Taïwan ainsi qu'avec l'accusation de complot de l'étranger pour expliquer la crise universitaire actuelle qui sévit au Sénégal.

Pour toutes ces raisons, les perspectives sont réellement sombres dans notre pays et appellent de la part de l'Opposition certes, mais également de tous les démocrates, la mobilisation des énergies et des intelligences en vue de sauver le Sénégal.

C'est dans ce contexte que nous avons décidé de tenir la présente conférence de presse dont l'objet est centré à titre principal sur deux questions d'une brûlante actualité : la crise universitaire, et les inscriptions sur les listes électorales.

Pour analyser et comprendre ce qui oppose le mouvement étudiant au gouvernement libéral de Wade, il faut et il suffit de partir des faits : d'abord des plateformes revendicatives pour de meilleures conditions de travail ; ensuite la colère des étudiants à qui des restaurants universitaires ont servi des aliments avariés. Dans les deux cas, un seul principe doit être convoqué et mis en œuvre : le sens des responsabilités. En d'autres termes, situer les responsabilités au COUD et prendre des sanctions et des mesures appropriées pour prévenir tout risque de répétition de ces manquements préjudiciables à la santé et à la vie des usagers. Et pour ce qui est des revendications d'ordre pédagogique et social, ouvrir des négociations avec les étudiants et avoir pour souci de part et d'autre de sauver l'année universitaire. On ne peut, évidemment, au regard de ce qui s'est passé à la Cité universitaire de Dakar et à l'Université de Saint-Louis, que regretter et condamner la répression brutale qui s'est abattue sur les étudiants, causant des blessures et des traumatismes graves chez plusieurs dizaines d'entre eux. Les autorités doivent se convaincre que c'est le dialogue et non la violence qui peut venir à bout de cette crise et de toutes les autres qui ont été produites par les politiques rétrogrades de Abdoulaye Wade. Aussi, le respect des franchises universitaires et l'évacuation de l'espace universitaire investi par les forces de l'ordre constituent-ils objectivement des conditions à satisfaire dans les meilleurs délais pour créer un climat propice au dialogue et à la recherche de solutions susceptibles de sauver l'année universitaire.

C'est dans ce contexte de crise universitaire, dont les données sont connues de tous, que l'opinion nationale et internationale a entendu avec ahurissement Abdoulaye Wade accuser l'Opposition d'être à la solde de l'étranger pour déstabiliser son régime par le biais de la grève des étudiants. La ficelle est si grosse que personne ne s'y est trompé. Bricolé à la va-vite et ridicule à souhait, cet argument est plutôt révélateur de la mentalité de son auteur qui sait pourtant qu'il ne peut donner aucune leçon de patriotisme à aucun des protagonistes de la scène politique appartenant à l'Opposition. La thèse du complot ne vise en réalité qu'à servir d'instrument de contre-mobilisation : vis-à-vis du mouvement étudiant pourtant légitime et autonome ; et vis-à-vis de l'Opposition dont la jonction avec les masses laborieuses et les forces vives de la Nation ne cesse de se renforcer pour libérer le pays de la politique libérale dangereuse de Wade.

C'est l'occasion de rappeler que les Sénégalais n'ont pas la mémoire courte et savent que dans l'Opposition comme au pouvoir, Abdoulaye Wade a toujours bâti son action sur la violence, la manipulation et le peu de considération qu'il a pour les valeurs républicaines. Son entreprise de diabolisation de l'Opposition est, par conséquent, vouée à l'échec.

L'Ecole sénégalaise d'une manière générale, l'Université en particulier, sont confrontées à des problèmes sérieux. Ainsi, notre coalition a-t-elle décidé d'initier une large concertation autour de la question universitaire en y conviant des acteurs venant de tous les horizons, spécialistes et partenaires avertis de ces problèmes, soucieux d'y apporter une contribution de qualité.

Le second volet du texte liminaire de cette conférence de presse concerne les inscriptions sur les listes électorales.

Nous nous interrogeons, et beaucoup de Sénégalais avec nous, sur la volonté réelle du gouvernement d'organiser des élections démocratiques et transparentes.

Après le démarrage tardif, partial et partiel des opérations d'inscription sur les listes électorales à Dakar, c'est maintenant dans les régions que l'on constate les nombreuses difficultés que rencontre le processus. On note en particulier que le gouvernement n'a pas respecté les dispositions de l'arrêté du Ministère de l'Intérieur relatif à la mise en place de commissions fixes et de commissions mobiles dans les arrondissements et dans les communautés rurales. Le monde rural est gravement pénalisé aujourd'hui par la suppression des commissions fixes et le maintien d'une seule commission mobile par arrondissement. Déjà durement éprouvées par des conditions de vie précaires et par l'accentuation de la pauvreté, les populations de ces zones se voient, pour ainsi dire, exclues du processus électoral. Elles en sont arrivées à se demander si cette exclusion, cette politique de " deux poids et deux mesures " appliquée à des citoyens pourtant égaux devant la loi n'est pas en relation avec l'échec de la politique agricole du gouvernement. Quoi qu'il en soit, cette attitude du régime libéral de Wade est inadmissible et ces manquements au bon déroulement du processus électoral doivent cesser immédiatement. D'où la nécessité d'une rencontre urgente entre le Ministre de l'Intérieur et les partis politiques pour une évaluation du processus dans son ensemble et en particulier sur le cas du monde rural.

Enfin, l'affirmation récente du Président Abdoulaye Wade selon laquelle l'Opposition ne veut pas de l'organisation des élections prochaines, est un défi au bon sens et une insulte à l'intelligence des Sénégalais. En effet, qui a prorogé le mandat des députés pour coupler les élections législatives et présidentielles en février 2007 ? Nous lançons un défi au Président de la République. Prenons le fichier de 2000, 2001 ou 2002, peu importe ; auditons-le ensemble et organisons les élections législatives à la date qui a été prévue en Mai 2006. C'est simple et c'est faisable.

Devant la gravité de la situation, nous appelons toute l'Opposition et tous les démocrates à des formes d'action appropriées pour amener le gouvernement à créer les conditions d'un déroulement normal des opérations d'inscription et de retrait des cartes d'identité et d'électeurs. La fraude ne passera pas. Le CPC, le G10 et la LD/MPT sont déterminés à faire échec aux manœuvres de Wade et pour le triomphe de la démocratie.

   

Fait à Dakar, le 27 février 2006