CPA

 Coalition Populaire pour l’Alternative 

G10 - LD/MPT

CONFERENCE DE PRESSE DES LEADERS DE LA CPA

Siège du Parti de la Réforme

Dakar le 02 Mai 2006

 

Déclaration liminaire


Nous, partis et organisations, membres du Cadre Permanent de Concertation (CPC) du Groupe des Dix G 10 et   la LD / MPT, avons solennellement  annoncé, le 04 Août 2005, lors d’une conférence de presse tenue au Café de Rome, la décision de regrouper nos forces ainsi que celles de tous les autres démocrates qui partagent les mêmes idéaux que nous, pour aller ensemble aux prochaines élections législatives sur la base d’une liste unique de candidats autour d’un programme alternatif commun de gouvernement.

Le 02 avril 2006, lors de la Conférence hebdomadaire des leaders, nous avons pris la décision de dénommer ce regroupement de l’opposition, la Coalition Populaire pour l’Alternative (CPA).Cette démarche de construction d’une alternative populaire nous a été dictée par la situation régressive et préoccupante que traverse notre pays, qui se détériore jour après jour, dans tous les domaines, et qui nécessite la mise en œuvre d’une alternative porteuse d’espérance et véritablement démocratique : une autre gouvernance pour consolider la démocratie et abréger les souffrances des populations.  

Notre projet, qui veut résolument faire  bouger les lignes de l’espoir dans notre pays, s’appuiera sur un programme politique dont l’intérêt des populations sera le moteur et l’impératif,  de même que  la lutte contre la pauvreté par la création de richesses et une répartition plus équitable de celles-ci. Ce programme, décliné en contrat de mandature passé avec nos compatriotes, nous permettra de contractualiser dans la clarté, et en toute confiance, nos engagements pour l’action, de sortir du cercle vicieux des habituelles promesses électorales non tenues et de rétablir l’éthique personnelle de l’homme politique et celle, collective, de l’action publique. 

En effet, six  ans après l’Alternance, la viabilité de notre système démocratique est toujours confrontée à la logique du Parti-Etat, fondée sur l’accaparement et l’élargissement de la sphère de pouvoir de nos gouvernants actuels, au détriment de toutes les autres forces sociales. En effet, La politique menée par le Président de la République a trahi, comme chacun sait, les objectifs de l’Alternance, comme elle a trahi la dimension éthique de ce projet.  

Par son inefficacité dans la gestion de l’Etat, elle n’a pas répondu non plus aux attentes placées en elle et met le pays en permanence en péril. Par les tensions que cette politique suscite, la violence qu’elle cultive, l’impunité qu’elle favorise, notre pays pour la première fois, joue son destin au bord du gouffre. L’urgence, pour tous les démocrates et patriotes, est à la mobilisation et à l’action, pour sauver la République et reconstruire l’espérance.  

Les derniers rebondissements de l’actualité politique nationale, marquée par la convocation et l’arrestation à la Division des Investigations Criminelles (DIC) des hommes politiques, (Ibrahima Sène, Amath Dansokho, Jean-Paul Dias, après Abdourahim Agne, l’ancien premier Ministre Idrissa Seck) et tant d’autres citoyens encore, notamment des journalistes, des intellectuels, des artistes,  des membres de la société civile,  illustrent à suffisance les atteintes portées à nos libertés individuelles et collectives et la ferme volonté de nos gouvernants d’instaurer dans le pays un régime de terreur, ce qu’aucun Sénégalais ne saurait accepter.  

Manifestement, au plan des libertés, les menaces et les abus sont réels, en même temps que certains acquis démocratiques, comme le droit de manifester son opinion ou de marcher sont politiquement instrumentalisés. En six années,  les Sénégalais ont assisté au scandale de l’autoritarisme, à l’usage abusif des organes d’investigation et de répression de l’Etat, de l’intimidation et de l’arrestation des adversaires politiques et de l’accaparement des médias d’Etat.  

Me WADE, dans son inquiétant projet d’édification d’un régime autoritaire, dont le ridicule le dispute au manque de vision historique, passe son temps – côté charme - à divertir les populations par des effets d’annonce de projets tous plus mirifiques les uns que les autres, et - côté réalité -  à manœuvrer pour diviser ou intimider l’opposition, pour laquelle il n’a aucun égard et qu’il voudrait par tous les artifices, mettre sous sa botte à défaut de pouvoir la liquider purement et simplement..  

Tout cela prouve que Me Abdoulaye WADE n’a rien compris au sens profond du vote exprimé en sa faveur en l’an 2000.  

Le passage, au soir du 19 mars 2000, d’un régime politique à un autre devait marquer une rupture majeure dans l’expérience démocratique sénégalaise. Telle était, nous semble-t-il, la volonté clairement exprimée par l’électorat de notre pays. Il y a manifestement une contradiction aiguë entre le choix de nos concitoyens, lors de cette consultation, pour aller à un nouveau palier démocratique et la manière pour le moins cavalière de conduire les affaires de la Nation par le pouvoir actuel.  Le vote, exprimé le 19 Mars 2000, comportait également l’exigence d’apporter des solutions à leurs préoccupations sociales en faisant reculer significativement la pauvreté.  

               Malheureusement, dans sa vision affairiste de la gestion de la chose publique, le Président de la République a délibérément détruit la source principale de revenus des paysans par le démantèlement de la filière arachidière avec des conséquences extrêmement graves sur l’accélération de l’exode rural, surtout celui des jeunes, qui se ruent en masses vers la capitale, Dakar, pour gonfler le nombre des acteurs de l’informel, secteur de plus en plus incapable de garantir ne serait qu’un revenu de survie. L’aggravation de la paupérisation rurale avec l’épuisement des réserves est arrivée à un niveau dramatique, sans précédent dans l’histoire du Sénégal, entraînant la désertification rurale et l’absence d’activités pour nos compatriotes des zones rurales. Que dire alors de la gestion fantaisiste des campagnes agricoles qui se succèdent et se ressemblent, dans leur retentissant échec, au grand dam des travailleurs ruraux fragilisés et précarisés par les logiques spéculatives ?  

Malgré l’aide financière octroyée par nos partenaires au développement, les plus pauvres s’appauvrissent toujours un peu plus, subissant, à leur corps défendant, l’exclusion et la marginalisation sous le poids du chômage, de la maladie, des problèmes de mobilité et de l’incurie des gouvernants actuels. Les statistiques rassurantes et les discours lénifiants n’arrivent plus à masquer cette réalité atroce, encore moins à crédibiliser une communication sur les grands chantiers ou les grands travaux du Chef de l’Etat, qui, sur un mode propagandiste,  ruse avec les faits. Il est aujourd’hui clairement établi que la politique menée par le Président de la république et son gouvernement compromet l’avenir du pays. Les manifestations d’hier, premier mai, ont d’ailleurs été l’occasion d’une expression massive du rejet par la majorité des forces sociales, de la politique menée par  Me WADE et son gouvernement, faite de remise en cause des acquis de la législation du travail, de division des organisations syndicales et de tentatives continues de corruption. Les grandes entreprises nationales, les grands secteurs sociaux comme la santé, l’éducation qui en sont les victimes,  sont confrontées à de réelles difficultés pour fournir les biens et services qu’elles destinent aux populations, lorsqu’elles ne menacent pas simplement de mettre la clef sous la porte, réduisant ainsi au chômage et à la précarité, des milliers de travailleurs.  C’est la situation des ICS, de la SENELEC, de la SAR, la SONACOS pour ne citer que ces cas emblématiques de l’incurie de nos gouvernants actuels et qui inaugure dans notre pays, l’ère des pénuries et du rationnement.  

Le processus électoral,  lui aussi marqué par le manque de concertation est source de nombreuses et légitimes inquiétudes. En effet, les nombreuses irrégularités et manquements constatés sur le terrain, risquent de compromettre très sérieusement la sincérité des prochains scrutins, s’ils ne sont pas corrigés et rectifiés immédiatement. C’est parce que la question électorale est par définition consensuelle, que l’instauration d’un climat de confiance s’avère indispensable pour amorcer le nécessaire dialogue et la concertation entre les acteurs politiques pour parvenir à des accords sur les règles du jeu politique. Or, aujourd’hui, les nuages du contentieux s’amoncellent dans le ciel électoral, et chaque jour  qui passe, nous renforce dans notre conviction que soit le pouvoir en place ne veut pas du tout  organiser des élections, parce que ne voulant absolument pas les perdre, soit qu’il fera tout pour que celles-ci ne soient, ni  transparentes, ni régulières lorsqu’elles seront finalement organisées.  

En vérité, en prenant la décision de démarrer les inscriptions sur les listes électorales dans la région de Dakar en septembre 2005, et dans les autres régions 4 à 5 mois plus tard, le Ministère de l’Intérieur établit, de fait, une subdivision du pays en deux collèges électoraux distincts. En se fixant comme objectif de faire inscrire 3 millions pour la région de Dakar et 1 million pour les 30 autres départements de l’intérieur, le gouvernement instaure dans les faits une discrimination inacceptable entre les citoyens sénégalais et une remise en cause du principe sacré de l’égalité des citoyens devant la loi.  

Aujourd’hui dans le monde rural, la plupart des commissions mobiles prévues pour les communautés rurales ne sont pas en place, et celles qui existent et qui devraient polariser  plusieurs autres communautés rurales, parfois distantes de plusieurs dizaines de kilomètres, sont souvent non fonctionnelles (non disponibilité de l’électricité dans certaines localités, coupures intempestives et prolongées de l’alimentation en électricité, appareils et ordinateurs souvent en panne, groupe électrogènes défaillants ou rupture de fuel obligeant les populations à se cotiser pour acheter le combustible..  A cela s’ajoutent les mille et une difficultés que rencontrent ces populations pour obtenir les papiers d’état civil pour pouvoir s’inscrire sur les listes électorales.  

Pour les Sénégalais de l’extérieur, estimés à plus de 2.000.000 de personnes, la situation est encore plus préoccupante, leurs inscriptions, n’ont guère démarré. Si l’on sait que depuis 1998, il n’y a pas eu de révision des listes électorales à l’étranger, on mesure toutes les conséquences qui pourraient découler des réactions des Sénégalais frustrés du non accomplissement de leur devoir civique.

Mais ce qui suscite encore plus d’inquiétude, c’est la décision prise par le Gouvernement de faire inscrire 3.000.000 d’électeurs sur un corps électoral de près de 4.300.000 personnes, selon les Projections de populations du Sénégal issues du recensement de 2002 (Janvier 2004). C’est dire que la fixation d’un tel objectif limitatif du corps électoral potentiel est non seulement anti-démocratique, mais elle est source et facteur d’exclusion de nombreux Sénégalais qui seront privés de la jouissance de leurs droits civiques. Or la vitalité d’une démocratie est fonction de son aptitude à faire de sorte que chaque citoyen qui le veut, puisse s’inscrire sur les listes électorales et exercer en toutes conscience son devoir civique.  

Le dilatoire, l’incertitude et l’absence de concertation sur la gestion du processus électoral ne peuvent déboucher que sur la tension permanente et la confrontation que nous vivons et pour lesquelles Me Wade est seul responsable. Ce climat est évidemment incompatible avec le dialogue politique que nous estimons nécessaire et utile au pays. Notre responsabilité d’hommes politiques et de citoyens est doublement engagée et nous en appelons à l’ensemble de nos compatriotes mobilisés dans et au-delà des cadres politiques : à administrer une défaite cuisante à Me Wade, et à ses affidés, insatiables matériellement et sans perspective historique, afin d’aider les populations à abréger leurs souffrances et à entrer dans une ère de bonne gouvernance et de réels efforts pour le développement.  

Pour ce faire, nous nous sommes engagés à construire une alternative politique et programmatique au régime en place, suffisamment pertinente pour prendre en charge les attentes des populations.  

L’exigence d’alternative est grande dans le pays et le temps est à l’action.

 En vérité, Il s’agit pour nous,  d’appeler nos concitoyens à prendre ensemble des décisions et à mener des actions qui engagent leurs espoirs et leurs vies quotidiennes, au lieu de les confier à des stratégies technocratiques ou à des manœuvres politiciennes, la rhétorique populiste en plus. La démocratie a plus que jamais besoin de simplicité et de lisibilité : celle d’une vision vaste et crédible de l’avenir, d’un véritable projet de société.  

C’est dans cet esprit et pour toutes les raisons analysées ci-dessus que, nous, leaders de l’opposition membres du CPA, unis et solidaires, avons pris la décision de mettre en œuvre un plan d’action autour d’axes stratégiques majeurs :  

1. Un Programme alternatif commun de gouvernement, qui sera très prochainement présenté aux sénégalais,

2. des actions de  mobilisation autour des questions électorales,

3. des actions  pour consolider et élargir notre organisation,

4. des actions qui seront définies en fonction des situations et des urgences.  

Pour nous, l’alternance réalisée le 19 mars 2000 a été une amorce forte mais insuffisamment construite et  dévoyée par la suite. Le combat est à poursuivre pour bouter Me WADE hors du pouvoir, afin de faire aboutir une  alternative véritablement démocratique.  Reconstruire l’espace public, développer le pays autrement que sous Me WADE, c’est retrouver le sens de la citoyenneté dans une République aujourd’hui saccagée, dans un Sénégal en péril.  

Notre responsabilité est de sauver l’une et l’autre.

Le temps de la mobilisation victorieuse est arrivé.     

 

Liste des partis membres de la Coalition Populaire pour l’Alternative (CPA)  

AFP : Moustapha  NIASSE

 

APL : Moustapha FALL “Che”

 

BPS : Souleymane NDIAYE “Brin”

 

FAR YOO-WI : Bathie SECK

 

FDP : Mbaye DIOUF

 

FN : Aly GUEYE

 

LD / MPT : Pr. Abdoulaye BATHILY

 

MRG : Mamadou Bana WAGUE

 

MSU : Massène NIANG

 

NJ / MAG : Cheikh SARR

 

PIT : Amath DANSOKHO

 

PPS : Dr. Oumar Wone

 

PR : Abdourahim AGNE

 

PRDS : Ibou DIATTA

 

PS : Ousmane Tanor DIENG

 

PSP : Famara KEITA

 

PT : Malamine NDIAYE

 

RND : Pr. Madior DIOUF

 

UDTS : Alioune SOW

 

UPAS : Oumar THIAM