Á Monsieur Youssou Ndour, président de « Fekke ma ci boole », par Mr Mody Niang

Source : Mamadou Ly

 

Á Monsieur Youssou Ndour, président de « Fekke ma ci boole »,

Je m’appelle Mody Niang, inspecteur de l’enseignement élémentaire à la retraite, membre de la Société civile. Je n’ai pas eu l’opportunité de prendre part à l’inauguration du siège de votre Mouvement étant appelé, ce samedi 26 novembre 2011, à une activité que je ne pouvais pas manquer. Cependant, grâce à la presse, j’en ai eu beaucoup d’échos.

En particulier, L’Observateur du même jour vous fait dire ceci : « Politique politicienne, c’est fini. Nous sommes venus pour y mettre un terme. Nous serons avec celui qui veut travailler pour l’intérêt du Sénégal. Je suis la voix (messager) des jeunes. Celui qui cherche à s’enrichir sur le dos du peuple n’aura pas sa place. Sans violence, nous prendrons nos cartes d’électeur pour l’empêcher d’accéder au pouvoir (…). Nous n’avons que le Sénégal. Nous n’avons que nos cartes. Nous ne les vendrons pas. La jeunesse de mon pays s’est levée. Personne ne peut nous tromper (…). » Mon cher compatriote, je fais miens tous ces propos, et sans réserve. En les lisant, c’est comme si j’entends la voix d’hommes valeureux comme le Pr Cheikh Anta Diop et les présidents Mamadou Dia et Amadou Matar Mbow.

Vous avez parfaitement raison, mon très cher compatriote, quand vous martelez que la carte d’électeur n’est pas à monnayer pour de l’argent ou quelque privilège que ce soit. C’est un attribut, un attribut citoyen qui n’a pas son pesant d’or. Votre Mouvement devra sans cesse mettre en garde les jeunes des villes comme du monde rural à ne jamais monnayer cette arme redoutable contre tous les marchands d’illusions, tous les dictateurs et mauvais gestionnaires potentiels. C’est insensé, irresponsable, c’est presque un crime que de vendre sa carte à un aventurier qui, une fois élu, vous tourne le dos pendant tout le temps que dure son mandat.

J’ai la même position que vous par rapport à la politique politicienne qui nous a coûté tant de maux et nous a fait perdre énormément de temps. Pendant douze ans, l’homme qui nous dirige n’a fait que de la politique politicienne. Tous ses actes, tous ses propos ont des arrière-pensées, des soubassements politiciens. Sa gouvernance est non seulement politicienne, informelle, tatillonne, mais aussi et surtout profondément injuste. Celle-ci a, vous avez raison de le souligner avec force, généré des inégalités sociales flagrantes. Elle est aussi à la base des frustrations légitimes qui expliquent les nombreuses tensions et soubresauts que nous vivons au quotidien et au niveau de tous les secteurs de la vie nationale. Vous avez encore mille fois raison quand vous faites remarquer ceci : « L’État est impersonnel.

Il est là pour ceux qui lui sont favorables comme ceux qui lui sont hostiles. Par conséquent, le culte de l’impartialité doit émaner de ceux qui détiennent le pouvoir central. » Vous venez de donner une excellente définition de l’État républicain, démocratique. Il met au même pied d’égalité le Sénégal d’en haut et le Sénégal d’en bas. Parfois même, il fait justement bénéficier le second de faveurs particulières, de discriminations dites positives. Cet État est aux antipodes de l’État informel et profondément partial des « Libéraux », qui n’a d’yeux et d’oreilles que pour sa mouvance et ses mille courtisans. L’homme qui incarne cet État a divisé notre pays en deux entités se regardant en chien de faïence : un Sénégal qui agrée tout ce qu’il fait et bénéficie, partant, de toutes les faveurs et de tous les droits, et un autre considéré comme un ennemi qu’il faut abattre à tout prix.

Vous avez aussi raison d’être choqué par le nombre pléthorique de ministres que compte notre pauvre et petit pays. Nul ne peut dire d’ailleurs avec exactitude leur nombre. Ce qui est plus inacceptable encore, c’est que nombre de ces ministres sont loin d’avoir le profil de l’emploi et trouveraient difficilement un poste d’attachés de cabinet dans un gouvernement qui se respecte. En particulier, la fonction de ministre d’État est banalisée, dévoyée. Aujourd’hui, n’importe quel individu venu d’on ne sait où accède à cette fonction prestigieuse.

C’est pourquoi, je vous approuve sans réserve quand vous déclarez avec une pointe d’indignation : « Nous avons autant de ministres qu’un pays comme l’Allemagne. C’est insensé. Le Sénégal ne peut pas se permettre un tel luxe. L’austérité doit être de rigueur. L’État doit donc diminuer son train de vie et ses charges, surtout le nôtre. ».

Vous avez parfaitement raison, mon cher compatriote. Vous avez cependant peu de chance d’être entendu. Vous oubliez que cet homme qui nous dirige est venu au pouvoir pour mettre d’abord un terme à ses soucis financiers. La preuve, dans les airs, en mer comme au sol, il lui faut ses mallettes toujours bourrées de fric. Il est convaincu que nous avons tous un prix et distribue à tout bout de champ des dizaines, voire des centaines de millions pour acheter nos consciences. Il aime surtout s’entourer de minables courtisans chantant à tue-tête et à longueur de journée ses louanges. Il n’est à l’aise que lorsque la Salle du Conseil des Ministres est remplie comme un œuf. Nous avons bien plus de ministres que l’Allemagne, les USA, la France, la Grande Bretagne, etc. Nos ministres ne sont pas seulement les hommes et les femmes qui siègent en Conseil des Ministres. Nous en avons beaucoup qui sont en divagation, c’est-à-dire que personne ne peut situer. Notre président politicien est incapable d’appliquer une politique de rigueur et d’austérité. Il est aussi gaspilleur qu’un troupeau de singes affamés dans un champ de manioc, de mangues ou de banane.

Vous ne vous laissez pas facilement abuser par ce fameux bilan que nos gouvernants portent toujours en bandoulière, avec beaucoup de bruit. Vous reconnaissez, cependant, qu’ils ont fait des réalisations. Vous relativisez fort justement ce tonitruant bilan en ces termes : « Mais, au bout du compte, le bilan est mitigé. Les résultats attendus n’ont pas été au rendez-vous. » Vous précisez que « (vous ne dites) pas que le pouvoir n’a rien fait. Mais à quel prix ? ». Tout le monde ne se pose malheureusement pas cette dernière question pourtant fort pertinente. L’État libéral a construit les infrastructures certainement les plus chères du monde. La Corniche de Karim Wade, pour ne donner que cet exemple-là parmi mille autres, en est la parfaite illustration.

J’approuve également votre choix d’offrir votre Mouvement comme tribune aux différents candidats à la prochaine élection présidentielle. C’est une excellente idée d’attendre de chaque candidat qui sollicite votre soutien et ceux de vos membres, qu’il satisfasse « à certaines exigences d’éthique politique, de vertus, de patriotisme et d’ambition noble pour le Sénégal ». En d’autres termes, vous les invitez à faire autrement la politique. Ce qui est devenu une absolue nécessité pour notre pays. Voilà ce que je retiens, pour ne pas être trop long, de votre déclaration du samedi 26 novembre 2011. Votre Mouvement s’adresse en priorité aux jeunes. Je ne peux donc pas en être membre. Je tiens toutefois à vous affirmer solennellement que je partage toute votre vision du Sénégal et de la politique qui y prévaut jusqu’ici.

Un quotidien vous fait dire que du 2 janvier au 31 mars 2012, vous allez vous libérer de tous vos engagements professionnels pour vous jeter dans les joutes électorales. Pour ce qui me concerne, je souhaite que vous restiez la sentinelle de la République, de la Démocratie et de la Bonne Gouvernance. Á ce titre, vous pouvez être d’une très grande utilité pour votre pays. Vous pouvez rendre de grands services en vous investissant dans l’action citoyenne. Vous aurez frappé un grand coup si vous arrivez déjà à faire prendre conscience à la jeunesse sénégalaise du grand enjeu que constituent les élections et surtout la carte d’électeur.

Il en est de même si vous contribuez à les familiariser avec cet autre enjeu qu’est le contrôle citoyen. Nos hommes et nos femmes politiques sont prêts à tout pour se faire élire. Jusqu’à présent, ils nous ont habitués, une fois élus, à tourner le dos à leurs engagements et à gouverner à leur seule convenance. Nos populations doivent être éduquées à ne plus accepter ce fait accompli et à se lever, chaque fois que de besoin, comme un seul homme, comme une seule femme, pour leur dire fermement : « Arrêtez ! Ce n’était pas pour cette politique-là que nous vous avions accordé nos suffrages ! Respectez vos engagements ou vous nous aurez toujours en face de vous ! ».

Voilà le grand enjeu, du moins un grand enjeu, mon très cher compatriote ! Il vaut tous les autres, il vaut plus que tous les autres. Le vieil observateur politique que je suis est en tout cas prêt à apporter tout son soutien à la sentinelle qu’il souhaite que vous soyez, et à se lancer avec elle dans l’importante action citoyenne. En attendant, il souhaiterait avoir l’opportunité de vous offrir son dernier livre dédicacé.

Dieu vous donne longue vie et une excellente santé, mon cher compatriote, vous renforce dans tous vos moyens et vous préserve de Satan et de toutes ses menées !Dakar, le 30 novembre 2011

 Mody Niang, e-mail : modyniang@arc.sn